Cap sur Anticosti, terre de chasse… et d’aventure
Inscrite à la liste du patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2023, l’île d’Anticosti attire un nombre croissant d’adeptes de plein air en quête d’expéditions hors-normes. S’offrent à eux près de 8000 km2 de nature sauvage, une géologie exceptionnelle et 550 km de littoral vierge, dans un décor magnifique et très peu fréquenté par les humains. Prêt pour l’aventure ?
Pendant onze jours en juin 2025, Jean-Michel Perron a marché, parcourant de 10 à 20 km par jour, sur le littoral sud de l’île d’Anticosti. Sa trame sonore : le déferlement des vagues et le chant des oiseaux. Il a traversé à gué ou à la nage des rivières couleur émeraude, bivouaqué sur des plages splendides, s’est baigné dans la mer et s’est abreuvé dans les ruisseaux. Pendant tout ce temps, ce randonneur au long cours n’a pas croisé un seul être humain. Absolument personne. « Je n’ai vu que des phoques, des renards, des cerfs de Virginie et des aigles. Je n’ai jamais autant connecté avec la faune, s’émerveille-t-il. Peut-on imaginer un autre endroit sur la planète à la présence humaine si faible… et sans moustiques ? »
Si bien qu’au onzième jour, lorsqu’il entend des bruits d’enfants provenant d’un groupe scolaire dans le secteur Chicotte, à 150 km de son point de départ, cette clameur lui est comme étrangère. Quand il rejoint les écoliers, les enseignants lui adressent la parole. Jean-Michel Perron, qui n’avait pas ouvert la bouche depuis le début de son expédition sauf pour se sustenter, se rend compte qu’il a perdu l’usage de la parole… Devant son mutisme, les adultes croient que cet explorateur est en difficulté physique. « Heureusement, sur ces entrefaites, j’ai récupéré ma voix et je les ai rassurés », souffle-t-il. Ça donne une idée de son état de déconnexion.
Douze jours plus tôt, Jean-Michel Perron, un conseiller en tourisme de 66 ans, avait débarqué à Port-Menier, seul village d’Anticosti. Le but de son voyage était plutôt inusité : faire le tour de l’île d’Anticosti à pied, une odyssée de 550 km en solo. « Pour moi, cette île constitue un trésor naturel, une destination de calibre internationale pour l’aventure », soutient celui qui l’a visitée à une dizaine de reprises. Il a finalement marché 200 km, en tripant sa vie, avant qu’une blessure au pied, provoquée par la longue marche sur le littoral en pente, lui cause trop de douleur. « J’y retourne cet été afin de tenter de boucler la boucle, cette fois-ci avec une meilleure préparation physique », affirme-t-il, déterminé.


