Parachutisme: plus douce sera la chute

« Pense banane ! » ne cesse de me répéter Dennis, mon instructeur du Centre École de parachutisme de Québec, avant de grimper dans le petit aéroplane stationné au départ de la piste de décollage. Qu’entend-il exactement par ça ? Ah oui… quand je serai en équilibre (précaire) sur le marchepied extérieur de l’avion, à quelque 10 500 pieds au-dessus du plancher des vaches, il faudra que mon cerveau ordonne à mon corps de s’arc-bouter en arrière, contre mon instructeur auquel je serai solidement attachée pour sauter de concert dans le vide. Une joyeuse partie de jambes en l’air, en somme !

Mon cerveau a retenu la consigne, mais mon corps s’exécutera-t-il au moment voulu ?

Dans l’habitacle exigu du Cessna, je me détends ; la vue est belle, la journée propice, la compagnie agréable. Tout près de moi, un jeune gars profite du lift pour compléter son 90e saut en solo de la saison. Devant mon sourire crispé, il m’encourage : « C’est encore mieux que le sexe, madame ! » affirme-t-il du haut de ses 19 ans. J’ai envie de lui répondre « ça dépend, petit… », mais, au fond, qu’en sais-je ? C’est ma première fois, et je ne demande qu’à le croire… Et Dennis, mon partenaire, a l’air à la hauteur de la situation, lui qui enseigne le parachutisme aux jeunes recrues des Forces canadiennes. Je ne peux être en de meilleures mains !

À l’ouverture de la porte de l’avion, les choses me semblent soudain moins idylliques. Je dois gagner rapidement le marchepied extérieur. Une angoisse me saisit, j’implore Dennis dans un souffle : « T’es sûr qu’on est bien attachés ? » Évidemment, il a déjà fait un double et même un triple check-up mais, en pro qu’il est, il s’exécute de nouveau avec le sourire. Après, les choses s’enchaînent en trois secondes chrono : j’arrive maladroitement au marchepied, je croise mes bras sur mes épaules, et je pense banaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaane !

J’ai pleinement conscience du saut périlleux avant, suivi du double piqué que nous venons d’exécuter ensemble à la vitesse vertigineuse de 200 km/h. Étonnant comme mon cerveau continue de fonctionner quand mon système respiratoire a tant de mal à s’alimenter dans l’œil du cyclone. Passé le choc des premières secondes, dès lors que nous nous stabilisons, je déplie les bras, je tente un sourire alors que mes joues ballottent disgracieusement dans la bourrasque. Je lâche prise enfin et pénètre tranquillement dans le septième ciel.

Repères : Le Centre École de parachutisme de Québec exerce ses activités à Québec, dans l’arrondissement de Charlesbourg, mais aussi à Saint-Frédéric de Beauce. Un baptême en chute libre se fait toujours en tandem. La chute libre dure environ 40 secondes, suivie, à 5000 pieds, d’un vol en parachute de quelques minutes. Tarif : 265 $ (avant taxes).

Info et réservation : 418 623-8174, 418 426-3064 ou www.cepq.qc.ca

Comment s’y rendre : De Québec, prendre l’autoroute 73 Sud en direction de Saint-Georges, emprunter la sortie 81 à Vallée-Jonction, puis continuer jusqu’à Saint-Frédéric de Beauce.