Publicité
Hors-Québec

Sumatra, le diamant brut de l’Indonésie

08-03-2019
sumatra voyage

Plus méconnue que ses sœurs Bali, Gili ou Java, cette île de l’Indonésie offre authenticité et grands espaces. La région demeure quelque peu aride, comme ses routes qui sillonnent sous turbulences. La patience des déplacements est une vertu récompensée entre autres par des vallées magnifiques, des volcans actifs et des jungles où le tigre et l’orang-outang vivent toujours librement.

Sumatra m’accueille avec chaleur lorsque le douanier me propose de devenir mon époux et me crie son amour quand je le quitte pour aller quérir mon sac à dos. C’est un choc culturel, accentué par la cacophonie de chauffeurs de taxi un peu bourrus qui m’interpellent en sortant de la gare de train qui relie l’aéroport à la ville de Medan. Cette grande ville n’est pas facile à aimer aux premiers abords, et rares sont les touristes qui s’y attardent. Ses rues parfois glauques, souvent chaotiques et bourrées de trafic s’opposent à ses grands centres commerciaux aux boutiques dispendieuses. Elle est surtout la porte d’entrée vers les richesses que la région peut offrir.

Publicité

Les orangs-outangs de Bukit Lawang

orangutan sumatra voyage

Situé à l’entrée de la jungle du parc national Gunung Leuser, Bukit Lawang rassemble ses nombreuses et charmantes « guesthouses » dans un secteur autour de la puissante rivière. L’ambiance est favorable aux rencontres avec d’autres voyageurs alors que les gens qui travaillent dans les hébergements et les restaurants sont chaleureux. On y chante et joue de la guitare avec entrain soir après soir.

Le matin, des macaques à longues queues sautent bruyamment sur le toit de ma chambre à prix modique. Je suis encore plus excitée qu’eux d’aller explorer cette jungle pour rencontrer les orangs-outangs, ces grands singes menacés de disparition. D’un à plusieurs jours, le trek « classique » est celui constitué d’une nuit en campement. Les prix dérisoires de certains hébergements sont compensés par le coût des expéditions qui s’élève à une centaine de dollars. Par respect, il est conseillé de régler le tout auprès de son auberge. Mon groupe est formé auprès des clients de différents endroits et mené par un guide indépendant et un assistant.

Amoureuse de randonnée, l’activité prend un tout autre sens quand il s’agit de suivre la trace de grands animaux dans une jungle humide à coller les vêtements à la peau et embuer les lentilles de caméra. Je suis une aventurière en mission, dont la récompense est cette première rencontre de très près avec un grand mâle imposant. Cet hominidé aux longs mouvements gracieux jauge le silencieux groupe en pâmoison. Je suis profondément touchée par ce regard intelligent. Quel grand privilège. Les femelles, postées plus hautes dans les arbres sont au rendez-vous, et leurs curieux rejetons aussi avec un peu de chance. Rien n’est garanti, mais les orangs-outangs sont habitués aux humains puisqu’un centre de réhabilitation a ouvert dans les années 70. Aujourd’hui, on ne les nourrit plus, mais le passé semi-sauvage de plusieurs d’entre eux entraîne une certaine proximité. L’ambiance est bon enfant, tandis que les guides sont attentifs, professionnels et bons professeurs.

C’est l’arrivée au campement très rustique. Le confort est sommaire, mais le souper est délectable, comme l’étaient les collations de fruits et le repas du midi. La soirée passe vite sous les éclats de rire, jeux et tours de magie. L’aventure se poursuit le lendemain, où l’on aperçoit aussi les adorables semnopithèques de Thomas – une espèce endémique – des gibbons de bien loin et un surprenant paon. On entend aussi le vol des calaos bicorne (hornbills) qui rappelle celui d’un ptérodactyle de mon imaginaire. On retourne finalement à l’auberge par un rocambolesque rafting sur tubes attachés les uns aux autres.

