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Hiver, Hors-Québec, Ski alpin

Haute route, émotions fortes

23-02-2016

La Haute Route Verbier-Zermatt, en Suisse : une aventure extrême sur les cimes mythiques. Et dans ses forces intérieures.

Devenez reporter pour Géo plein air
Ariane Ste-Marie a été sélectionnée pour être Reporter pour Géo Plein Air, dans les Alpes suisses. Son accompagnateur, notre Prof dans l’bois, alias Pascal Girard, vous la présente.

Elle n’est pas plus grande que ma fille et affiche une mine aussi jeune que mes élèves. Pourtant, Ariane possède déjà un parcours de vie modelé par l’aventure et les défis.

Ariane Ste-Marie est la première et la seule Canadienne à avoir été choisie en 2011 pour participer à l’expédition Pangaea. Élaborée et chapeautée par l’explorateur aventurier Mike Horn, cette expédition était composée de sept jeunes. L’objectif : atteindre le pôle Nord magnétique en skis. Au cours d’un stage intensif de sélection, en Suisse, Ariane se fait remarquer par son caractère et sa détermination, des qualités qui lui permettent de se tailler une place au sein de l’équipe. Dans la foulée, La Presse et Radio-Canada lui décernent le titre de Personnalité de la semaine pour sa force de caractère et son audace.

Cette force ne s’est pas démentie sur la Haute Route. Le manque de sommeil, l’altitude et les ascensions corsées ne l’ont pas découragée. Au contraire, elle s’est adaptée au parcours sans jamais cesser de s’émerveiller devant un panorama qui nous prenait aux tripes. Ariane détient l’atout essentiel de l’aventurier : du muscle entre les deux oreilles.

Et l’aventure ne s’arrête pas là : après avoir obtenu son baccalauréat en intervention plein air, elle vient de larguer les amarres avec son chum, Yanick, pour un périple à vélo d’un an et demi. Cette traversée de 20 000 km, baptisée Roues libres*, devrait les conduire sur les routes d’Asie, en commençant par les montagnes himalayennes pour se terminer dans les steppes de Mongolie.

Ah oui, durant notre aventure en Suisse, Ariane m’a dit : « Je ne veux pas seulement vivre des aventures, je veux aussi les écrire. » Ça commence bien…          

« Le poids, c’est l’ennemi du skieur en montagne», résume Nils en ôtant plusieurs équipements de mon sac à dos. Notre guide à la couette blonde porte un bandeau en laine et des lunettes polarisées. C’est au bas du téléphérique des Gentianes, à Verbier, que nous faisons sa connaissance, avant d’entamer ensemble la mythique Haute Route, qui nous mènera jusqu’à Zermatt. Après 14 heures de transport la veille, Pascal et moi sommes plus que prêts à attaquer les sommets invitants qui se déploient sous nos yeux.

Vous avez dit altitude ?
Direction le plateau du Trient, en téléphérique, pour commencer notre randonnée dans les Alpes suisses. Nous ne sommes pas les seuls à partir, car c’est au début du printemps que la Haute Route est la plus fréquentée, le froid étant moins glacial et le temps plus clément. Après une jolie montée de 300 m qui nous a menés jusqu’au col de la Chaux, ma fréquence cardiaque s’accélère : l’acclimatation à l’altitude s’annonce difficile. Du col de Momin, nous apercevons le sommet de La Rosablanche, mais en voyant l’heure avancer et le temps commencer à se détériorer, nous abandonnons l’idée de poursuivre notre ascension et amorçons notre descente sur le glacier de Prafleuri afin d’atteindre la cabane qui sera notre refuge pour la nuit.

« Restez de chaque côté de moi », nous avertit Nils avant la descente. « Et surtout, ne me dépassez pas. Il ne faudrait pas que je vous perde dans une crevasse. »
Et même si j’avais voulu le dépasser, je n’aurais jamais réussi ! Pascal et Nils descendent avec la grâce de l’expérience jusqu’à la cabane. Quant à moi, je m’arrête à quelques reprises pour reprendre mon souffle ; cette descente est beaucoup plus exigeante que ce que j’ai connu jusqu’ici !

C’est un bon thé chaud qui nous attend à cette première halte.  L’accueil y est plus que chaleureux et, au souper, l’ambiance est des plus conviviale. Après le repas, il nous faut respecter la tradition : les guides présents font la vaisselle. Pascal et moi nous joignons à eux de bonne grâce. Évidemment, comme la tradition le veut aussi, pas question de refuser un petit verre de génépi, alcool artisanal élaboré à partir de la plante du même nom. À plus de 2600 m et après un verre ou deux, je ne tarde pas à aller me coucher. Soit ils ont pris trop de génépi, soit c’est moi qui n’en ai pas pris suffisamment, mais les Français et les Japonais avec qui je partage mon dortoir passent la nuit à ronfler pendant que je me retourne dans mon lit.


