Renaissance d’un joyau du plein air

  • Photo CERMA

La petite base de plein air sise sur le lac Boisseau, à La Conception, pourrait bien retrouver ses lettres de noblesse d’ici peu. Visite des lieux en compagnie de son directeur, qui nous révèle ses projets.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ancien camp de vacances manquait d’amour depuis nombre d’années. Construit dans les années 1990 par le club Richelieu de Mont-Tremblant dans le but d’initier les enfants aux joies de la nature, il souffrait d’un manque d’entretien et de surveillance depuis sa cession à la municipalité en 2008. « Il y avait beaucoup de nuisance publique. Des gens arrivaient tard le soir, faisaient le party, coupaient du bois un peu partout, saccageaient la place. Ils minaient l’expérience des autres campeurs, en plus de causer des problèmes de qualité de l’eau et d’érosion des berges », affirme Anthony Juteau, directeur général du Parc d’escalade et de randonnée de la montagne d’Argent (Perma).

C’est avec cet organisme à la réputation solide que la municipalité a conclu en 2024 une entente de cinq ans comprenant une subvention de 100 000 $ et visant à redresser la barre. Dans le même élan, le ministère québécois des Ressources naturelles et des Forêts lui a remis la gestion du lac Boisseau et de ses rives par le biais d’un bail communautaire.

À la différence d’un bail touristique imposé aux compagnies privées, un tel bail réduit le calcul de la taxe foncière aux seules parcelles des terres publiques sur lesquelles se trouvent les infrastructures des OBNL comme Perma. « Nos activités n’auraient pas été viables si nous avions été imposés pour la superficie totale du lac, en plus du secteur de la paroi d’escalade », explique M. Juteau.

Il est vrai que la feuille de route du Perma, en activité depuis 35 ans, inspire confiance. La réputation de son parc d’escalade et de randonnée à la montagne d’Argent, qui se situe à une quinzaine de kilomètres du lac Boisseau, n’est plus à faire au sein des pleinairistes. Chaque année, se parc accueille près de 10 000 personnes – grimpeurs, randonneurs, campeurs.

Les changements ne se sont pas fait attendre : dès les premières semaines, une gardienne résidente a été embauchée, les quatre chalets ont été repeints, un campement de type van life a été instauré et des caméras de surveillance ont été installées, énumère Anthony Juteau, un diplômé en loisirs, culture et tourisme de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Résultat : « Nous n’avons pas eu à intervenir de la saison », se réjouit-il.

Ce dernier est cependant conscient qu’il reste encore beaucoup de pain sur la planche avant que se matérialise le lieu d’éducation et de conservation qu’il désire créer dans les prochaines années. « Comme nous le faisons déjà à la montagne d’Argent, nous aimerions accueillir des groupes scolaires ou des camps de jour pour réaliser des activités de découverte de la nature et transmettre l’éthique du plein air. C’est ainsi qu’on peut protéger un environnement naturel comme celui-ci », dit-il avec conviction.

Un champ des possibles

Le lac Boisseau, d’une longueur de 2 km, possède beaucoup d’atouts. Déjà, grâce à sa trentaine de sites de camping rustiques et ses quatre prêts-à-camper, il permet de profiter de la tranquillité de la nature au bord de l’eau. Quelques plateformes pour les tentes pourraient bientôt être construites là où les risques d’érosion des berges sont élevés, souhaite Anthony Juteau.

Photo André Laroche

La majorité de ces sites se trouve à une courte distance de marche du pavillon d’accueil, alors qu’une douzaine d’autres ne sont accessibles qu’en canot. Les couchers de soleil y sont, paraît-il, mémorables. On n’en doute pas le moins du monde.

Les sentiers d’accès aux différents terrains seront redessinés en vue d’accroître l’intimité des campeurs. Un nettoyage en règle des berges figure également au programme, histoire d’effacer des années de laisser-aller, assure Anthony Juteau.

Mais le lac Boisseau n’est pas l’apanage des seuls campeurs. Les randonneurs au long cours affectionnent aussi ce camp de base stratégiquement situé à la jonction des sentiers Alléluia et L’héritage. À l’exception de vieilles plateformes délabrées, ces deux tronçons du Sentier national au Québec n’offrent aucun endroit où passer la nuit. « C’est pour ça que Boisseau devient intéressant. Les randonneurs partent de Labelle, marchent les 24 km de l’Alléluia et arrivent à La Conception en fin de journée. Ils poursuivent leur route sur l’Héritage le lendemain », explique Anthony Juteau, qui nourrit l’espoir d’un meilleur entretien des sentiers par les municipalités concernées. Une coupe à blanc récente a coupé en deux le sentier L’héritage, déplore le directeur. « Après le km 10 – après le lac Bob –, il y a un endroit très vaste de 1 km2 où il n’y a plus un arbre où accrocher des balises. Un randonneur habitué du coin saura retrouver le sentier de l’autre côté, mais c’est difficile pour les autres. »

Photo André Laroche

Grimper et plonger

À quelques centaines de mètres des campements se trouve une autre pépite : une paroi de 20 à 25 m de hauteur. Son relief particulier lui valent un coefficient de difficulté élevée. On y pratique l’escalade sportive et à moulinette depuis des décennies sans que son entretien soit confié au Perma ou à la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade (FQME). « C’est une paroi orpheline, comme on en trouve un peu partout au Québec, indique Anthony Juteau. Nous nous en occupons de façon informelle, étant donné qu’elle se situe sur notre territoire et que nous sommes un club de grimpeurs. Nous nous assurons qu’il n’y a pas de danger. »

Les plongeurs ne sont pas en reste. La profondeur du lac et la clarté de l’eau en font un endroit particulièrement attrayant, bien qu’encore confidentiel, pour des cours d’initiation ou « des tests de boutilles ».Ces tests sont effectués à intervalles réguliers pour vérifier la résistance des bouteilles à la pression.

« Des plongeurs sont venus, il y a quelques années, dans l’espoir de repêcher un moteur de chaloupe électrique tombé à l’eau. Ils ne l’ont pas retrouvé, car le lac atteint plus de 50 m de profondeur au centre. Toutefois, du côté nord, le fond est formé d’un long banc de sable où se rend la lumière du soleil », fait valoir Anthony Juteau. Évidemment, la baignade s’y fait bonne. « C’est un lieu magnifique », conclut ce dernier, alors qu’un huard crie son approbation au loin.

EN BREF

Un centre de plein air, celui du lac Boisseau, dans les Laurentides, qui reprend de l’élan grâce à l’expertise du Perma.

ATTRAIT MAJEUR

Une douzaine de sites de camping facilement accessibles en canot.

COUP DE CŒUR

Le sentier Alléluia.

montagnedargent.com