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La Gaspésie au long cours

La Gaspésie, c'est “le” terrain de jeux parfait pour s’initier aux grandes expéditions avec nuitées en refuge.

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Osez les zecs des Laurentides

Avis aux canoteurs, kayakistes, randonneurs et adeptes de vélo de montagne et de gravelle, c’est le temps de défricher ces territoires naturels que sont les zecs.

Ski de printemps dans le Grand Nord québécois

  • Photos Jean-Philippe Bélanger

Quoi de mieux pour découvrir l’immensité nordique du territoire québécois que de la parcourir à la glisse ? À la fin du mois de mars 2022, six aventuriers ont rallié, skis aux pieds, les 200 km qui séparent Umiujaq de Kuujjuarapik, deux communautés autochtones situées au Nunavik. Récit d’un périple enivrant réalisé entre terre et mer. 

« Ce projet-là me trottait dans la tête depuis quatre ans », lance en entrevue l’un des membres du groupe, Jean-Philippe Bélanger. Après quelques tentatives avortées, le policier au Nunavik et sa bande ont enfin pu, au printemps dernier, mener leur expédition au nord du 55e parallèle.

Durant les premières journées de ce périple de dix jours, les skieurs ont fait glisser leurs spatules sur les neiges vierges de Tursujuq, le plus grand parc national de la province, à la superficie comparable à celle de la Belgique. L’aire naturelle protégée est reconnue pour ses cuestas, une formation rocheuse qui se dresse sur la côte est de la baie d’Hudson et crée une barrière montagneuse entre l’étendue d’eau et le continent.

 

« Ce parc est un gros bijou, s’exclame Jean-Philippe Bélanger. Il est immense et on s’y sent tout petit. Traverser le lac Tasiujaq en ski nous a pris trois jours. Imagine comme c’est grand ! »

En plus d’offrir des vues exceptionnelles, le passage sur cette mer intérieure frigorifiée était nécessaire afin que le clan garde ses skis à bonne distance du Goulet. Dans cet étroit chenal reliant le lac à la baie, le débit est si puissant que l’eau ne gèle pas. « Passer par la baie aurait obligé à un grand détour, car nous aurions dû nous éloigner très à l’ouest du Goulet. C’était mieux par le lac. »

La seconde moitié de la traversée s’est déroulée sur le littoral glacé de la baie d’Hudson, une section qui a fait rager et s’émerveiller les aventuriers par son étendue incommensurable. Aussi loin que portait le regard des skieurs, rien ne se profilait à l’horizon à l’exception de la banquise éblouissante.

Sans rien pour les abriter, le groupe et son campement ont été mis à rude épreuve lors d’une journée de blizzard particulièrement intense. L’infinitude de la baie a également brouillé la perception des distances des aventuriers à maintes reprises. « C’est comme si nous n’avancions pas. Après 15 minutes de ski, nous avions l’impression d’avoir fait du sur place », explique Jean-Philippe Bélanger. Une autre fois, ce paysage blanc à perte de vue, fouetté par le vent, a provoqué la panique au sein de la bande en donnant l’illusion que la silhouette d’un ours polaire se dressait au loin.

Pour sa compatriote d’expédition, Laurie Auger, l’évocation de la baie d’Hudson rappelle surtout l’une des plus belles soirées du périple. « Nous avons décidé de dormir sur la baie pour profiter du coucher de soleil, qui était magnifique. Après, nous avons eu droit à des aurores boréales et à un ciel étoilé exempt de pollution visuelle. C’était juste wow ! » jubile la travailleuse sociale. Elle souligne également qu’en dépit de quelques journées de poudrerie, dame Nature a gâté le groupe en laissant occasionnellement grimper le mercure au-delà du point de congélation. C’était entre autres dans l’espoir de skier dans des conditions printanières que l’équipage avait choisi la fin de mars.

De la préparation aux imprévus

C’était la première fois que les six aventuriers se lançaient dans une expédition hivernale aussi exigeante. S’il n’a pas vécu d’incident majeur, le groupe a tout de même fait face à quelques imprévus cocasses, à commencer par l’estimation du kilométrage quotidien.

