La traversée du lac Saint-Jean en ski

  • Crédit Alexandre Daoust

Le lac Saint-Jean, qui s’étend sur plus de 45 km de long par 25 km de large, est complètement prisonnier des glaces lors de la période hivernale. La glace et la neige qui s’y accumulent permettent d’y pratiquer plusieurs sports d’hiver. Étant amateurs de ski de fond, nous avons décidé d’effectuer une traversée du lac Saint-Jean, disons-le, hors du commun.

Si la plupart des traversées de ski de fond sur ce lac s’effectuent sur la largeur, nous avons plutôt opté de le faire sur la longueur, suivant l’axe Métabetchouan-Vauvert, pour ajouter au défi. Évidemment, 45 km est facilement réalisable si la distance est effectuée sur un réseau de pistes de ski de fond balisé et bien entretenu, mais devient rapidement plus difficile sur un lac gelé puisque les conditions sont imprévisibles : on peut aussi bien skier sur un boulevard de glace que sur un épais tapis de neige poudreuse.

Les conditions de glisse c’est une chose, mais l’élément qui ralentit le plus la cadence est le fait de devoir transporter notre équipement : nourriture, tentes, sac de couchage, réchaud, vêtements secs et eau. Pour ce faire, un simple traîneau attaché à une corde se fixant sur notre sac à dos fait office de système de transport.

Notre petit groupe de six est donc parti de Montréal le vendredi soir pour arriver à Métabetchouan vers 20 h 00. Nous décidons d’effectuer quelques kilomètres dès notre arrivée et d’aller passer notre première nuit sur le lac. C’est donc par une température oscillant autour de -20 degrés Celsius et munis de nos lampes frontales que nous attaquons nos premiers kilomètres. Nous réalisons rapidement que la traversée ne sera pas de tout repos quand nous quittons les belles pistes de motoneige pour la neige damée et la glace de cette petite mer intérieure. L’effet d’être en pleine nuit sur le lac est spécial : le lac est immense, la lune brille et le ciel étoilé est magnifique.  Ça commence bien.

Après 8 km, nous décidons de nous arrêter et de monter les tentes pour la nuit. Dormir en plein air après un sport d’hiver apporte toujours son lot de difficultés, surtout lorsqu’on y pratique un exercice physique intense où l’on transpire beaucoup. Les vêtements deviennent humides et le froid nous saisit rapidement dès la fin de l’activité. Vêtements secs sont donc de mise pour le coucher. Au réveil, après une nuit très froide, j’ouvre la porte de la tente : ciel bleu, aucun nuage et plein soleil, la journée s’annonce splendide.

Après le déjeuner, le froid se fait rapidement sentir puisque nous sommes immobiles. L’un d’entre nous a vraiment froid aux orteils et il n’en peut plus. Il décide donc de courir des allers-retours dans la neige pour se réchauffer : la stratégie fonctionne et il retrouve peu à peu son confort. Après une dizaine de kilomètres, nous ne regardons pratiquement plus nos montres GPS puisque le ciel dégagé nous permet de fixer un point sur l’horizon pour garder le cap. Les traîneaux glissent bien, la cadence est bonne et nous avançons avec le sourire.

Crédit Alexandre Daoust

Nous prenons notre dîner au milieu du lac près de gros morceaux de glaces qui nous font penser aux fameux packs qu’on retrouve sur les banquises polaires. Au loin sur la berge nous apercevons ce qui semble être la ville de Roberval. Il fait un soleil de plomb fort apprécié, car nous pouvons enlever quelques couches et même faire sécher nos manteaux. L’après-midi se déroule bien et nous avalons les kilomètres. Deux motoneiges viennent à notre rencontre, il s’agit du père et du grand-père de l’un d’entre nous. Des rires se font entendre lorsque l’un des motoneigistes nous lance : ̎ Pis, avez-vous encore peur de tomber dans l’eau les gars ? ̎ Étant natifs de la région, ils ont trouvé les gars de Montréal un peu trop anxieux par rapport à l’épaisseur de la glace. Évidemment, ils savaient déjà ce que nos recherches nous ont confirmé : l’épaisseur de la glace à ce temps-ci de l’année sur le lac Saint-Jean est encore amplement suffisante, il faut seulement éviter les embouchures des grosses rivières qui eux parfois ne gèlent presque pas.

Les deux motoneigistes reprennent leur chemin et, coïncidence, leur direction va droit sur Vauvert, notre point d’arrivée. Le soleil descend tranquillement et nous décidons de faire encore quelques kilomètres avant la tombée de la nuit. Le coucher de soleil est incroyable, nous sommes au milieu du lac et nous avons l’impression d’être en Antarctique. C’est un moment spécial et nous sommes vraiment contents d’être là.

Crédit Alexandre Daoust

Après une grosse journée de 21 km, nous installons les tentes pour la deuxième nuit de camping, les réchauds se font entendre et une bonne odeur de nourriture se manifeste. L’un d’entre nous éprouve des difficultés avec son réchaud et tout ce temps immobile à tenter de le réparer lui a donné extrêmement froid. La technique des allers-retours en courant sera encore utilisée.

La deuxième nuit a été plus difficile, car nos sacs de couchage ont pris l’humidité. Quand vient le temps de repartir, c’est la bataille pour enfiler les bottes de ski de fond, elles sont complètement gelées et sont devenus de véritables blocs de glace pendant la nuit. Il nous reste 15 km à parcourir pour atteindre la plage de Vauvert et un petit vent de face ajoute au défi. Les jambes et le traîneau semblent de plus en plus lourds au fur et à mesure que nous avançons.

Comme toute activité d’endurance, les derniers kilomètres sont souvent les plus difficiles. Nous commençons à apercevoir des cabanes de pêche blanche et des gens nous saluent au passage : la plage de Vauvert est maintenant à portée de vue. C’est dans les pistes de motoneige qu’on arrive enfin à l’extrémité nord-ouest du lac Saint-Jean. Le sourire aux lèvres, nous sommes fiers et nous nous félicitons mutuellement. Nous prenons le dîner au restaurant près de la plage. La chaleur, la nourriture et la bonne humeur des gens nous font apprécier encore plus la réussite de notre traversée. Pour le temps d’un week-end, nous avions presque l’impression d’être sur une banquise polaire. Comme quoi qu’avec un peu d’imagination et d’originalité, un simple week-end peut être transformé en quelque chose de vraiment spécial.