Présenté par Tourisme Gaspésie
Destinations

La Gaspésie : Tout simplement extraordinaire !

C’est grand, c’est beau, c’est charmant ! Pourquoi autant?

Journal de l’exploration d’un géant

La descente du fjord du Saguenay, avec ses paysages époustouflants et sa faune singulière, est un des plus beaux voyages à effectuer en kayak. Protégé par deux parcs nationaux, le parc national du Fjord-du-Saguenay et le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, ce joyau du Québec étend son histoire glaciaire sur une centaine de kilomètres entre Saguenay et Tadoussac. Journal de l’exploration de ce géant.

12 juillet

Aujourd’hui, au camp de base de Fjord en Kayak, à L’Anse-Saint-Jean, notre rêve devient réalité : descendre le fjord en kayak. Tous autour de la carte déployée sur la table, entourés de notre matériel, nous écoutons religieusement notre guide nous présenter la descente. Pour l’instant, ce ne sont que des noms sur une carte qu’égrène notre guide, Thomas Milliat, mais des noms qui font rêver : baie Éternité, pointe à Passe-Pierre, anse aux Petites Îles… Nous avons hâte au lendemain, jour du grand départ.

13 juillet

Le soleil levant entreprend de grignoter l’impressionnant cap Trinité, le colorant d’une douce lumière jaune. Sur la plage de la baie Éternité, les embarcations que Fjord en Kayak a transportées à l’aube depuis L’Anse-Saint-Jean sont alignées, prêtes à être chargées. Le matériel est réparti entre nous. S’ensuit une véritable partie de Tetris pour réussir à tout faire entrer dans le ventre de nos kayaks. Quelques efforts, et nous sommes enfin sur l’eau. Notre aventure débute.

Nous commençons par traverser la baie Éternité en longeant les monumentales parois de granit du cap Trinité. Nos kayaks paraissent ridiculement fragiles et petits au pied de ces 300 m de falaises. Nous lançons un dernier au revoir à la vierge là-haut sur son rocher et sortons de l’abri de la baie.

Nous sommes aussitôt cueillis par une houle hachée. Nous voilà sans plus de préambules plongés dans le « grand bain ». Nous traversons directement sur l’autre rive, avant que le vent ne forcisse trop et ne rende l’opération trop difficile. Tout le monde se serre autour du guide, Thomas, qui tient le cap. Après 30 minutes d’ardeur, notre caravane nautique s’étire, côtoyant la rive nord au plus proche de façon à nous protéger du vent de face.

Les heures passent. Les bras mal entrainés s’épuisent dans cette lutte inégale contre les éléments. Le fjord nous souhaite la bienvenue à sa manière. Je peux presque le voir sourire. Heureusement, il n’y a qu’une quinzaine de kilomètres à parcourir aujourd’hui, et en milieu d’après-midi, nous arrivons au lieu de camping, où finalement nous soufflons. Le bizutage est terminé. Les kayaks sont vidés et remontés au-dessus de la limite de la marée.

L’endroit est magnifique et – comble du confort ! – comporte même un abri-cuisine en bois, où nous pourrons veiller. Le campement se monte rapidement tandis que Thomas s’active aux fourneaux. Ces menus détails dénotent les 25 ans d’expérience de l’organisation. Rien n’est laissé au hasard. Quand la nuit tombe sur le fjord, il ne reste que le son des verres qu’on entrechoque et les effluves de confit de canard.

Le plaisir est total, la bonne humeur générale, et sur la grève, notre feu de camp éclaire les sourires radieux de notre bande. Sur la berge opposée, les lumières de L’Anse-Saint-Jean s’allument, si proches et si loin à la fois. Nous venons tout juste de partir, toutefois j’ai l’impression que ces lumières proviennent d’un autre monde. C’est la médecine du fjord : il lave les esprits. Assis sur le bord de l’eau, perdu dans mes réflexions existentielles, bercé par le ressac, je me dis que nous sommes en définitive sur la bonne rive.

14 juillet

Quand nous reprenons notre route, le vent a viré à 180° et souffle maintenant plein ouest. Nous avançons presque sans effort. Immense différence avec la veille. Le soleil brille, tout le monde est d’humeur à rire et à s’essayer à cette nouvelle glisse. Notre petite troupe aquatique surfe sur les vagues.

En début d’après-midi, nous apercevons nos premiers phoques. Au retrait de la marée, ces mammifères s’échouent sur les grosses roches chauffées par le soleil. C’est le moment de la sieste. Nous redoublons de vigilance afin de ne pas les importuner. À chaque phoque, nous nous écartons vers le large, laissant à l’animal sa bulle de sécurité.

À 16 h, nous arrivons à notre campement du soir dans l’anse des Îlets Rouges. Un faucon pèlerin salue notre arrivée de quelques cris et d’une brève ronde, réveillant du même coup l’instinct et l’appétit de ses oisillons cachés quelque part dans la paroi. Concert de cris. Décidément, avoir des ados à la maison n’est facile pour personne.

15 juillet

Il fait encore nuit quand Thomas nous tire du sommeil. Je regarde ma montre : 4 h et pas d’odeur de café… aoutche ! Tout mon corps se rebelle contre ce réveil trop matinal. Cette éventualité avait été évoquée la veille en raison de la survenue possible, en après-midi, d’un coup de vent d’ouest. Quand je remarque les visages chiffonnés de mes compagnons d’aventure, je comprends que je ne suis pas le seul qui aurait pris quelques heures supplémentaires de sommeil… Thomas doit avoir encore moins dormi que nous, car à notre lever, nous constatons que le camp est déjà rangé.

