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Hiver, Hors-Québec, Raquette

Pépites d’air au Yukon

25-01-2017

Fini, la ruée vers l’or ! Aujourd’hui, le Yukon offre aux pleinairistes une mine d’activités hivernales, de la traditionnelle à l’extravagante.

En route vers Whitehorse, la capitale yukonaise, il suffit de jeter un œil par le hublot pour que naisse l’excitation. À perte de vue, des centaines de cimes agglutinées, saupoudrées de neige, forment déjà la promesse d’escapades les plus sauvages. Et un simple calcul réjouira les amateurs de grande solitude : le vaste territoire du Yukon compte seulement 36 600 résidents, dont les deux tiers sont regroupés dans la capitale. Les autres demeurent ici et là, sous le joug de Dame Nature et de sa faune foisonnante.

S’immiscer dans le silence des montagnes se passe de mots. De ces géants blancs, on s’approche précautionneusement – à pas de loup. En enfilant, par exemple, une paire de raquettes pour se faufiler dans les vallées glaciales du plateau de White Pass, flirtant avec la frontière de l’Alaska.

COMME DANS UNE GLACIÈRE  
Deux guides, Derek et Bertrand, m’aiguillent à travers lacs gelés et falaises couvertes d’épinettes, décor où seules trois teintes subsistent : noir, blanc et bleu polaire. Sur la neige, aux traces des rongeurs et de gibier, se joignent celles des luges tractées par trois curieux aventuriers. Ces dernières contiennent le matériel nécessaire pour passer la nuit au creux des montagnes. Au creux, on ne saurait mieux dire : nous dormirons dans une caverne forée à même la neige !

En attendant le crépuscule, et pour mieux admirer la ceinture montagneuse, nous gravissons quelques parois parfois réticentes, au prix de glissades aussi amusantes qu’involontaires. Les vues panoramiques, parfaitement muettes et immobiles, se révèlent spectaculaires. Seules nos raquettes, crissant dans la neige, troublent la quiétude du lieu… et le repos d’une perdrix blanche, fondue dans le décor.
Si les animaux gardent leurs distances, la morsure du froid, elle, est inévitable. En cet hiver très froid, ôter un gant, le temps d’une photo, anesthésie vos doigts sur-le-champ. Au dire des guides, les températures (-15 °C le jour) sont anormalement basses pour le début de mars.

De retour au campement, tandis que le ciel vire au rosâtre, Derek improvise une « cuisine », trou béant creusé dans la neige, pour y préparer thé et repas salvateurs. « Mange  autant que possible, ça va t’aider à lutter contre le froid cette nuit », recommande-t-il chaudement. À deux pas, Bertrand finalise notre logis, minuscule grotte aménagée dans un tas de neige, juste assez grande pour accueillir trois chenilles grelottantes dans leur épais sac de couchage.

Implacablement, la nuit tombe et le mercure dégringole. Dehors, ça frise les -30 °C, facteur éolien exclu. Dans notre caverne, le bout de mon nez gelé m’indique qu’il fait entre -5 °C et 0 °C. Supportable, tant qu’on ne quitte pas son sac de couchage. Mais le supplice de la vessie finit tôt ou tard par l’emporter…

Bien qu’exigeante physiquement, l’expérience s’avère enrichissante et authentique, et c’est là la spécialité de Cabin Fever Adventures : organiser des nuitées hivernales en extérieur, pour que les visiteurs expérimentent la vie au Yukon comme autrefois.

Droit dans le mythe
Le lendemain, réchauffés, nous troquons raquettes et bâtons contre truffes et babines. Le traîneau à chiens demeure une tradition fortement ancrée dans la région : chaque année, en février, y est organisée la Yukon Quest, la plus grande course du genre dans le monde.

C’est donc ici que notre guide Bertrand, après être passé par la France et le Québec, est venu réaliser son rêve de gamin : posséder son propre attelage, qui compte aujourd’hui une quarantaine de chiens. Au sein de la horde, il en élit une dizaine, et nous voilà lancés sur le gigantesque lac Bennett, géant gelé conservant le souvenir des prospecteurs qui jadis bâtissaient des navires sur ses rives.

Surexcités, mes chiens quittent parfois la piste, renversant le traîneau et contraignant l’infortuné conducteur, trimballé au sol, à s’accrocher mordicus à la poignée. (« Si tu lâches, l’attelage s’échappera et sera très difficile à récupérer », avait prévenu Bertrand.) Mais ces mésaventures ajoutent du piquant au bonheur d’être là. Pendant deux heures, le visage fouetté par l’air glacial, je me laisse entraîner par les chiens fougueux sur le lac infini, bordé de montagnes grandioses. Bertrand lève les bras au ciel, comme pour présenter un chef-d’œuvre. Puis il pointe le sol : « Des loups sont passés là. »

Au terme du périple, à l’embouchure de la rivière Wheaton, nous dressons la tente, chauffée par un petit poêle à bois, Dieu merci. Comme la veille, le froid s’intensifie, mais il est maintenant plus aisé d’admirer les millions d’étoiles scintillantes, éclairant subtilement les monts endormis.

