Norvège entre monts et fjords

Rondane

le parc des superlatifs

Pour découvrir le pays, rien de mieux que débuter par une virée dans son plus vieux parc national. Parsemé d’une dizaine de sommets de plus de 2000 m, d’eskers et de vallées où coulent des rivières et des torrents aux couleurs bleutées, le parc s’étend sur quelque 963 km². La ville d’Otta, au sud-ouest, sert de camp de base à cet immense terrain de jeu. De la route principale E6, le chemin de gravier bien entretenu ne cesse de monter et de tourner.

Rendus au petit village de Mysusaeter, on se croit arrivés, mais il n’en est rien. Il faut pousser plus loin et plus haut (et ne pas se faire arnaquer en payant 40 couronnes pour y stationner, loin de tout !), en empruntant une petite route de gravier payante (10 couronnes) qui mène au paradis : le stationnement de Spranget. Pour tout accueil, d’immenses dalles de pierres sont placées au sol, certaines à l’horizontale, d’autres à la verticale, avec quelques cartes et renseignements sommaires. Oh ! surprise ! une route qui semble carrossable, mais fermée à la circulation, longe la vallée de la rivière Store Ula et conduit au très populaire refuge Rondvassbu. Plusieurs vélos sont enchaînés au départ du sentier. Il suffit d’appeler au numéro indiqué (47 61 23 18 66) pour obtenir le code qui permettra de déverrouiller un cadenas sur une monture et, voilà, on pourra dépasser tous les randonneurs. Mais il faudra payer 150 couronnes à notre arrivée à Rondvassbu…

Mais pourquoi ne pas se prévaloir plutôt du fameux allemannsretten, ce droit d’accès libre et gratuit au territoire national (voir encadré à la page 79 ), et piquer à travers champs ? Les distances sont difficiles à évaluer au beau milieu de cette immensité. Les montagnes ne semblent pas se rapprocher malgré les heures qui s’égrènent. Plateaux alpins, montagnes dénudées et austères, rivières aux eaux glaciales… et parfois infranchissables, champs de neige durcie et terrains humides où les bottes s’enfoncent sous la mousse ; le tout se succède et se combine pour en mettre plein la vue (et les bottes !) au plus blasé des randonneurs.

 L’accès par Mysusaeter n’est qu’une des nombreuses portes d’entrée de cet immense parc. Plus à l’est, on peut garer gratuitement sa voiture et partir explorer la partie est du parc par la très accessible Straumbu, le long de la route 27. Un petit bâtiment offre des toilettes et une aire de pique-nique. Incroyable, tout de même : tout ça est gratuit dans un pays où la plupart des choses y sont payantes… et chères ! Le sentier Straumbu, qui mène au refuge Bjørnholia, est facile et nous conduit rapidement vers les plateaux alpins où s’ouvrent devant nous des myriades de possibilités.
www.visitnorway.com/en/where-to-go/east/rondane-national-park

Romsdalseggen

capitale des sommets

Dans la région de Møre og Romsdal, au sud-est de Molde, la petite ville d’Åndalsnes se fait toute petite, accolée contre les parois verticales des montagnes toutes proches et bordées par les eaux profondes du fjord Isfjorden. Accessible par la E136, la ville, lourdement bombardée par les troupes allemandes lors de la Seconde Guerre mondiale, n’a rien pour inspirer le touriste de passage. Toutefois, la présence de montagnes abruptes et d’un sentier mythique, le Romsdalseggen, justifie à lui seul le titre de « capitale des sommets » d’Åndalsnes.

Tous les jours, un bus part de la skysstasjon à 9 h 30 pour déposer les marcheurs à Vengedalen. De là, une randonnée de 10 à 12 km, selon l’une des trois options choisies, permet de grimper du niveau de la mer jusqu’à plus de 1000 m. Si la montée ne vous a pas coupé le souffle, la vue panoramique fera le reste du travail ! Tout en bas, la rivière Rauma se tortille entre les montagnes, dans la vallée de Romsdalen. Et quelles montagnes ! Le fameux Trollveggen, le plus imposant mur d’escalade d’Europe, trône à 1800 m alors qu’alentour on se perd à identifier les Kongen, Dronninga, Romsdalshorn et les autres… La rando, qui prend en moyenne de sept à huit heures, est remarquable en raison de ses vastes perspectives et de sa facilité d’accès. On peut d’ailleurs commencer le tout en laissant la voiture dans les rues d’Åndalsnes ou au stationnement de Vengedalen, et choisir alors de retourner sur ses pas après avoir atteint les sommets désirés.

