Le fjord on the rock

  • Photos Guillaume Saint-Pierre

L’événement fait office de libération dans la région. Tous les ans, à la mi-mars, après avoir entretenu un étroit chenal dans l’épais couvert du Saguenay, le brise-glace de la Garde côtière canadienne libère entièrement le fjord. Les aficionados du kayak de mer trépignent et, durant une très courte période, se lancent à l’assaut du cours d’eau qui a des allures de Groenland.

Toutefois, ne se lance pas qui le veut à travers ces icebergs, où l’eau frise zéro degré. La sécurité, dans ces conditions, revêt une importance prioritaire si on souhaite vivre une expérience idyllique. On ne peut pagayer dans ces paysages uniques au Québec que quelques jours par année.

Il faut d’emblée s’assurer que les opérations de déglaçage sont bel et bien terminées. Et, à défaut d’être connaisseur (du nautisme et du secteur navigué), un encadrement s’avère indispensable. Outre les conditions maritimes qui sont particulières au printemps, l’habituel ange gardien nautique, la Garde côtière canadienne, n’est pas entièrement déployé à proximité. « La station de Tadoussac, la plus près du fjord, où on y gère les appels de détresse, est opérationnelle autour du 1er avril », précise Alexandre Savage, coordonnateur en recherche et sauvetage maritime à Québec. Les délais d’intervention dans les deux dernières semaines de mars (celles où le fjord regorge d’icebergs) peuvent donc être plus longs en cas d’avarie. Il rappelle qu’en plus de l’équipement nécessaire à la navigation en eau froide, se munir de bons moyens de communication est essentiel.

Les kayakistes devraient ouvrir un plan de route sur le canal 16 de la bande marine VHF (celui des appels de détresse) et s’assurer de le fermer une fois la sortie terminée. Les néophytes doivent recourir à une sortie guidée par un pourvoyeur, qui prendra en compte toutes les mesures de sécurité dans le but de mettre à l’avant-plan l’expérience.

Saguenay Aventures est une des entreprises qui cassent la glace de la saison de kayak sur le fjord. « Les départs sont sujets à des paramètres précis  – accessibilité à l’eau, météo et disponibilité d’un guide –, mais généralement la fenêtre printanière pour profiter du fjord s’étire jusqu’à deux ou trois semaines », spécifie Louis Tremblay Poirat, copropriétaire de l’entité plein air basée au Bas-Saguenay. Quant à Équinox Aventure, l’entreprise est en mesure de guider des kayakistes entre les glaces dans la région du Lac-Saint-Jean.

Une fois que les importants tenants et aboutissants de sécurité ont été considérés, l’émerveillement peut commencer. D’abord, la mise à l’eau des embarcations constitue une première différence majeure en hiver. Il n’est pas rare de devoir franchir, en traînant son kayak, une bonne distance sur la banquise du littoral. Or, il faut tenir compte de l’épaisseur de cette glace et de son détachement. Aussi, les remparts de glace accrochés aux parois atteignent souvent de deux à trois mètres sur les rives. Un kayakiste ne touche pas terre où il le désire. Moult raisons qui poussent à choisir une sortie guidée par des professionnels.

 Comme en Norvège

Les amoncellements de glace tout récemment broyés jouent aux échecs au gré du vent et des marées. Le seul son dans cet univers entièrement figé par le froid est celui de la pagaie attaquant l’onde. Autour, les falaises demeurent prisonnières de l’hiver, alors que de son hiloire, le pagayeur est au cœur de la renaissance d’un milieu marin enseveli sous la glace depuis décembre. La lumière de l’hiver, à nulle pareille, flottant dans ce décor aux comparatifs quasi inexistants au Québec, finalise la séduction.

Les premiers invités sont souvent les phoques communs, s’épivardant sur d’immenses bouées de glace. La cryosphère saguenéenne récemment libérée offre aussi beaucoup en matière d’éblouissement. Diverses sculptures se forment à même les vestiges de glace échoués par-ci par-là, présentant des teintes de cyan, de turquoise ou de saphir. Finalement se dessine autour des pagayeurs l’éveil indescriptible d’une planète Krypton se réveillant de l’hivernation, au grand plaisir des sens qui sont davantage sollicités. Pagayer parmi les glaces garantit la stupéfaction.

Parcourir le fjord on the rocks en kayak est certes inoubliable, mais permet, « au milieu de l’hiver, [de se découvrir] un invincible été », comme le rappelait Albert Camus. Bien évidemment, d’autres cours d’eau peuvent offrir une expérience nautique hivernale, et chacun a ses caractéristiques. Il importe de savourer ce court moment sur l’eau avec prudence et d’en profiter pleinement, car ces possibilités de sorties glacielles fondent rapidement.

 

En bref

La pratique du kayak parmi les glaces sur le Saguenay.

 

ATTRAIT MAJEUR

L’impression de pagayer dans une contrée arctique.

 

COUP DE CŒUR

Un arrêt, le temps d’un lunch, sur une banquise flottante.

 

Saguenay Aventures

saguenayaventures.com

Équinox Aventure

equinoxaventure.ca