Le parc régional Kiamika sous un angle différent

  • Photos Simon Diotte

L’inauguration à l’été 2025 du secteur Baie-Blueberry ouvre de nouvelles perspectives d’exploration dans ce parc régional des Hautes-Laurentides. L’accent n’est plus mis uniquement sur le canot-camping au milieu des eaux de son gigantesque réservoir, mais aussi sur la diversité des activités pendant les quatre saisons tout en jouissant d’une bonne dose de confort.

On ne s’en sort pas. J’ai beau avoir une copine relativement aventureuse et des filles initiées très tôt au camping à la dure, il n’y a rien à faire. Pour elles, l’équation canot-camping rime toujours avec un seul gros désagrément : l’absence de douche. Alors dès que je leur propose du camping bénéficiant d’un bloc sanitaire, c’est comme si j’offrais une Lambo à un aspirant mâle alpha. Elles sautent de joie ! Si, en prime, on peut dormir dans un abri confortable, là où l’on n’est pas réduit à coucher par terre, j’arrive même à les convaincre de m’accompagner sans qu’elles rechignent trop.

C’est ainsi que je suis allé à la découverte, à la fin de l’été 2025, du secteur Baie-Blueberry, dans le parc régional Kiamika, en compagnie de ma copine et de l’une de nos filles (la deuxième a fait valoir sa carte « J’ai un emploi » et s’est extirpée de ce voyage). Ouvert depuis 2013, ce parc des Hautes-Laurentides met en valeur les eaux et les berges sablonneuses du réservoir Kiamika, un plan d’eau de 52 km2 créé par la construction dans les années 1950 d’un barrage sur la rivière Kiamika. Avec le temps, c’est devenu une référence en canot-camping grâce à l’aménagement çà et là de sites de camping sauvage à la grandeur de ce territoire de 185 km2.

Jusqu’à l’inauguration du secteur Baie-Blueberry, à l’est du réservoir, ce parc régional ne possédait ni pôle d’activité quatre saisons ni bloc sanitaire. Le nouveau secteur vient combler cette lacune. En plus de servir de point de départ aux adeptes de canot-camping en raison de son centre de location d’embarcations, cette destination propose 16 emplacements de camping accessibles en voiture et 10 par une courte marche, ainsi que 4 refuges Loonä (appellation qui évoque le nom anglais du huard).

Les Loonä, que j’ai eu la chance de tester, sont d’immenses tentes à la structure en A qui ont comme mission d’accommoder à longueur d’année les campeurs désireux d’un minimum de confort. Un foyer au propane réchauffe l’atmosphère lors des nuits fraîches. Par contre, la vaisselle et le réchaud ne sont pas fournis, au contraire des prêts-à-camper qui se multiplient dans les autres parcs québécois. La formule est celle du refuge : on loue avant tout un abri tout confort. Néanmoins, tous les modes de camping se trouvent au bord de l’eau. Le paradis, non ?

Pagaie et rando

Outre les aménagements dignes d’un vrai parc régional, le secteur Baie-Blueberry se distingue par la possibilité de marier les randonnées pédestres aux sorties en kayak sur les eaux du Kiamika. À notre arrivée en fin d’après-midi, nous avons eu le temps de nous dégourdir les jambes dans le sentier des Géants, une boucle de 2 km comportant quelques montées assez abruptes, qui se trouve à deux ou trois minutes de voiture du camping. Cette brève escapade a été suivie d’une séance de pagayage au coucher de soleil sur le Kiamika. Bref, nous avons eu droit au meilleur des deux mondes.

Le lendemain, pendant que mes amours dormaient, je suis allé explorer le sentier des Cimes, qui connecte au sentier des Géants, formant un parcours linéaire de 6,3 km. Ce n’est pas l’idéal pour une excursion, mais j’ai prévu le retour par la route en courant sur 5 km. Comment décrire le sentier des Cimes ? Puisqu’il est linéaire, donc moins pratique qu’une boucle, cette piste en forêt bénéficie ou souffre, selon la perspective, d’une très faible fréquentation. Les herbes entravent le sentier et il faut être aux aguets si on ne veut pas s’égarer. J’avoue que j’ai un fort penchant pour ce genre de piste qui demeure presque à l’état primitif. Sans surprise, je n’ai croisé personne en chemin. Une portion du sentier donne une vue saisissante sur des milieux humides d’une grande importance écologique.

En après-midi, notre trio est parti en canot et en kayak faire une belle balade sur le réservoir Kiamika. Puisque le niveau d’eau était bas, résultat d’un été sec au possible, des îles qui n’étaient pas visibles sur les cartes ont resurgi et obstruaient le passage en plusieurs endroits. C’était plutôt inusité, et cela ajoutait un zeste d’aventure à notre excursion. Nous avons ainsi pagayé entre des souches, et nous nous sommes baignés à l’improviste, sous le chant des huards.

Nous avons mis le cap sur l’île de la Perdrix blanche, où se trouve un sentier pédestre en boucle d’approximativement 7 km, au dénivelé de 300 m. Cette sente procure quelques points de vue sur le réservoir au nord et à l’ouest et mène au plus haut sommet du parc, à 460 m d’altitude. Elle traverse surtout une érablière à bouleau jaune et hêtre d’au moins 175 ans. Cet écosystème forestier exceptionnel n’a jamais subi de perturbations naturelles graves ni de coupes forestières. Ouvrez grand les yeux et admirez des spécimens qui ont défié le temps, comme des érables à sucre de 300 ans et des pruches de l’Est de plus de 250 ans.

Après cette excursion de plusieurs heures, nous avons vraiment beaucoup apprécié la douche du bloc sanitaire. Nous avons été surpris d’apprendre que des panneaux solaires fournissent l’électricité du pavillon d’accueil et du bloc sanitaire. Cependant, un dispositif au propane assure l’eau chaude aux campeurs en manque de propreté. Le lendemain, il ne nous restait qu’un sentier à parcourir, celui abritant le lac Kilby, à 5 km en voiture du secteur Baie-Blueberry. Ce sentier se distingue par ses falaises et ses points de vue sur l’eau. Hélas, une douleur à un pied m’a forcé à écourter mon séjour. Que voilà un bon prétexte pour revenir. Étant donné les douches chaudes, finies les excuses pour ne pas partir en nature.

Wô les moteurs !

« À bas la taxe carbone ! » m’a crié un adepte de motomarine en guise de provocation alors que je pagayais paisiblement. Ce cri a malheureusement souligné l’irritant du parc régional Kiamika : la présence assez soutenue de bateaux à moteur et d’hydravions. Je n’ai rien contre les pêcheurs, toutefois le bruit incessant des motomarines casse l’ambiance zen. Dommage qu’il faille supporter ces machines dans un tel havre de paix.

EN BREF

L’exploration du secteur Baie-Blueberry du parc régional Kiamika, dans les Hautes-Laurentides.

ATTRAIT MAJEUR

Un bloc sanitaire tout neuf !

COUP DE CŒUR

Les couchers de soleil sur le réservoir Kiamika.

À NOTER

Une seule des quatre refuges Loonä accepte les chiens. Les pitous sont cependant permis en camping et dans les sentiers sur l’ensemble du territoire.