Leçon d’humilité
Sept heures du matin et le soleil est déjà de la partie sur le col des Roux, environ 200 m plus haut. La descente qui suit est spectaculaire ; nous apercevons plus bas le lac des Dix et le barrage construit à son embouchure. Pendant toute la matinée, nous longeons le lac gelé et admirons les Aiguilles Rouges qui se dressent de l’autre côté du lac. Nous avalons les montées, mais voilà qu’au sommet, une fatigue extrême s’empare de moi. L’ascension m’a épuisée ; j’ai mal au cœur et j’ai de la difficulté à avancer. Nils, en guide consciencieux, propose de prendre mon sac. Mon orgueil m’oblige à refuser, mais après quelques minutes, je comprends que si je désire me rendre à la cabane des Dix, je dois mettre de côté ma fierté.
Une fois allégée, je crois que tout ira mieux et que le plus difficile est derrière nous. J’aperçois enfin la cabane tant désirée. Le seul petit hic, c’est qu’il faut encore grimper 200 m avant d’y arriver. Une sacrée montée ! De peine et de misère (et surtout grâce aux encouragements de mes deux compagnons), j’arrive à me rendre au refuge. Après huit heures de marche, je suis vidée de mon énergie.
« Tu veux essayer ? me nargue Nils en pointant la slackline suspendue à 20 m du sol sur laquelle des skieurs jouent les équilibristes.
– Pas ce  soir », lui dis-je en reprenant mon souffle.

Au bout de soi
Dès l’aube, nous commençons la traversée du glacier de Cheilon, à l’opposé du soleil levant, donc à l’ombre un bon bout de temps. Pas chaud.
« Dis, Pascal, t’as pas froid sans tes moufles ? s’inquiète Nils en voyant celui-ci attaquer la montée les mains nues.
– De quoi tu parles, Nils ? Il fait chaud, là, non ?
– Il fait chaud pour les Québécois peut-être ! Tu es fou, ma foi ! » s’exclame Nils avant que nous éclations tous de rire.

Nous effectuons aujourd’hui l’équivalent de 1 km de montée. J’essaie d’oublier cette distance en admirant les paysages qui s’ouvrent à moi pendant que le soleil reprend tranquillement sa place dans le ciel. Nous dînons tout en haut du glacier de Tséna Réfien, cernés par des sommets extravagants que les nuages chevauchent dans une lumière dorée. Je suis sous le charme, littéralement, puis je comprends que je dois gravir le mur qui s’est dressé devant nous. Le mur de La Serpentine nous contraint à installer nos « couteaux », ces crampons dentelés que nous accrochons sous nos skis. Je peine à monter et, même dépouillée de mon sac à dos, j’avance plus lentement qu’une tortue. L’important, désormais, est de ne pas abandonner !

J’ai le souffle court à l’approche du col de Brenay et du pigne d’Arolla, le sommet le plus élevé de notre expédition. Les nuages s’agglutinent rapidement au-dessus de nos têtes. Nils me conseille de me reposer tandis que Pascal et lui immortaliseront le paysage sur pellicule. Pour atteindre le refuge, ça descend non-stop… La neige est dure et nous effectuons des virages entre les amas de neige compacte qui me font regretter la poudreuse. Il n’en reste pas moins que la dénivellation est impressionnante et que nous devons être vigilants pour ne pas s’approcher des séracs qui pourraient s’effondrer à tout moment.

« Pascal, je crois que ça serait bien si on descendait comme ça, juste devant la caméra, pour que tu voies les montagnes à l’arrière », propose Nils. Je commence à croire qu’il aime bien jouer les kid-kodak pour Pascal. Et ce dernier ne peut résister à prendre de belles prises de vue, ce qui n’est pas près de manquer dans ce paysage spectaculaire.

À la cabane des Vignettes (3157 m), Nils nous commande un repas emblématique suisse, un rösti* ! Je n’en crois pas mes yeux lorsque je vois le plat arriver :
« Tu as invité un ami ou quoi ? C’est pour au moins quatre personnes, ce truc !
– Mais non, tu m’as dit que tu n’avais pas très faim, alors j’ai commandé pour deux», me répond-il le plus sérieusement du monde.

En quelques bouchées, je retrouve l’appétit, et force est d’admettre que nous sommes passés au travers du meilleur rösti que j’ai dégusté de toute ma vie !

Les forces intérieures
C’est avec détermination que j’entame les 1200 m de dénivelé qui nous séparent de la cabane de Bertol. Mais, dès le départ, mon positivisme est mis à rude épreuve : la descente vers le glacier du Petit Mont-Colon est très étroite et, pour ne pas aller trop vite, je mets mes skis en diagonale. Puis, soudainement, je glisse sur le côté sans avoir le temps de m’accrocher. Ma chute ne dure que quelques instants, mais je me retrouve plusieurs mètres en dessous de la piste. Je sens mon cœur battre à une vitesse ahurissante.