Les volcans de Berastagi

volcan sumatra voyage

Avec de nouveaux compagnons de fortune, je me rends dans cette ville pour ses deux volcans actifs. Un est à gravir, l’autre à admirer. Sinabung est trop dangereux depuis quelques années, mais Sibayak s’accède facilement en combinant transport local et longue marche. Cette dernière prend un tournant intéressant vers la fin, quand on délaisse enfin le bitume et accède au sentier rocailleux. C’est mon tout premier volcan. Une autre planète s’ouvre; planète constituée d’un large cratère et de jets de gaz volcaniques odorants. Le temps est au brouillard et un mur opaque empêche les regards de se perdre dans l’horizon. La légère déception est brisée par cet instant inattendu sur le retour, quand le temps se dégage sur le volcan Sinabung au loin. Au même moment, une éruption de cendre crée un impressionnant nuage dense. Il s’évanouit tranquillement dans l’air dans le plus grand silence, juste avant que le volcan ne disparaisse à nouveau dans le brouillard. Un instant magique! Pour clore en beauté; direction un centre de sources thermales où l’on s’habitue aux effluves volcaniques, le corps plongé dans les eaux chaudes sous un ciel désormais bleu.

La culture batak de Lac Toba

lac sumatra voyage

Coiffé de l’île Samosir, c’est le plus grand lac au monde formé par un supervolcan. On accède à cette grande île par un traversier situé dans la ville de Parapat. Plus on approche et plus les verts puissants des collines saisissent de beauté. Le secteur touristique, Tuk tuk, est une petite pointe où s’agglutinent les hébergements et restaurants accueillants. Les gens qui y vivent sont de culture Batak et de religion chrétienne. On s’instruit d’ailleurs sur la culture ancestrale au site « Stone chairs » avec un guide bien coloré. Il raconte entre autres, jeu d’acteurs et cobaye inclus, le passé cannibale de son peuple : à la mise à mort des prisonniers après un procès, les organes étaient distribués pour leurs propriétés magiques.

Entre les balades dans les collines en compagnie de gros buffles qui pâturent librement, les longues expéditions de scooter et les soirées tout en musique, on laisse aller ses yeux à savourer les paysages magnifiques.

Le groupe se sépare et je poursuis ma route avec une amie vers la ville de Padang sur la côte ouest (18 h de bus). On a rendez-vous avec l’océan et la plage privée de Rimba Écolodge, un établissement tenu par une Française et son conjoint indonésien sur une péninsule isolée que l’on atteint par bateau. Au menu : plongée en apnée, rare port du bikini, repas succulents et jeux avec la bande de huit merveilleux chiens des propriétaires. Après cet intermède de farniente, je me sépare de mon amie et me dirige vers la vallée de Kerinci.

Le sommet de Kerinci

Contrée située à environ 7 h de route au sud-est de Padang, quelques occidentaux seulement s’y aventure. C’est que l’industrie touristique est peu développée. N’empêche, il est possible de dénicher deux-trois endroits convenables où dormir et organiser une randonnée sur le plus haut volcan de l’Indonésie. J’entame mon trek en solo avec un guide.

La journée débute dans une jungle fraîche alors que le dénivelé se dessine tranquillement. Puisque le temps n’est pas trop venteux, on peut se rendre au site de campement le plus haut. L’ascension prend une tournure bien différente avec ses moments de grimpe, ses larges crevasses de terre à enjamber et ses passages sinueux. Les sacs s’alourdissent. La végétation se transforme alors en de petits bosquets; présages de notre arrivée imminente. Après une longue journée de marche, atteindre le campement est une belle récompense, mais le vent froid oblige à se réfugier dans la tente que l’on monte en grande vitesse. Je prends quand même le temps d’observer le magnifique panorama sur la vallée et les montagnes au loin.

Le lendemain, le réveil est avant l’aurore pour observer les lumières du lever du soleil et atteindre le sommet tôt avant de revenir au camp reprendre le matériel. Ces derniers pas en fort dénivelé sont d’un grand effort dans ces petits rochers qui glissent sous les semelles, alors que mes jambes fatiguées et mon insomnie de la veille affectent mon énergie. Mais voilà enfin après environ une heure : 3805 mètres d’altitude, après un dénivelé total d’environ 2 300 mètres. Grisant! Le cratère reste toutefois caché sous son épaisse fumée qui pique les yeux et la gorge. L’émerveillement prend fin avec l’adrénaline, car le froid mordant du vent m’est insupportable dans mes vêtements inadéquats.