C’est la vie sur le fjord. Nous devons nous adapter à ses humeurs changeantes, réévaluer les options et les itinéraires en fonction de la météo, de la marée ainsi que de l’état de fatigue de chacun. Pagayer en compagnie de guides qui connaissent l’endroit par cœur prend toute sa valeur. Ce matin justement, le coup de vent ayant quelques heures de retard, Thomas a décidé de nous faire partir aux aurores, histoire de rallier avant la tempête le réseau de sentiers du parc national du fjord du Saguenay, pas tellement loin. Pendant que le gros temps sévira sur les eaux, nous nous dégourdirons les jambes.

Nous mettons à l’eau nos esquifs aux premières lueurs du jour. Les esprits sont encore embrumés. Le grand calme précède la tempête. Pas un souffle de vent, à peine quelques nuages. Il semble incroyable que dans quelques heures, ce puisse être le chaos sur l’eau.

Très vite, nous débouchons dans la baie Sainte-Marguerite. Nous progressons serrés, à la queue leu leu. Nous allons pénétrer dans un sanctuaire habité par les bélugas. Les consignes sont extrêmement claires et répétées à chacun. « C’est un privilège que nous avons, alors nous calquons notre tracé sur la côte, restons les uns derrières les autres et s’il y a des bélugas, interdiction formelle de nous approcher ou même de nous arrêter pour prendre des photos. Nous suivons le règlement du parc marin. » Cette espèce en voie de disparition vient chaque été fréquenter la baie pour mettre bas et élever les jeunes. Hors de question de l’importuner.

Effectivement, à peine sommes-nous entrés dans la baie que des dos blancs apparaissent au loin. Les premiers rayons de soleil les font luire à la surface de l’eau. Le moment est sublime, la voûte céleste s’illumine d’or, et dans le silence absolu du matin, nous entendons malgré la distance le souffle des baleines. Plus personne ne somnole dans son kayak. Envolée, la fatigue, il ne reste que la magie. Soudain, leur chant parvient à nos oreilles. L’instant est irréel, nous voudrions tant nous arrêter. Nous continuons à pagayer par souci de ne pas les déranger. Yeux, oreilles et cœurs sont grand ouverts et s’imprègnent de chaque seconde.

En ressortant sous le cap Sainte-Marguerite, nous croisons un autre groupe de bélugas partis rejoindre leurs amis dans la baie. Ils passent à quelques dizaines de mètres de nous sans nous prêter attention. Leurs dos blancs sortent de l’eau un peu partout, c’est l’apothéose. Dire que certains souhaitent sacrifier ces baleines et leur magie au profit d’énergie fossile et de port industriel…

Nous accostons dans l’anse de Saint-Étienne quelques heures plus tard. Le ciel s’est obscurci, le vent se lève. Timing impeccable. Thomas dresse un abri-cuisine et prépare notre déjeuner pendant que nous tirons les kayaks haut sur le rivage. Le temps d’un café, et le fjord devient complètement inhospitalier, les vagues se creusent, le vent qui ne cesse de forcir dessine sur la surface de l’eau des sillons blancs d’écume. Le contraste avec la quiétude de l’aube est saisissant. La force des éléments appelle à l’humilité.

Laissant le fjord s’ensauvager, nous allons randonner dans le parc national en attendant l’accalmie prévue en début d’après-midi. Joli luxe. Vers 15 h, le fjord s’apaise et nous reprenons notre route. La navigation est sportive, nous sommes ballotés comme des bouchons, néanmoins nous progressons suffisamment bien pour atteindre tard dans l’après-midi l’anse à David.

Le modeste campement, paradisiaque, est perché sur les rochers et abrité des vents. Nos corps sont fatigués, mais cette longue journée épique nous reste dans la tête. Les images des bélugas défilent encore dans nos mémoires. Leurs chants dans l’immobilité dorée de l’aube demeureront le plus beau plaidoyer pour leur survie et celle de notre planète. En cette dernière nuit en bord de fjord, personne ne veut aller se coucher. Après un autre souper gastronomique, nous étirons la soirée autour de quelques bonnes bouteilles, trop conscients de quitter le lendemain ce fjord qui nous aura tant donné.

16 juillet

Nous partons tôt, synchronisés sur la marée. La journée est splendide et devant nous s’ouvrent les portes du fjord gardées par Tadoussac. Le Saint-Laurent remplace doucement l’horizon de falaises auquel nous nous étions habitués. Parfait décor comme conclusion. Une dernière traversée en vue de gagner la rive nord, les derniers miles sur le fjord.

Comme s’il voulait sceller à jamais son charme, le fjord nous offre un ultime spectacle alors que nous passons l’anse à la Barque. Un petit rorqual vient respirer à quelques longueurs de kayak. Son souffle bruyant nous fait sursauter. Toutes les têtes tournent vers le dos gris qui déjà disparaît sous la surface. Une autre respiration 50 m plus loin, puis une dernière avant que le dos du colosse ne s’arque et ne disparaisse.

Une heure plus tard, les grands toits rouges de l’hôtel Tadoussac se découpent sur un fond azur. L’équipe de Fjord en Kayak est sur la plage et nous attend afin de nous ramener vers L’Anse-Saint-Jean. Derniers coups de pagaie d’une parenthèse hors du temps. Nous sortons de l’eau enivrés de beauté, charmés et envoûtés.

En bref

Expédition de 70 km en kayak dans le fjord du Saguenay au milieu de paysages protégés par deux parcs nationaux.

ATTRAIT MAJEUR

Une connexion sans pareille avec une géologie et des paysages absolument uniques au Québec.

COUP DE CŒUR

La rencontre intime avec les bélugas.

 

Notre collaborateur était l’invité de Fjord en Kayak.