« Ça va, Ariane ? Rien de cassé ? » me crie Pascal, quelques mètres plus haut. Il me rejoint en me rapportant mes skis, qui s’étaient décrochés pendant ma chute. « J’ai tellement eu peur ! Je filmais la descente et, à un moment donné, t’es disparue ! » me dit-il, la GoPro accrochée sur un bâton.

C’est le père en lui qui parle. Je trouve rassurant de vivre cette belle aventure avec lui. Nous rions nerveusement en imaginant ce qui aurait pu se produire, puis nous terminons la descente, doublement vigilants.

J’oublie rapidement cet incident lorsque nous entamons la descente du haut glacier d’Arolla. Huit cents mètres de pur plaisir, dans une descente euphorisante. Les mots me manquent pour exprimer l’exquise sensation que je ressens en slalomant sur ce petit bijou de parcours. Une fine pellicule de neige et un soleil radieux nous invitent à engloutir les virages, sous l’œil ravi de Pascal qui capte chaque seconde. C’est tout simplement incroyable de se retrouver dans un décor aussi majestueux. J’en oublie (quasiment) toutes les douleurs des derniers jours.

Mais le plaisir est de courte durée ; nous enlevons vite nos skis pour entreprendre la montée de 800 m qui nous sépare de notre prochaine destination. Je commence à me sentir mieux et j’entame avec vigueur la première portion sur les roches. Puis nous remettons nos skis et continuons l’ascension. Devant nous, sur une arête abrupte et improbable se trouve la cabane de Bertol. Toujours difficile d’évaluer la distance d’un objectif en pleine nature, mais aujourd’hui, c’est décidé, rien ne peut m’arrêter.

Les premières centaines de mètres défilent bien. Je me sens en contrôle, d’une force inépuisable. Puis, au cours de l’après-midi, alors que tout va bien dans ma tête, mes jambes refusent tout à coup de coopérer. Mais je suis déterminée à finir la journée la plus difficile du périple avec mon sac sur le dos et ma fierté retrouvée. Je m’accroche donc à ce qu’il me reste d’énergie. Je serre les dents à plusieurs reprises afin de ne pas demander à Nils de prendre mon sac. Et devinez quoi ? Je me suis rendue ! Cela m’a peut-être pris huit heures – et nous avons été probablement le dernier groupe arrivé à la cabane –, mais j’ai vaincu cette journée et je n’en suis pas peu fière !
« Je peux prendre ton sac, maintenant ? » me demande Nils, tout sourire, au pied de la lourde échelle de métal qui me mènera vers mon salut, la cabane de Bertol. Impressionnant qu’ils aient pu construire un refuge dans un endroit aussi incongru, à même une paroi aussi verticale. Ah ! ces Suisses m’impressionneront toujours !
C’est dans la tempête que nous entamons notre dernière journée. Nous enfilons tous nos lunettes de ski (même Pascal !) et arrivons au col de la Tête Blanche en un temps record. Puis, durant la longue et impressionnante descente vers Zermatt, le Matterhorn perce le ciel et nous découvrons avec ravissement un panorama sculpté de séracs et de sommets vertigineux. Je souris à mes deux compagnons, hébétée devant ce paysage alpin si époustouflant : « On se revoit à Zermatt ? »

* Sorte de galette de pommes de terre qui peut être composée de fromage, de lardons et d’oignons.

Repères
S’y rendre Swiss International Airlines offre des vols directs de Montréal vers Zurich plusieurs fois par semaine, ou vers Genève avec escale. Pour connaître l’horaire des vols, rendez-vous dans son site Internet.
www.swiss.com/ca/fr

Quand y aller Il est possible d’emprunter la Haute Route pendant la saison estivale, mais c’est vers la fin de l’hiver (mars-avril) que celle-ci est la plus impressionnante et la plus accueillante.

Se loger L’offre d’hébergement est très variée, autant à Verbier qu’à Zermatt. Pour le séjour de ski, il est nécessaire de dormir dans des cabanes du Club alpin suisse et, surtout, de réserver celles-ci, car les places y sont limitées !
www.sac-cas.ch

Se laisser guider Il est fortement recommandé d’embaucher un guide pour une aventure sur la Haute Route. L’association des guides de Verbier (www.guides verbier.com/fr/contact.html) offre des forfaits à partir de 1200 $ par personne (pour cinq jours), ce qui comprend l’accompagnement par un guide et la demi-pension dans les cabanes.

Information sur l’offre touristique en Suisse
www.myswitzerland.com/fr

Vivez cette aventure en visionnant les vidéos

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