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Se faire du bien sur le Sentier Transcanadien

28 000 km de sentiers, d’un océan aux deux autres, ce n’est pas rien. Le  Sentier Transcanadien, c’est ça et plus encore.

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Des espèces en danger au Québec

Abritant plus de 800 espèces fauniques vertébrées, le Québec est riche de sa nature. Cependant, certaines sont actuellement en situation précaire.

Dehors novembre !

  • Randonnée Au Diable Vert, à Sutton @Simon Diotte

Mois par excellence pour se sentir d’humeur dépressive, novembre se caractérise par ses couleurs fades, ses journées qui rapetissent comme peau de chagrin et, ô déception, son absence de longues fins de semaine. Pas tellement jojo, et pourtant, le onzième mois de l’année ne rebute plus autant les randonneurs et les campeurs. Le plein air devient-il le remède miracle pour passer à travers la grisaille du mois des morts ?

En 2021, sitôt mon costume d’Halloween retiré, je suis parti à la recherche d’un refuge dans les Cantons-de-l’Est. Mon but : initier mon chiot à la randonnée en montagne pendant le troisième week-end de novembre. Bien que je me sois pris d’avance, cette petite sortie a failli ne jamais se concrétiser. À mon grand étonnement, les hébergements en nature affichaient complet partout. Un seul refuge restait disponible dans la région : Au Diable Vert, à Sutton – probablement une annulation. Si j’avais retardé de quelques jours ma planification, il aurait été trop tard.

J’avoue que je partais sans grand enthousiasme, motivé surtout par mes proches. Pour moi, novembre rime avec paysages sans couleur, journées courtes, nuits froides, pluies fréquentes, cocktail pluie-grêle-neige dans la même heure et Michael Myers – le croque-mitaine de la série de films Halloween – qui se promène dans la forêt, un couteau de chef à la main, sans avoir de recette en tête.

 

Alors, que font tous ces gens, sans bête à poil, à voyager pendant le mois le plus triste de l’année ? Est-ce une punition qu’ils s’auto-infligent dans le but de mériter leur ciel ? Mystère. Les parcs nationaux et régionaux ainsi que les centres de villégiature constatent depuis quelques années un engouement pour le onzième mois, emballement qui a explosé en raison de la pandémie venue nous hanter en mars 2020.

Preuve parmi d’autres de cette tendance haussière, le village Huttopia Sutton entrait habituellement en dormance en novembre, avec un taux d’occupation des chalets de seulement 4,7 % en 2019. L’année suivante, ce taux a augmenté à plus de 20 %, puis à plus de 50 % en 2021. Même constat aux hébergements Les Côteaux Missisquoi, à Saint-Étienne-de-Bolton, qui n’a pas connu de période creuse en novembre 2021. « Normalement, c’est la période où nous faisons des travaux avant l’hiver, mais cette fois-ci, nous n’avons pas pu faire grand-chose en raison du fort achalandage », a constaté Stéphane Adam, propriétaire des lieux.

François-Xavier Regnault aime beaucoup prendre des vacances à ce temps de l’année, car les paysages y sont radicalement différents. « J’affectionne particulièrement l’éclairage de novembre. On voit loin dans la forêt. On voit mieux le relief, ce qui permet de se projeter au loin. On assiste souvent au coucher de soleil alors qu’on est encore sur les sentiers », fait valoir ce responsable de la maintenance et des infrastructures au parc national du Mont-Orford, , qui en profite pour prendre des vacances en solitaire.

Les expéditions durant le mois de la Toussaint sont aussi un rituel annuel pour Julie Boyer, 49 ans, mère de famille de Saint-Sauveur. Elle adore la flexibilité que cette période procure. « Je n’ai pas besoin de réserver des mois à l’avance dans le but de partir en semaine. J’aime la fraîcheur ambiante, les ruisseaux gorgés d’eau qui facilitent le ravitaillement de même que l’absence de mouches », se réjouit-elle. Quant à la noirceur hâtive, elle n’y voit que des avantages. « On passe de longues soirées en refuge à jouer à des jeux et à lire. C’est rare qu’on ait le temps de prendre le temps », plaide celle qui est aussi directrice générale du canton de Gore, dans les Laurentides, et qui part chaque année avec une amie.