Et si jamais, par hasard, la randonnée ne représente pas un effort suffisant pour vous, il y a toujours le triathlon Trollveggen qui se tient en juillet : 1,2 km de nage dans la mer, suivie d’une ascension épique de
21 km en vélo, sur une route incroyable bordée de chutes et de précipices, pour se terminer par une course (ou marche, c’est selon) de 5,7 km tout en montée sur des sentiers qui n’en sont pas vraiment.
www.romsdal.com/content/003F3096/$file/Romsdalseggen

Geiranger

un fjord patrimonial

Ce village, localisé aussi dans le comté de Møre og Romsdal, au bout d’une descente mémorable le long de la route 63, n’abrite que 250 habitants. Pourtant, bon an mal an, plus de 600 000 visiteurs y aboutissent, le plus souvent via d’immenses bateaux de croisière. C’est que le fjord Geiranger, au bout duquel est blotti le village du même nom, est l’attraction touristique la plus importante de Norvège. Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, le fjord fait environ 15 km de long sur 1,5 km de large. Si l’endroit manque un peu de ce petit côté nature qui nous plaît tant, il compense par le spectaculaire de ses paysages.

À défaut de s’offrir une croisière, trop chère de toute façon, il est possible de découvrir le fjord en faisant plusieurs randonnées, dont la plupart commencent au centre du village. Une possibilité intéressante : dépasser le village et se rendre à Homlong, où, avec un peu de chance, on pourra stationner la voiture avec la permission des propriétaires du petit hôtel. De là, un départ à environ 50 m d’altitude nous mène à 550 m pour rejoindre le point de vue de Homlongsaetra, et nous faire redescendre précipitamment vers la petite ferme abandonnée de Skageflå, à 250 m. Au total, un aller-retour d’environ 10 km avec quelques panoramas époustouflants… incluant des bateaux de croisière en contrebas. Un peu avant le point de vue de Homlongsaetra, on peut bifurquer à gauche pour effectuer l’ascension, plus difficile, du mont Keipane, qui domine le paysage à
1379 m d’altitude. Pour ce détour, il faudra alors ajouter 10 km aller-
retour et, qui sait, des crampons à glace…
www.visitalesund-geiranger.com/en/BROCHURESMAPS/Hiking-routes-in-Geiranger

Jotunheimen

stupeur en montagne

Le parc national de Jotunheimen est surnommé « la maison des géants » en raison du fait que, sur son territoire de 1151 km², on y recense plus de 275 sommets de plus de 2000 m. C’est une destination de choix pour les randonneurs au long cours et les autres. Le long de la route 55, un peu au sud-ouest de Lom, on peut emprunter la petite route de montagne Visdalvegen, puis celle de Brekkvegen, qui mène à Spiterstulen, une auberge de montagne où il est aussi possible de camper. L’autobus de la compagnie Nettbuss s’y rend régulièrement, ce qui, compte tenu de l’état et de l’étroitesse de la route, est un exploit en soi.

On pourrait passer des semaines à explorer ses vallées et ses montagnes. Vraiment, un lieu impressionnant, toujours ! Cependant, après avoir croisé un couple de Suédois et que ceux-ci nous eurent fait part de la frousse qu’ils ont eue quand ils ont été surpris par un blizzard durant leur montée vers Galdhøpiggen (2469 m), nous avons été convaincus de concentrer nos efforts sur la découverte de la vallée de la rivière Visa, des cascades et glaciers environnants. D’autant plus que, depuis deux jours, le ciel est complètement bouché, qu’il fait de 5 °C à 10 °C le jour, avec un vent à « écrapoutir » la plus robuste des tentes. En prime, une pluie glaciale se déplace… à l’horizontale !

On oublie les kilomètres, les pistes balisées, et on découvre l’arrière- pays, comme si on était les premiers humains à en fouler le sol humide. Bon, à voir toutes les bouses de moutons qui jonchent le sol, c’est clair qu’on n’est pas les seuls êtres vivants dans le coin. On devine même, au loin, très loin, quelques points colorés qui se meuvent : d’autres randonneurs. Mais le moment est tout de même magique : quelques rayons de soleil parviennent à nous révéler les montagnes avoisinantes. Super !
www.visitjotunheimen.com

Rallarvegen

du vélo comme jamais

Parlant de pluie… il pleut depuis plusieurs jours sans interruption. Si la ville de Flåm, au fond de l’Aurlandsfjord, a tout pour accueillir le touriste, ce n’est certes pas ce qui nous retient ici. Le long de la E16, plusieurs randonnées peuvent être effectuées à proximité. Mais à défaut de trouver une éclaircie, voici ce qui nous permettrait de nous dégourdir les jambes autrement : une randonnée à vélo, tout en descente, du village de Finse, situé à 1222 m d’altitude, jusqu’à la porte du fjord, à Flåm.

