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Destinations, Été, Québec, Randonnée

Deux sommets pour le prix d’un

30-06-2020

Le mont Gosford (crédit Simon Diotte)

La boucle de Cap-Frontière, c’est deux montagnes de plus de 1100 m, près de 20 km de rando et au-delà de 1000 m de dénivelé positif qui vous attendent dans la zec Louise-Gosford.

Tous les randonneurs qui se respectent planifient un jour ou l’autre d’ajouter le mont Gosford (1193 m), plus haut relief du Québec méridional, à leur tableau de chasse. Mais peu de gens pensent y ajouter Cap-Frontière du même coup, une autre élévation tout près qui culmine à 1150 m. De ce promontoire chevauchant la frontière canado-américaine, la vue est incroyable : on surplombe les étendues sauvages et montagneuses du Maine. La boucle de Cap-Frontière, qui fait partie du réseau des Sentiers frontaliers, y donne accès, en passant par le mont Gosford. Une aubaine : deux sommets pour le prix d’un. Qui dit mieux ?

J’avais ce trajet dans la mire depuis belle lurette. J’avais envisagé de le parcourir en deux jours en dormant au refuge Clearwater, planté à mi-chemin de la boucle. J’appelle quelques jours à l’avance afin d’effectuer la réservation. Manque de pot, le refuge Clearwater affiche déjà complet. « Ça n’arrive pas souvent un mercredi soir de juin », me confirme Alfred Beaudouin, préposé à l’accueil. Je serai donc en camping sur la plateforme du Petit-Gosford, aussi à mi-chemin de la boucle.

Or, j’encaisse un autre coup du destin, puisque la veille de mon arrivée sur le territoire du mont Gosford, j’avais campé sous une pluie diluvienne dans les sentiers du mont Bélanger, à Saint-Robert-Bellarmin. Mon équipement de camping et moi-même en sommes revenus complètement détrempés. Alors, baigner dans un sac de couchage humide sous un ciel étoilé, ça me tentait moyennement. Au diable le camping !

J’ai donc réservé le refuge Le Castor en vue de sécher mon matériel et de réaliser le lendemain la boucle de Cap-Frontière en une seule journée. « Es-tu certain de ton affaire ? m’avise Jonathan à la réception. C’est plus de sept heures de rando pour les gens en grande forme. » Je lui réponds tout de go : « Pfff, pour le rédacteur en chef de Géo Plein Air, il n’y a rien là ! » Plus sérieusement, je lui réplique que j’allais faire preuve de prudence et qu’il existe des portes de sortie permettant de couper court au trajet.

Je bourre mon sac à dos de vivres et d’une trousse de survie – on ne sait jamais lorsqu’on part en solo – et je m’attaque à la boucle en partant à 4 h 58 du matin, puisque je n’avais plus sommeil. En juin, les journées sont extrêmement longues. À cette heure où même Paul Arcand n’est pas encore éveillé, ma lampe frontale ne sert à rien. La lumière du soleil perce déjà la forêt, tandis qu’une brume digne des films de zombies enveloppe la montagne. C’est tranquille à mort. Même les animaux n’ont pas encore englouti leur café. Je me sens exactement dans mon élément. Il y a de nombreux avantages à se lever très tôt.

 

Moi non plus, je n’ai pas pris mon café. Perdu dans mes pensées, j’ai emprunté la mauvaise direction au croisement du sentier 1, faisant partie de la boucle de Cap-Frontière, et du sentier 8, qui nous ramène à l’accueil du territoire. Résultat : ça m’a pris trois heures plutôt que deux pour atteindre le sommet du mont Gosford. Tant qu’à faire sept heures de rando, pourquoi ne pas en faire huit ? J’avais déjà marché cette section jusqu’à la tour exposée aux quatre vents du Gosford. C’est après que j’entre en territoire inconnu. Sur le versant nord-est du Gosford, quelle n’est pas ma surprise de marcher dans un épais couvert de neige – nous sommes le 12 juin ! –, à travers une abondante forêt de conifères. Pourquoi n’ai-je pas transporté mes raquettes ?

Après une descente facile du mont Gosford vers le Petit-Gosford, c’est la dure montée vers Cap-Frontière qui se dresse devant moi. Une grimpette de 1,6 km presque sans pause. Si j’avais été mûr pour une crise cardiaque, je l’aurais faite à ce moment-là. J’arrive enfin sur la frontière canado-américaine où une bande forestière d’une dizaine de mètres est rasée. Esthétiquement, ce n’est pas une réussite, mais ce dégagement ouvre des vues panoramiques sur les montagnes du Maine. Je marche d’un pas guilleret sur la frontière, un pied aux États-Unis, l’autre au Canada, jusqu’à Cap-Frontière, où je prends la pose Instagram du randonneur heureux.

Je redescends par la piste 7 en direction du refuge Clearwater. C’est à mon avis la plus belle section du sentier. Printemps oblige, l’eau coule à flots des montagnes. Je traverse à gué des ruisseaux en cascade, dont le bruit résonne sur les élévations. Au creux de cette vallée, on se sent coupé du monde. Les pistes sont rustiques à souhait. Visiblement, peu de randonneurs arpentent ce secteur.

Afin de boucler la boucle, je dois remonter à nouveau presque entièrement le mont Gosford. J’arrive au point de départ (stationnement près du pavillon Rose-Délima) à 14 h, où je croise mes premiers humains de la journée. « Savez-vous où je peux aller manger une bonne poutine ? » leur demandé-je. Je pense que je la mérite amplement, en format Obélix, avec une cervoise tiède. « À l’auberge Au soleil levant, à Piopolis », me répondent-ils. Pio, j’arrive !

En bref

Une longue boucle menant à deux sommets de plus de 1100 m.

ATTRAIT MAJEUR

Du dénivelé en masse et la possibilité de voir des zombies dans la brume matinale.

COUP DE CŒUR

Cap-Frontière, un belvédère rocheux qui en met plein la vue.

montgosford.com

Sentiers frontaliers (grand réseau dont fait partie les sentiers du Mont-Gosford)

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