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Hiver, Québec, Randonnée, Raquette, Ski de fond

L’humain au cœur de  l’aventure

21-01-2016

Mario Bilodeau et Mario Cantin sont à l’origine de ce défi : traverser le lac Saint-Jean et, par la même occasion, amasser des fonds pour aider les jeunes atteints de cancer à mener leur propre expédition. Bienvenue dans l’univers exaltant du plein air thérapeutique !

Le vendredi 6 février 2015, 7 h 30, la température avoisine -40 oC au chalet d’accueil du parc national de la Pointe-Taillon. On doit être une bonne cinquantaine à se poser les mêmes questions. Dans quoi me suis-je embarqué ? Ai-je bien choisi et bien préparé mon équipement ? Vais-je avoir froid au cours de cette aventure ? Le Double défi des deux Mario, c’est 35 participants qui traversent le lac Saint-Jean à pied, en raquettes ou en skis de fond. Ce trajet s’effectue sur la largeur du lac, entre le chalet d’accueil du parc et le Village sur glace de Roberval. C’est aussi 34 km qu’il faut avaler en deux jours et demi.

La réunion prédépart me donne l’occasion d’un premier contact avec l’ensemble des participants et des organisateurs. Mais aussi avec Mario Cantin, un des deux Mario, qui prend la parole pour nous expliquer ce qui nous attend. Ce gars a le don d’apaiser nos inquiétudes. « Cette aventure n’est pas une course, dit-il, mais bien un défi de groupe. Même cerné d’autres participants, il faut prendre du temps pour soi. Ce défi pourrait nous permettre de nous dépasser physiquement et psychologiquement et, ainsi, d’améliorer un aspect de notre vie. »

C’est sur ces sages paroles que le départ de la 7e édition du Double défi des deux
Mario est donné.

Découverte et endurance
Le groupe s’élance et l’aventure humaine commence. C’est aux côtés de Mario Bilodeau, l’autre Mario, que j’ai la chance d’exécuter mes premières foulées. On ne le présente plus, c’est une véritable sommité dans le milieu du plein air thérapeutique. Depuis le début de l’aventure, mon esprit rationnel réfléchit à l’aspect technique du projet : gestion de mes vêtements et de mon matériel photographique, notamment. Après quelques instants avec Mario Bilodeau, je réalise la vraie motivation de cette expérience. Nous sommes là dans le but d’amasser des fonds pour aider des jeunes atteints d’un cancer à retrouver leur bien-être en relevant, eux aussi, le défi d’une expédition d’aventure thérapeutique.
Mario Bilodeau a créé la Fondation Sur la pointe des pieds en 1996 avec le Dr Sylvain Baruchel, oncologue, et François Guillot, aujourd’hui directeur des parcs nationaux de la Pointe-Taillon et des Monts-Valin. Ces expéditions thérapeutiques pour ces jeunes durent environ une semaine et sont financées grâce, entre autres, au Double défi des deux Mario. Une bonne façon pour nous, les participants, de mieux comprendre ce que les jeunes atteints de cancer peuvent vivre durant leur propre défi. Je relativise considérablement mes inquiétudes sur ma capacité à réaliser le Double défi quand je les compare à ce que doivent endurer les jeunes malades.

Ma journée est parsemée de beaux échanges avec d’autres participants et de moments plus solitaires et introspectifs. Le froid est toujours de la partie, surtout pour mes pauvres doigts de photographe. Des lames de neige très abrasives ajoutent à la difficulté de traîner ma pulka (traîneau traditionnel des expéditions polaires). Mais… je ne me plains pas !

Vers 16 heures, je commence à apercevoir quelques tentes à l’horizon. Une heure plus tard, Yan Goyette, coordonnateur du Double défi des deux Mario, nous accueille au camp de base avec un bon bouillon qui me réchauffe corps et âme. Les organisateurs ont monté les cinq tentes qui serviront à nous loger et commencent la préparation du repas du soir. Impressionnante, cette vaste logistique dans un milieu si hostile et isolé !

