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Activité aquatique, Hiver, Québec

Snowskate : Zéro fixation, 100 % sensations

13-02-2015

Photos Valérian Mazataud

Tout est bon pour pratiquer le snowskate, à Montréal, surtout le mobilier urbain du mont Royal. Encore mieux si c’est au lendemain d’une bonne bordée, comme celle du début de février, cette année! Signes particuliers de cette planche nouveau genre ? Une extrême légèreté – deux, trois kilos au plus –, l’absence de fixation et un miniski placé en dessous. Le principe est de glisser sur tout ce qui se présente : muret, banc, statue, marche, rampe d’escalier. Et de garder les pieds dessus.

Pour expérimenter la chose, j’ai rendez-vous ce matin avec quelques maniaques de glisse au pied du mont Royal, non loin de la statue. L’un d’eux me salue, une pelle à la main. Je m’apprête donc à dévaler une pente comme j’ai l’habitude de le faire depuis une dizaine d’années en planche à neige, mais à deux différences près : le décor est rempli de gratte-ciel et je porte de vieilles bottes d’hiver sans aucune fixation ! Jusqu’ici, rien de trop ardu, semble-t-il ; je les regarde faire, quelques fondeurs s’y risquent aussi. C’est mon tour, je me lance. Sssscccchhhhh… et hop ! Aïe, pas de chance.

« Eh bien, t’as pris le saut d’entrée de jeu ! Ça va, dis ? » me lance en sourcillant Yann Lhermitte, un Montréalais originaire d’Annecy, dans les Alpes françaises, fondateur d’Harfang Snowskates, une des rares entreprises québécoises à concevoir et à fabriquer des snowskates.

« Oui, oui. Mais il va falloir m’expliquer la technique pour atterrir sur la planche ! » La technique à employer, m’expliquera-t-on après, est celle utilisée en planche à roulettes, où il s’agit de trouver le sweet spot, c’est-à-dire l’emplacement idéal de ses pieds sur la planche par rapport à son centre de gravité. Après, tout n’est que question de synchronisation. Ou de patience ?

« Moi, ça fait quatre ans que je pratique le snowskate et, à vrai dire, je n’ai pas encore totalement le dessus sur la planche », révèle Yan Cyr-Haschigk, 24 ans, un gars pour qui aucun mobilier urbain semble à son épreuve ce jour-là. « Et c’est justement ce qui me donne des sensations grisantes : devoir me réajuster en cours de route pour contrôler la machine », poursuit-il.

La tribu des pieds libres
S’il y a une chose qui séduit les passionnés de ce sport, c’est bien cela : glisser sur la neige, les pieds sans attache. « Mais cela ne date pas d’hier, souligne mon coach. Le snowskate conjugue l’évolution et aussi le retour aux bases du snowboard. Car, à l’origine, le snowboard n’avait pas de fixation ; ce n’était qu’une planche en bois au bout de laquelle était accrochée une corde dont se servait la personne pour manœuvrer l’engin et se tenir en équilibre. »

Le snowskate serait donc une version évoluée de la planche à neige initiale ? Tout porte à le croire. « La forme des planches de snowskate a bien évolué depuis dix ans, indique Yann Lhermitte. Aujourd’hui, on peut dire que c’est un véritable substitut à la planche à neige. Et les planchistes qui l’essaient, bien souvent, ne reviennent pas en arrière ! » La sienne dort dans le placard depuis six ans maintenant.

Du bitume à la neige
Le snowskate, petit cousin de la planche à roulettes ? « Oui, c’est vrai qu’il est surtout pratiqué par des skaters, souligne Samuel Rémillard, membre du groupe Snowskate Québec sur Facebook. Cela nous permet de rester en forme pendant la saison froide et même de créer de nouvelles figures, entre autres parce que les modules et les terrains diffèrent de ceux utilisés pendant l’été. »

Passes, prouesses et acrobaties constituent d’ailleurs, selon lui, une partie importante de la « culture du snowskate ». Une culture, bien sûr, très street, qui vient inévitablement avec son jargon et sa mode vestimentaire.

Corps étrangers sur la montagne
Mais comment les gestionnaires des parcs urbains perçoivent-ils cette tribu des pieds libres, qui prend les chemins de traverse et glisse sur le mobilier urbain en toute impunité ? Sans doute pas sans causer quelques maux de tête. Aux Amis de la montagne, par exemple, qui s’inquiètent des impacts de cette activité, lorsqu’elle est pratiquée en hors-piste, dans le milieu naturel. « Mais outre la conservation, c’est certain qu’on ne recommande pas la pratique de ce sport, tout simplement pour une question de sécurité générale, rapporte Jean-François Gendron-Bussières, assistant en intervention loisirs chez les Amis de la montagne. L’idéal serait d’avoir un couloir de glisse et des infrastructures spécialement aménagées pour ces glisseurs», propose-t-il, tout en ajoutant qu’ils n’en sont manifestement pas encore là.

Ce n’est peut-être qu’une question de temps pour que le snowskate trouve sa place en ville. Alors, à quand un premier snowskatepark à Montréal ?

REPÈRES
Où faire du snowskate
Nul doute, pas besoin de remonte-pente pour faire du snowskate, il se pratique partout où il y a de la neige. Cela dit, une vingtaine de montagnes de ski l’autorisent au Québec, sous réserve que la planche soit munie d’une courroie de sécurité.

Où trouver une planche
www.harfangsnowskates.com

Pour être à la page
Rendez-vous sur la page Facebook du groupe Snowskate Québec : quelque 300 membres y discutent de leurs sorties, de leurs bons coups et des endroits où se procurer du matériel. Car, bien que le sport gagne en popularité d’année en année, il est rarissime de trouver une planche de snowskate en location. Mais cela ne saurait tarder !

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