La pire météo de l’année

Novembre est comme des montagnes russes. On peut connaître des journées assez douces, mais aussi des journées glaciales où les précipitations solides font leur apparition. Pour ces raisons, Jean-Philippe Bégin, météorologue au ministère de l’Environnement et du Changement climatique du Canada (ECCC), met en garde les adeptes de novembre. « Vous devez être préparés à toutes les conditions météorologiques », prévient-il.

La preuve : à la station d’ECCC à Saint-Hippolyte, dans les Laurentides, les relevés démontrent de grandes variations de température en novembre. Il a déjà fait 19 oC en 2018, mais aussi -25,6 oC en 1978. À la station de Mont-Joli, en Gaspésie, le maximum historique a été de 21,8 oC en 1998, alors que le minimum a affiché -18,3 oC en 1947. « La neige fait toujours partie des possibilités », rappelle le spécialiste.

C’est aussi pendant cette période que le ciel peut nous tomber sur la tête. « Le risque que plusieurs journées de pluie se succèdent est beaucoup plus grand en novembre que durant l’été en raison des systèmes météorologiques très organisés qui se mettent en place », explique le météorologue. Julie Boyer peut en témoigner, elle qui a parcouru au complet le Sentier des caps de Charlevoix en novembre 2021 sous une pluie battante. « Dans ce genre de situation, il faut choisir d’en rire », juge-t-elle.

Malgré les risques météorologiques évidents, Vanessa Thauvette, de Québec, ne rechigne pas du tout à partir camper en novembre, bien que ce soit souvent en solo. « J’ai du mal à trouver des partenaires », avoue cette organisatrice d’événements et ultramarathonienne de 30 ans qui part presque tous les week-ends. Elle en profite pour tester son matériel de camping d’hiver. « C’est aussi la dernière chance de parcourir de bonnes distances avant la neige, sans devoir traîner des raquettes », estime l’athlète. Le soleil qui se couche au milieu de l’après-midi ne l’embête pas. « Je fonctionne avec le rythme du soleil. Je me couche tôt et je me lève tôt », résume-t-elle.

En plus de la popularité sans précédent du plein air depuis quelques années, l’amélioration de l’équipement expliquerait aussi pourquoi novembre ne fait plus peur. « Les gens sont prêts à affronter les imprévus que la météo pourrait leur réserver », remarque Marc-Olivier Guilbault, agent du marketing et de la communication pour les parcs régionaux de la Matawinie. La multiplication des hébergements expérientiels, qui offrent un bon confort en toute saison, facilite aussi les expéditions hors saison. L’expérience « cabane » attire, avec la veillée au bord du poêle à bois. Les adeptes du nomadisme automobile sont également de la partie.

Cet achalandage moins saisonnier, qui fait fi des conditions météo, favorisé aussi par l’essor du télétravail, n’est pas nécessairement une bénédiction pour les gestionnaires de sentiers. « Ils font face à une plus grande charge de travail, devant par exemple surveiller l’accélération de l’érosion qui serait occasionnée par une fréquentation accrue, mais sans forcément avoir plus de moyens, car l’accès aux sentiers n’est pas toujours tarifié », soutient Grégory Flayol, directeur général adjoint responsable des programmes à Rando Québec.

À la Sépaq, on indique qu’une plus grande affluence dans les parcs et un taux d’occupation plus important dans les hébergements génèrent plus de revenus, mais engendrent aussi plus de dépenses de fonctionnement. « Cet achalandage contribue positivement à l’allongement des périodes d’embauche de certains groupes d’emplois, bien que l’enjeu de la pénurie de main-d’œuvre demeure un défi », nous écrit Simon Boivin, porte-parole de la Sépaq.

