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Activité aquatique, Été, Québec

Coups de pagaie dans l’essentiel

15-02-2016

Le kayak de mer sur le fleuve, c’est bien.
Mais, en hiver, c’est une expérience réellement magique. 

« En kayak su’l fleuve à c’temps-ci de l’année ? Vous êtes malades ! » rétorque mon père au bout du fil quand je lui annonce que la rédactrice en chef de votre magazine préféré m’envoie pagayer sur le fleuve par une journée glaciale de mars. Ayant grandi au rythme des saisons qui glissent sur les battures de Petite-Rivière-Saint-François, cet ancien loup de mer connaît bien le Saint-Laurent, tant sa magnificence que ses périls – il a navigué des Grands Lacs à la Terre de Baffin pendant une dizaine d’années –, et lui voue un profond respect. Mais sa réaction dénote bien qu’il n’a pas encore été initié aux joies du kayak de mer, et qu’il ne connaît pas l’expertise des guides de Katabatik. Incidemment, c’est à Petite-Rivière-Saint-François, dont le littoral se retrouve souvent encombré d’îlots de glace, que l’agence de plein air a commencé à développer cette activité peu courue.

À l’eau… glacée !
J’ai donc rendez-vous à la marina Port de Refuge de Cap-à-l’Aigle, à La Malbaie, avec Philippe Lessard, guide suprême chez Katabatik. Il m’y accueille avec une assistante, Chloé, et un guide récemment embauché, un autre Philippe, qui sortira avec nous, histoire de se familiariser avec le morcellement de la banquise et le mouvement des glaces qu’entraînent ici les courants de la marée. Dans leur QG de Cap-à-L’Aigle, tandis que « les Philippe » préparent les embarcations sous un soleil éblouissant et un -15 oC bien sentis, Chloé me dégote un accoutrement parmi tout un stock de combinaisons isothermiques, jupettes et vestes de flottaison. Nous les rejoignons dans l’atmosphère cryogène où nous procédons à une révision des manœuvres et règles de sécurité élémentaires en kayak de mer. Il n’y a pas de consigne particulière pour le circuit proposé dans ces conditions hivernales, sauf pour les guides, qui doivent constamment surveiller le comportement des blocs de glace à la dérive pour que nous puissions nous faufiler sans nous faire encercler ni bloquer. Pour nous, il suffit d’essayer de rester debout sur la rampe de béton glacée et pentue qui conduit à la mise à l’eau, puis de procéder à l’amerrissage dans le bassin de la marina sans trop nous éclabousser ni chavirer. En tandem avec Chloé et tous deux propulsés avec doigté par les deux « Phil », tout baigne !

Un pan de nordicité
Profitant de la marée montante, nous sortons de l’anse d’Herbe en contournant le quai et entreprenons de remonter le fleuve sur quelques kilomètres en longeant les caps granitiques qui descendent des Laurentides, affleurements du Bouclier canadien : le cap à l’Aigle lui-même, celui de la pointe le Heu, puis le cap à la Baleine. La voie est libre – de glace – et nos efforts fluides. En progressant ainsi, tandis que le soleil, les rotations de pagaie et l’émerveillement nous tiennent au chaud, se dessine devant la proue de notre modeste flottille la côte charlevoisienne dans toute sa beauté. Poussés par la marée, nous savourons en toute sérénité l’un de ses panoramas emblématiques avec le profil envoûtant de la pointe au Pic et le mont des Éboulements qui se reflètent sur les flots frétillants, mosaïque aux mille et un miroirs. Recueillement en plein air, dans une nature grandiose.

Par-delà le cap à la Baleine, nous bifurquons vers une longue anse où dansent de petits icebergs, certains céruléens, des rescapés de la rivière Malbaie ou d’un autre affluent d’eau douce. Tandis que les Philippe ouvrent la voie et prennent plaisir à briser la glace parmi le labyrinthe de sculptures mouvantes, nous parvenons à la grève dominée par une large falaise de schiste. S’élevant sur plusieurs dizaines de mètres, elle est recouverte au milieu d’un imposant rideau de glace, dont des chandelles givrées à faire saliver les grimpeurs de glace les plus exigeants !

« C’est l’heure du lunch ! » décrète « El Comandante Supremo ». Comme si la balade ne suffisait pas à nous enchanter, cette pause prend les allures d’un voyage d’exploration, alors que nous nous approchons de cette muraille étincelante de cristaux, pour nous immiscer derrière les stalactites immaculées et intégrer cette cathédrale entre roc et glace. Les gâteries de Katabatik et le contenu des Thermos avalés, nous nous amusons dans ce décor surréaliste, prenant les structures éphémères pour des voies imaginaires, pataugeant dans l’argile où sont échoués des blocs de glace hétéroclites et observant le monde en kaléidoscope à travers les parois de notre tour de cristal.

La fin de la récréation sonne et nous regagnons nos embarcations. Comme la marée monte toujours et que les glaces avancent vers nous, nous pagayons d’abord perpendiculairement à la rive, filant droit vers le large, juste assez loin du rivage pour nous protéger du courant adverse, puis nous effectuons une manœuvre à bâbord pour commencer à redescendre le fleuve. Autre direction, autre perspective, autre méditation. Cette fois-ci, c’est l’infini qui s’ouvre devant. Nous repassons les mêmes caps, leurs rochers désormais submergés, et nous esquivons quelques épaves de glace à la dérive. Pas de phoque aujourd’hui, que le fleuve d’hiver, majestueux, magique et envoûtant comme jamais…
Ah, papa, la prochaine fois, je t’y emmène !

Repères
Katabatik

« Agence de plein air multi-activités vouée à la découverte et au partage d’expériences », Katabatik se déploie dans la région de Charlevoix, propose et encadre tout un éventail d’aventures, allant de sorties en rivière pour la famille jusqu’à des expéditions de plusieurs semaines en kayak de mer pour adeptes aguerris : kayak récréatif familial sur la rivière du Gouffre, kayak de mer sur le fleuve et le fjord du Saguenay, canyonisme, parapente et… kayak hivernal.
1 800 453 4850 ou www.katabatik.ca

Hébergements
Auberge de jeunesse La Malbaie

C’est la nouvelle coqueluche dans l’est de Charlevoix, rapidement devenue un lieu incontournable, voire une institution : la toute candide, ludique et épicurienne Auberge de jeunesse La Malbaie. Même si on ne prévoit pas y loger – bien qu’on propose des nuitées en chambres privées, suites et dortoirs flambant neufs –, il faut aller se remettre de son trip sur le fleuve au resto-pub La Chope, qui ne sert que des bières sélectionnées parmi les meilleures brasseries québécoises (le coproprio, David, a du goût !), des vins honnêtes, un scotch « sur la coche » et la cuisine du chef Tony, inspirée des produits du terroir charlevoisien. La Chope est tellement cool qu’elle est devenue le repaire des allumés de la région, la plupart branchés plein air compte tenu de l’offre polymorphe du terrain de jeu exceptionnel dont on n’exploite ici qu’une infime partie… comme la pointe d’un iceberg !
418 202-0697 ou www.auberge-jeunesse-lamalbaie.com

Auberge La Marmite
Pour un séjour plus reposant, personnalisé, avec une table relevée, cet endroit est tout indiqué !
1 877 665-6645 ou www.aubergelamarmite.ca
 

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