Au repas, j’en profite pour discuter avec Yan, qui m’explique que le Défi commence pour lui en novembre et qu’il dirige une équipe d’une quinzaine de personnes. Certains s’occupent de la gestion de la nourriture, d’autres de la logistique de l’équipement, et ceux qu’on appelle « les anges » encadrent les participants durant la traversée. Pour Yan et sa troupe, la journée commence à 5 h 30 et se termine rarement avant 22 h 30. Même si l’expédition est méticuleusement planifiée, tout peut se produire sur le lac Saint-Jean : des conditions météorologiques extrêmes, des ennuis techniques, une situation problématique avec un participant, etc. Même si Yan doit faire face à une multitude de défis, tout semble toujours se passer à merveille et sa bonne humeur est contagieuse.
Même pour une première nuit en camping d’hiver, dans un froid glacial…

une Rencontre  
Quand on se réveille sous une tente en hiver, le moment de se lever est toujours un peu hésitant. Mais une fois la décision prise, il faut faire vite. J’enfile donc mes vêtements en accéléré. Le photographe en moi veut capter la lumière matinale, alors qu’importe le froid mordant. Mon appareil photo tarde lui aussi à se réveiller, même si j’ai gardé la pile toute la nuit au chaud dans mon sac de couchage. Devant un beau soleil levant, je prends le temps de penser à la raison première de cette aventure.

J’ai beau regarder tout autour de moi, je n’aperçois pas la rive du lac Saint-Jean. Je me sens au milieu de nulle part ; pourtant, je suis en train de prendre un café et un déjeuner chaud. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’organisation veille au grain. Après un discours d’encouragement, nous entamons notre deuxième journée en gang. Une journée qui sera très riche en émotions pour moi.


Je fais tout de suite la connaissance de Mira Mansour. Nous discutons de tout et de rien jusqu’à ce qu’elle me raconte que, quelques mois plus tôt, elle a vécu la pénible expérience de perdre son petit frère Félix, âgé de 13 ans. L’ado était un amoureux des sports extrêmes et désirait toujours dépasser ses limites. Inspirée par son frère, Mira a décidé de s’inscrire au Double défi. En plus de se surpasser, elle amasserait une grande quantité d’argent, permettant ainsi à d’autres jeunes de vivre une aventure de ce genre. Grâce à l’aide de sa famille et de ses amis, la collecte de fonds a dépassé ses prévisions. Quant au Défi, elle me confie qu’elle  avait le sentiment que son petit frère était près d’elle dans les moments plus difficiles. Au fil d’arrivée, imaginez sa fierté et son bonheur de pouvoir donner au suivant.

Cet élan de chaleur humaine m’aide à passer à travers cette journée encore plus sibérienne que la précédente, surtout par vent de face. Mon défi technique de photographe, c’est de dénicher des angles différents, car j’évolue dans un univers bicolore : un sol blanc avec un ciel bleu ou blanc. Encore une fois, c’est l’humain qui fait la différence.

Nous terminons les 15 km prévus vers 17 heures. En arrivant au camp de base, j’enfile des vêtements secs et chauds, et je me délecte d’un mijoté de cerf rouge, avant de nous réunir tous à l’intérieur d’une des cinq tentes. Les deux Mario prendront tour à tour le relais pour nous raconter leur cheminement. Ils nous relateront aussi des expériences vécues par plusieurs jeunes durant l’une ou l’autre des diverses aventures thérapeutiques en plein air. Je suis saisi par ces êtres d’exception, ces orateurs hors pair, mais surtout, par l’humanité qui se dégage d’eux. À notre arrivée, à Roberval, ils sont quelques-uns à venir à notre rencontre, et à boucler les quatre derniers kilomètres avec nous.
Aujourd’hui, même si le froid est toujours de la partie, il fait beau. Je marche tranquillement au centre d’un groupe ; plus j’approche du fil d’arrivée, plus la fierté s’empare de moi. Oui, je suis fier d’avoir réussi la traversée du lac par ce grand froid, mais ma plus grande fierté, c’est d’avoir contribué à ramasser plus de 55 000 $ pour aider des jeunes malmenés par la vie et qui ont le courage de poursuivre leur propre aventure. Comme une boucle de solidarité qui se bouclerait… à
l’infini.

Repères
La 8e édition du Double défi des deux Mario aura lieu du 3 au 7 février 2016. Chaque participant doit amasser 1250 $ (en se joignant à une équipe de deux ou quatre personnes). Il peut aussi relever le défi seul et devra alors amasser 1400 $. Frais d’inscription : 250 $.
www.pointedespieds.com

 

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