Également, les énormes écarts de température peuvent augmenter les dangers, ce qui incite les gestionnaires de sentiers à la prudence. Par exemple, au Sentier international des Appalaches, qui sillonne la Gaspésie sur 650 km, la demande pour l’automne au complet est fortement en hausse, mais la neige qui arrive très tôt dans les hauts sommets des Chic-Chocs embête l’organisation.

« Nous sommes techniquement et civilement responsables des randonneurs. Si nous acceptons de louer des hébergements en sachant qu’il existe un danger réel pour un randonneur qui aurait de la difficulté à franchir les étapes, nous pourrions être accusés de négligence », expose Éric Chouinard, directeur par intérim du SIA-QC. Pour cette raison, le sentier ferme officiellement le 10 octobre – la portion du parc national de la Gaspésie ferme aussi à cette date en raison des enjeux de conservation du caribou. Mais « sur demande et selon les secteurs, nous ne fermons pas complètement la porte à des randonnées jusqu’en novembre », signale-t-il.

La neige arrive

Justement, pour les randonneurs, la neige constitue à la fois un frein et un incitatif. Si certains ne souhaitent pas devancer leur hiver, d’autres se rendent précisément en haute montagne pour rencontrer la neige au plus tôt. François-Xavier Regnault adore le mois de novembre pour aller jouer dans les flocons avant tout le monde dans les hauts reliefs des montagnes Blanches du New Hampshire. Vanessa Thauvette magasine carrément ses destinations en fonction de la présence d’un tapis blanc ou non. « Ça dépend de ce que j’ai envie. La beauté de novembre, c’est qu’on choisit sa saison ! J’opte pour des destinations sans neige si je peux une expérience automnale, avec de la neige si je veux une expérience plus hivernale » dit-elle.

Bien que novembre ne soit plus aussi mort qu’avant, ce mois demeure somme toute peu achalandé – seul avril fait pire. Afin de mousser les séjours pendant l’entre-saison, la Sépaq y porte une attention particulière en faisant de la promotion sur les réseaux sociaux et sur son blogue, mettant l’accent sur les activités à faire, comme les soupers aux chandelles dans les hébergements.

Mais il y aurait moyen de valoriser davantage ce moment creux, croit Marie Allaire, directrice du développement touristique à Tourisme Bromont. « Par exemple, nous pourrions miser sur le slow travel et les multiples possibilités de ressourcement en proposant des forfaits détente et épicurien », illustre-t-elle.

Que réserve l’avenir ? Le retour graduel à la normale après la pandémie entraînera sans aucun doute une baisse d’intérêt pour novembre, conviennent les gestionnaires de nos espaces naturels. Non seulement les gens peuvent repartir à la conquête du monde, mais le retour en force des activités sociales, comme les fêtes de bureau, occupera davantage les journées de congé. « Il sera néanmoins intéressant de constater combien de nouveaux adeptes auront eu la piqûre pendant cette période », dit Simon Boivin, de la Sépaq. Novembre aura-t-il réussi son opération séduction ?

 

 

Encadré #1

La photo en novembre

On pourrait croire qu’en attendant la neige, alors que les teintes brunâtres affligent les paysages, il est temps de ranger son appareil photo. Or, le photographe Jean-Christophe Lemay, de Rimouski, adore ce temps de l’année. « Puisqu’il y a moins de randonneurs, les animaux ne s’éloignent pas trop des sentiers. On les voit davantage, car ils sont plus facilement repérables en raison de l’absence de feuilles », note cet adepte de plein air. C’est aussi la période de rut des cerfs de Virginie, une belle occasion pour les chasser avec un appareil photo.

Autre avantage : la lumière en fin de journée, celle qui excite les photographes en raison de ses couleurs douces, orangées et bleutées, s’étire plus longuement, indique Jean-Christophe Lemay. Oui, novembre est instagramable, à condition d’être un pro de l’image !