Prospecteurs, cherchiez-vous de l’or sous terre ? Levez le nez, il brille de l’argent plein le ciel ! Et parfois même, de la poussière d’émeraude ou de rubis, quand les aurores boréales sont de la partie.

Sous la tente, ça mijote, ce qui n’échappe pas au flair d’Umiak et d’Umock, deux chiens privilégiés ayant accès aux lieux. Le second, une fois les feux éteints, pousse l’audace à tenter de nous ravir notre place, toute chaude, sur les matelas. Je lui ménage un coin ; n’a-t-il pas tracté un traîneau tout l’après-midi ?
Dehors, les étoiles brillent et les autres chiens roupillent. Au moindre bruit suspect, Bertrand effectue des rondes. C’est que les loups ne renieraient pas, au cœur de l’hiver, se mettre un « hot-dog » sous la dent…

Vélo grisant sur fond blanc
Whitehorse, paradis pour le vélo de montagne, s’est découvert une nouvelle passion durant la saison froide. « Des vélos d’hiver, qu’on appelle fat bikes, on en voit depuis cinq ou six ans », évalue Philippe, mon nouveau guide. Empoignant le guidon de l’étrange bécane aux larges pneus d’environ 4 po (10 cm), celui-ci s’engage sur le lac Bonneville, suivant les sentiers tracés par les motoneiges et les traîneaux.
Les conditions parfaites – soleil radieux et neige bien tassée – chassent la crainte de voir ses roues s’enfoncer tous les 10 mètres. Certes, il faut pédaler un peu plus fort, et rester prudent sur les plaques de glace, mais filer sur l’eau figée procure des sensations uniques. Certains voulaient rouler sur l’or ? Nous, on roule sur l’eau. Alentour, tout est si blanc et accidenté que nous ne savons plus si nous sommes au Yukon ou sur Pluton.

Après une bonne suée en montée, nous atteignons un plateau haut perché, aux reliefs ludiques incitant aux acrobaties. À maintes reprises, nous nous retrouvons projetés au sol, mais la neige amortit les chutes. Parvenu au sommet d’une butte, soudain, Philippe s’époumone : « Des loups ! Des loups ! », tandis qu’une meute galope, au loin, sur des sentiers sinueux. De jour, et si proches, c’est inouï… « Sacré Yukon ! » lâche le guide, ému.

À travers les touffes d’herbe naissantes, les traces de nos pneus suivent celles des bêtes, évanouies. Une autre silhouette, mille fois plus imposante, se dresse sur notre chemin : le mont Ibex, cône volcanique haut de 2000 m. Encore hébétés par ces scènes sauvages, nous attaquons la descente, aux virages follement serrés, insufflant une adrénaline digne des meilleures pistes de ski.

Indéniablement, le Yukon hivernal a de quoi donner le vertige, surtout avec l’éventail de moyens pour le sillonner et l’admirer : ski de fond, escalade de glace, ski cerf-volant, pêche sur glace, randonnée… Bref, une « ruée vers l’air » aux déclinaisons infinies.

Repères
S’y rendre :
depuis Montréal, des vols sont offerts par Air Canada et WestJet.
Depuis Ottawa, Air North offre des vols directs vers Whitehorse.
S’y loger : passer une nuit à l’extérieur, dans une grotte ou une tente prospecteur, reste inoubliable. Cela requiert du matériel et des compétences : mieux vaut laisser les agences organiser ce genre de sortie. À tester également : une nuit dans la yourte du gîte touristique Traveling Light
(www.travelinglightyukon.com).

Agences recommandées
Cabin Fever Adventures : basée à Carcross, l’entreprise organise des expés et des activités traditionnelles, hiver comme été, au Yukon, mais aussi en Alaska, dans les Territoires du Nord-Ouest et en Colombie-Britannique.
1 888 740-0815 ou www.cabinfeveradventures.com

Nature Tours of Yukon : ce pourvoyeur installé à Whitehorse propose un vaste choix de sorties, dont l’observation d’ours ou d’aurores boréales, ou des voyages de découverte de l’Arctique.
867 667-4868 ou www.naturetoursyukon.com

Up North Adventures : cette entreprise offre les classiques (rando, trek, canot, kayak), mais aussi de la pêche et du vélo de montagne.
867 667-7035 ou www.upnorthadventures.com

Arctic Range Adventure : un nombre infini d’activités d’un jour ou d’une demi-journée, mais aussi des séjours nature de plusieurs jours, comprenant des courses de traîneau à chiens et la location de chalets en milieu sauvage.
1 888 667-2209 ou www.arcticrange.com

Info sur le tourisme au Yukon
1 800 661-0494 ou www.tourismeyukon.ca (en français)
 

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