La région ne s’arrête pas à son volcan actif et ses cultures parcellent joliment le paysage de différentes couleurs. Il est aussi possible de faire une randonnée dans la jungle où la concentration du tigre est la plus forte de Sumatra et où poussent les plus grosses fleurs du monde. Je me rabats plutôt sur une seconde ascension afin d’aller voir de plus près le lac Tujuh, le plus haut d’Asie du Sud-Est à près de 2000 mètres d’altitude. Atteindre le sommet du mont Tujuh se fait aisément, puis on redescend quelques mètres pour approcher les rives du lac mystérieux où circulent des nuages et un vieil homme sur son petit bateau de bois.

En chemin de retour vers le nord, je m’arrête entre autres à Harau Valley, près de la ville de Bukittinggi. Le village est situé entre les parois rocheuses et les incalculables petites cascades. Je séjourne chez Abdi Homestay, un domaine agréable où se poser. J’y viens d’abord pour l’escalade de roche. Je teste ses parois fort difficiles pour mon niveau, le tout organisé par deux jeunes gens qui dirigent une petite coopérative d’escalade dans la région.

La plongée à Pulau Weh

À l’extrême nord de Sumatra, au kilomètre zéro de l’Indonésie, se trouve cette petite île souvent identifiée par le nom de sa ville; Sabang. Bien qu’elle fait partie d’Aceh, unique coin du pays sous la loi islamique (charia), la région est accueillante. L’île est un petit paradis tropical bien loin des foules où la plupart des touristes se rendent dans un but commun : la plongée sous-marine. La plage de Gapang abrite plusieurs centres de plongée fondés par des Européens. C’est le cas du centre français Bubble Addict, au parfait équilibre entre professionnalisme et ambiance conviviale. Les guides et instructeurs, tous francophones lors de mon passage, mais aussi les employés locaux rendent mon séjour unique. Question fonds marins, Pulau Weh est reconnue pour ses courants difficiles à prévoir. Sa faune est entre autres constituée de centaines de poissons (scorpions, balistes, clowns), de nombreuses murènes, de requins à pointes noires et de deux types de grosses tortues marines. Je m’en mets plein les yeux des jours durant… et je ne veux plus repartir.

Publicité

Repères

S’y rendre 

L’Aéroport international de Medan est la porte d’entrée habituelle. De la Malaisie, les nombreux vols durent moins d’une heure. Des vols de Singapour et Bangkok sont aussi possibles.

Monnaie 

Roupie indonésienne (IDR).

Hébergements 

Pour une chambre avec salle de bain commune ou privée, comptez entre 5 $ et 15 $; pour une pension avec nourriture, entre 20 $ et 30 $; et pour les hôtels plus conventionnels, à partir de 30 $ environ. Rares sont les dortoirs, tout comme les douches chaudes.

Nourriture 

Il en coûte entre 2 $ et 5 $ pour un plat. Les mets locaux, comme le riz frit, le poulet Rendang ou le Gado-gado (végétarien), sont excellents. Le tempeh – soja fermenté originaire de l’Indonésie – est délicieux. Les mets occidentaux sont plus dispendieux et parfois exécutés avec originalité.

Internet 

La plupart des hébergements ont un WIFI. Les cartes SIM se dénichent facilement, mais il faut son passeport pour activer le numéro de téléphone.

Barrière de la langue 

Très peu de gens parlent anglais, mais ils sont toujours heureux de rencontrer des touristes et beaucoup veulent leur photo à vos côtés, surtout hors des destinations touristiques. Les propriétaires et employés des hébergements sont de bons alliés pour planifier les activités et déplacements. Par exemple, demandez-leur les prix que vous devriez payer.

Publicité