Sur le plus haut sommet de l’Ontario
Labyrinthe de chemins forestiers, passages de rivière à gué, camping sauvage en milieu extrêmement sauvage… et le toit de l’Ontario et sa tour à feu comme récompense. C’est l’aventure qui nous attend.
Randonner sur la crête Ishpatina fait partie d’un gros projet amorcé en 2019, celui de gravir le plus haut sommet de chaque province du Canada. Avec mon bonami qui m’a gentiment offert de vivre cette expérience, nous sommes montés au faîte du mont D’Iberville, connu sous le nom de mont Caubvick au Labrador et qui se dresse exactement sur la frontière entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador. S’en est suivi le mont Carleton, au Nouveau-Brunswick.
Même si le secteur de la crête Ishpatina est méconnu des randonneurs, nous trouvons suffisamment d’information sur le web pour nous préparer adéquatement. En premier lieu et contre toute attente, je suis tombé sur une liste détaillée des sommets culminants de chaque province canadienne sur le site des Pages jaunes ! Eh oui ! Chaque montagne est très bien décrite et située géographiquement. Le site gen-hike.com s’est également révélé une véritable mine d’or en vue de planifier l’expédition ontarienne.
Ce dôme de substrat précambrien qui atteint 693 m est localisé dans le parc provincial Lady Evelyn-Smoothwater, à quelque 700 km de Montréal, au nord du Grand Sudbury. Le parc abrite plusieurs lacs et, surtout, le sommet le plus élevé d’Ontario. Il est aussi reconnu pour sa protection de l’une des dernières forêts primaires de cette province. Sur la cime pointe la tour à feu Ellis, construite en 1930 et abandonnée en 1960. Inutile de dire qu’elle n’est plus du tout sécuritaire et qu’il est interdit d’y grimper. Son gardien vivait dans une cabin sur la rive du lac Scarecrow et devait marcher quotidiennement 3,5 km pour y accéder.
Après le dernier village, du nom de Capreol, l’aventure débute réellement. Le bitume disparaît, laissant la place à la poussière de roche. Les 64 derniers kilomètres pourraient facilement être classés niveau 2 par la Fédération des clubs 4×4 du Québec. Un VUS ou une camionnette est obligatoire pour se rendre à destination, sinon on rallonge la marche de 128 km.
Arrivés à la rivière Sturgeon, nous ne pouvons continuer en véhicule motorisé : le pont n’existe plus depuis longtemps. Seuls les plus téméraires équipés de gros pick-up traversent directement dans le torrent. Deux sites de camping non officiels ont été créés non loin du cours d’eau. Il n’y a aucun service, mais une tranquillité garantie. Le réseau téléphonique est inexistant, il faut avoir prévu le coup. Télécharger l’itinéraire autant du labyrinthe de 64 km de chemins forestiers que du sentier lui-même doit être fait à Capreol ou avant.
La matinée de fin de mai est fraîche et ennuagée. La pluie des derniers jours a fait gonfler le débit du cours d’eau. Enlever mes vêtements et traverser la rivière glaciale en bobettes, de l’eau à mi-cuisse, ne réchauffe pas mon cœur d’aventurier. L’infestation de moustiques ne me donne aucune envie d’exposer ma chair délicate que le soleil n’a jamais dorée. J’avais lu dans les commentaires sur l’application AllTrails qu’un groupe de randonneurs avaient fait demi-tour à cause de ces intolérables créatures. Je confirme que de toute ma carrière de gars de bois, jamais je n’en ai vu autant. Sitôt la rivière traversée en bobettes, la pluie se met de la partie. L’imperméable a deux fonctions : protéger de la pluie et des moustiques.
Les 7 premiers kilomètres de la randonnée se font aisément, sur une ancienne route accidentée. Après avoir longé le lac Hamlow, nous n’avons nulle envie de nous dévêtir à nouveau. Nous devons franchir un large ruisseau qui sert de décharge au lac Little Scarecrow et qui se jette dans le lac Hamlow. La légende prétend qu’il y a un vieux pont… Les maringouins l’ont sûrement mangé… Tellement mouillés, nous avons finalement traversé tout habiller. Une fois repéré le panneau bleu (traverse d’écoliers), le vrai sentier single track de 8 km commence. Il est peu emprunté mais bien balisé. Il faut toutefois rester vigilant, histoire de ne pas dévier de l’itinéraire.
Un des beaux segments du périple se trouve le long du lac Scarecrow. Le sentier devient technique et escarpé. Les points de vue sur l’étendue d’eau en ce jour de pluie sont apaisants. Après environ 12 km de marche, la forêt se dégage et nous apercevons le site de camping qui joint les deux types d’expéditions possibles : la voie terrestre et la voie maritime. Il est aussi faisable d’accéder à la crête Ishpatina par un voyage de canot-camping de deux jours en portageant le canot entre les divers lacs.
Après une pause à la croisée des chemins, la vraie montée se montre enfin à nous. Le sentier est beaucoup plus utilisé et encore mieux balisé. Les 3,5 derniers kilomètres dévoilent les plus beaux paysages de la journée, l’ascension étant entrecoupée d’étangs à castors aux vues incroyables. La tour à feu commence à faire sa discrète apparition au travers des nuages gris acier.
Après quatre heures de randonnée soutenue, nous arrivons au point culminant de la crête Ishpatina. La tour à feu de 30 m donne le vertige, vue de dessous. La pluie, le froid et le couvert nuageux ne nous permettent pas d’avoir le point de vue escompté, or cette expédition vaut bien davantage qu’une simple perspective en hauteur. Je recommande cette expérience en région éloignée à qui veut sortir des sentiers battus du Québec sans trop se dépayser. L’aspect sauvage de ce territoire nous fait nous sentir en connexion avec la nature… sauf quand les moustiques s’en mêlent.
En bref
La conquête du plus haut sommet ontarien, la crête Ishpatina, qui s’élève à 693 m d’altitude.
ATTRAIT MAJEUR
Une excursion dans une région isolée de l’Ontario.
COUP DE CŒUR
Le sentier par lequel on atteint cette cime en forme de dôme.