La Rallarvegen, c’est la route des cantonniers, la route de montagne utilisée par les travailleurs durant la construction de la voie ferrée, il y a plus de 100 ans, pour relier Oslo à Bergen. Propriété de la compagnie de chemin de fer, mais ouverte au public depuis le milieu des années 1970, la route est devenue une piste cyclable légendaire. On y vient du monde entier pour une, deux ou même trois journées de vélo de montagne incomparable. Plusieurs options sont possibles. La classique, au départ de Haugastøl, permet en quelques jours de parcourir les quelque 80 km de sentiers qui mènent à Finse, Myrdal puis Flåm. Une autre option, encore plus populaire, consiste à prendre le train à Flåm (direction Finse) : ainsi, on monte, monte et monte jusqu’à Finse d’où l’on peut louer un vélo et redescendre au point de départ, environ 55 km plus loin. Wow ! du vélo comme on n’en a jamais fait ! Malgré l’allure pépère du vélo de location avec sa sonnette fixée au guidon, je remarque la présence de freins à disque aux deux roues : un must. Et c’est parti.

Du sentier avec vue sur le glacier Hardangerjøkulen et les plateaux alpins, en passant par le lac Fagervatnet, la vue ne cesse d’impressionner et la température de se réchauffer. Ou est-ce l’effort à pédaler entre les rochers ou les crevasses et à pousser le vélo sur les avancées de neige ? Un peu des deux, assurément. Et il y a ces virages en épingle qui n’en finissent plus, ces cascades rugissantes et les pauses qui se font de plus en plus fréquentes, mais avec une bonne excuse : il faut bien admirer le paysage…
www.rallarvegen.com
www.finse1222.no/en/home
www.visitflam.com/flam-railway

Hardangervidda

sauvage solitude

Les plateaux alpins désolés du parc national de Hardangervidda, le plus vaste de Norvège, sont parmi les plus imposants du nord de l’Europe. Dans cette toundra où la neige persiste jusque tard en juillet, il est possible de randonner pendant des semaines. Les deux portes d’entrée principales, pourvues d’un centre d’information, sont situées près de Rjukan ainsi qu’à Eidfjord. Le long de la route 7, au sud du lac Eidfjordvatnet, à partir de øje Eidfjord, on peut prendre la route de montagne vers Hømlo et se faire peur en poussant le moteur sur une route de gravier étroite qui serpente en montant jusqu’à trois stationnements gratuits. Le troisième donne accès à un sentier qui mène rapidement dans la partie nord du parc.

Si le début du sentier est plutôt banal, c’est vers Vivelid que les choses s’améliorent. On peut faire une boucle d’environ 10 km en passant par Heldo ou se perdre sur les plateaux, bercés par le tintement des clochettes des moutons. Mais ils sont vraiment partout, ces moutons… L’immensité, le silence, le vent qui souffle sans obstacle, la toundra à perte de vue, les bottes mouillées… encore. Et voilà qu’on y rencontre, au milieu de nulle part, nos amis belges qui font la longue randonnée entre les refuges entretenus par le club alpin norvégien (DNT*).

Sitôt la croûte cassée le long d’une cascade, on se retrouve encore seuls (rien pour nous déplaire) et les lacs d’altitude alternent avec les eskers pour varier un peu le paysage dominé par d’immenses plateaux. Une chance que le soleil est de la partie. Pas si courant que ça dans un lieu où les plateaux de 1100 m en moyenne sont régulièrement enveloppés d’une soupe au pois glaciale.
www.hardangerfjord.com/en/Odda/What-to-see/Hardangervidda-Nationalpark

* Den Norske Turistforening.

La loi de la nature accessible
Allemannsretten est le terme utilisé pour évoquer le « droit d’accès » qui a encore cours en Norvège. Cette loi millénaire stipule qu’on peut camper n’importe où pendant deux jours consécutifs pour autant qu’on soit à plus de 150 m de toute agglomération. On peut aussi randonner gratuitement dans tous les espaces verts et même les pâturages. La Norvège est un des pays d’Europe les moins densément peuplés. Et, faut-il le rappeler, c’est le pays des fjords démesurés et des montagnes qui se donnent des airs de forteresse médiévale. Enfin, pendant l’été, même dans la partie sud, on profite de cette abondante lumière qui baigne le paysage une vingtaine d’heures durant. Que demander de plus ? Que ce pays figure parmi les plus chers du monde et que sa météo soit plutôt capricieuse et changeante, surtout sur la côte ouest, ce n’est pas ce qui nous fera renoncer à y prendre un grand bol d’air. Oh que non !

Repères
www.visitnorway.com
www.norway.com