Autonomie complète oblige, chacun tirait derrière soi près de 90 kg de matériel entassé dans un traîneau, une lourde charge qui a diminué les performances des skieurs. « Nous nous étions dit que vu que nous allions skier toute la journée, nous serions capables d’en faire, du kilométrage. Hé boy, nous étions optimistes ! » lâche en riant Laurie Auger.

Le groupe a en fin de compte progressé à un rythme quotidien d’environ 20 km, soit 10 de moins que dans l’itinéraire initialement prévu. « Faire 30 km par jour avec le traîneau, la neige folle, les journées de neige collante et les pauses, c’était insensé, renchérit Jean-Philippe Bélanger. Au départ, je me demandais ce que nous ferions de notre temps libre si nous ne parcourions que 20 km par jour. Finalement, j’aurais aimé prolonger la durée de l’expédition pour avoir plus de temps libre, justement. Nous nous levions de plus en plus tôt chaque matin, car nous trouvions que nous manquions toujours de temps. »

En plus de son attirail pesant, le clan a sous-estimé les trois heures allouées à la routine du matin et du soir. La tâche principale : faire fondre de la neige pour combler les besoins en eau de la journée. « Il y avait toujours quelqu’un qui s’occupait des brûleurs ! » corrobore Laurie Auger.

L’opération a pris une tournure désagréable lorsque le groupe s’est approvisionné en neige… salée. « Nous étions à plusieurs kilomètres au large sur la baie d’Hudson et à cause du vent, même la neige du dessus était salée. Durant une journée, tout a goûté le sel : notre gruau, nos soupes, notre eau à boire. J’en ai été malade », raconte Jean-Philippe Bélanger.

Malgré ces quelques pépins, le policier ne regrette pas une seule seconde de son aventure. « Ç’a été autant un défi personnel qu’un défi de groupe. Parfois, être confronté à certains éléments peut devenir frustrant », philosophe-t-il.

Pour l’amour du territoire 

Rarement parcouru à force humaine, l’itinéraire qui relie Umiujaq à Kuujjuarapik est à l’occasion emprunté à motoneige par les Inuits. « Ils nous trouvaient un peu fous lorsqu’ils ont su que nous allions effectuer ce trajet à ski. Après coup, je réalise la chance que j’ai d’avoir pu explorer ce territoire sauvage et si peu altéré. À certains moments, nous étions à 100 km de tout, au milieu de nulle part. C’était fantastique de nous retrouver là-dedans », témoigne Jean-Philippe Bélanger.

Laurie Auger renchérit : « Ce n’est vraiment pas un endroit accessible aux gens qui vivent au sud. Nous, nous avons la chance de travailler dans le Grand Nord, donc c’est plus facile. L’expédition m’a confirmé mon amour pour ce territoire. Je comprends pourquoi les Inuits souhaitent passer un maximum de temps en nature. J’ai d’ailleurs reçu des commentaires positifs de leur part à propos de notre expédition. Je crois que les gens de la communauté ont apprécié ce que nous avons fait. »

Comme Laurie et Jean-Philippe, les quatre autres membres de l’expédition exercent leur métier dans le Nord-du-Québec, d’où leur intérêt marqué à découvrir cette contrée polaire. Certains d’entre eux ne se connaissaient pas avant le début de cette traversée à ski et se sont rencontrés pour la première fois la veille du départ. Qu’à cela ne tienne, les inconnus se sont rapidement liés d’amitié et la chimie a opéré – au point que c’est avec un léger vague à l’âme que les six aventuriers ont dit adieu à leur « petite misère », comme ils l’appelaient, en franchissant le fil d’arrivée à Kuujjuarapik.

Qui sont-ils ?

Jean-Philippe Bélanger : policier à Kuujjuarapik

Laurie Auger : travailleuse sociale à Puvirnituq

Marie-Pier Chenevert : infirmière à Kuujjuarapik

Marylou Desrosiers : infirmière clinicienne en rôle élargi au Nunavik

Keenan Archer : agent de relations humaines à Kuujjuarapik

Guillaume Leblond : pilote d’avion pour Air Inuit