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Reportage

Dormir à la belle étoile, sans tente, pourquoi pas?

14-08-2019

(photo/steve deschenes)

Non, dormir à la belle étoile n’est pas que synonyme de boursouflures au visage et de roches pointues sous les fesses ! Des aventuriers font leurs recommandations.

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Le pragmatique dort à la belle étoile dans les moments où l’abri lui semble superflu, le romantique y voit plutôt l’occasion d’observer les astres et de se sentir partie prenante de son environnement. Pour l’un comme pour l’autre, le camping à la belle étoile – sans tente, sans toile, sans mur et sans luxe – offre son lot d’avantages et d’inconvénients tout en restant le dernier refuge de l’aventurier qui désire voyager léger.

Simplicité volontaire… ou imprévue

« En toute franchise, la plupart des fois où j’ai dormi à la belle étoile, c’était dans des cas de bivouac impromptu. Conséquemment, le matériel était, disons… limité ! Il fallait être plutôt inventif », lance Michel Landry, grimpeur et randonneur aguerri qui sillonne le Canada et les États-Unis, toujours en quête de projets de plein air.

Selon l’étudiant de 27 ans, apprendre à dormir à la belle étoile vaut son pesant d’or quand les projets se prolongent inopinément. Que ce soit lors de l’exploration de longues voies d’escalade ou de randonnées en terrain inconnu, il faut être prêt à cette éventualité. « C’est comme ça que ça a commencé, explique-t-il. Une ou deux nuits non prévues, sans équipement. Et c’est dans ces moments qu’on réalise que, en fait, très peu de choses sont nécessaires pour dormir convenablement (l’été, bien sûr !) : un tapis de mousse et d’épines sous un conifère, et voilà ! »

Cycliste, kayakiste et randonneur de 33 ans, Félix Boudreault choisit quant à lui le dodo à la belle étoile la majeure partie du temps. « Quand on annonce beau et que je pars à vélo, j’apporte seulement mon hamac et je fais du stealth camping, du camping « furtif », c’est-à-dire en catimini et à la bonne franquette. » Une manière pour cet ancien guide de plein air de voyager léger.

Michel Landry aime aussi la liberté que lui laisse la belle étoile. « C’est tellement simple : on n’a qu’à trouver un site grand comme le tapis de sol (et encore !), et le tour est joué ! Beaucoup moins compliqué qu’avec une tente, surtout en terrain montagneux. C’est également plus rapide de décamper, un avantage considérable les fois où les objectifs de la journée suivante sont ambitieux. »

Et il n’y a pas que le ciel illuminé qui compte quand on dort sans abri. « C’est aussi tout le contact avec la nature qui change ! Nous réalisons alors à quel point notre tente, même si elle est mince et petite, nous coupe de notre environnement immédiat », estime Michel Landry.

Pour le meilleur, et pour le pire ! Car on doit s’attendre à sentir les bourrasques de vent, entendre les craquements des branches, être parfois tenu éveillé par la lumière naturelle de la nuit, voir grouiller les insectes… « Il est dans certains cas plus difficile de trouver le sommeil », admet Michel Landry, qui considère que l’expérience est d’autant plus intéressante.

Quelques trucs pratiques

À la question : « Avez-vous déjà dormi à la belle étoile ? », le commentaire est unanime – les tripeux du dehors répondent : « Oui, mais les moustiques ont été infernaux. » Faut-il nécessairement s’attendre à souffrir lorsqu’on s’offre une nuit sans tente, au Québec ? En vue d’un peu de confort, quelques conseils s’imposent.

Sans murs de toile qui protègent des phénomènes atmosphériques, on sent davantage la température qui baisse. Même en été, Michel Landry suggère le port de la tuque légère, qui contrera les courants d’air. Il dort généralement serré contre son sac à dos, stratégiquement placé pour couper le vent. Un matelas de sol style Therm-a-Rest avec aluminium sera plus résistant aux aspérités du terrain. On peut également ajouter un drap thermique dans son sac de couchage. Ceux qui dorment en hamac dormiront plus facilement sur le côté et sur le ventre s’ils y étendent leur matelas de sol.

Afin de freiner l’ardeur des moustiques – la peste noire du « sans tente » –, l’auteure de ces lignes et de nombreux aventuriers de la belle étoile prescrivent le masque en moustiquaire. Félix Boudreault, pour sa part, s’étend près du feu en faisant le pari que la fumée emboucanera les moustiques ; une protection optimale exigera toutefois de se lever durant la nuit dans le but d’alimenter la flamme.

La rosée ou la pluie inattendue vous font peur ? Le bivy bag, ou sac bivouac, un abri minimaliste imperméable avec filet au niveau du visage, est un bon ajout à votre liste d’équipement. On peut aussi tendre une toile au-dessus de sa couche (qu’elle soit par terre ou dans un hamac) si on craint d’être mouillé.

En ce qui concerne les bêtes féroces ( !), il vaut mieux, comme on le fait en camping sauvage, prendre ses précautions : on accroche sa nourriture dans un arbre à 15 ou 20 m du campement improvisé et on garde canif et poivre à ours à proximité.

En sécurité ?

On a beau dire, une tente crée tout de même une barrière psychologique face aux éléments, aux bêtes sauvages et… aux humains.

Sarah Vachon pédalait de ferme en ferme depuis quelques semaines déjà lorsqu’elle s’est arrêtée à Sandy Beach, sur la péninsule gaspésienne. Elle avait l’habitude de planter sa tente sur le terrain de Gaspésiens hospitaliers. Mais ce soir-là, quelque chose dans l’air chaud du mois de septembre lui a donné envie de se coucher directement sur le sable de la plage. « Je trouvais le ciel trop beau pour entrer dans ma tente ! »

Malheureusement, elle n’a pas fermé l’œil. Un homme rôdant autour d’elle lui a coupé l’envie de baisser sa garde et de s’assoupir. « Ça attire le regard, une fille qui dort seule sur une plage », estime-t-elle.

Michel Landry propose d’ailleurs de chercher un peu d’intimité dans un bosquet si on passe la nuit dans un endroit passant ou à découvert. Ou encore de s’éloigner des sentiers.

Réglementation ?

Pas de statistiques, pas de réglementations claires. Ce n’est pas pour rien que certains appellent camping furtif ce camping fait sans tambour ni trompette.

« Il existe peu de réglementation spécifique à l’acte de bivouaquer, mentionne Louis Jean, directeur général adjoint de Camping Québec. Il faut respecter les droits de passage sur les terres privées et sur les terres publiques, de même que les consignes concernant les feux à ciel ouvert. »

Et c’est peut-être tout le plaisir de dormir à la belle étoile : sans toit, sans limites, sans encadrement. Un dodo tout en spontanéité !

 

Où dormirez-vous ce soir ?

Il n’y a pas qu’une seule bonne destination « belle étoile », mais des types d’endroits à expérimenter. Et à chaque destination son style d’aventurier. Lequel vous correspond ?

Le loup de mer : S’assoupit sur un quai, au bord d’un lac ou de la mer. « Cela ne s’adresse qu’aux dormeurs qui ne bougent pas trop durant la nuit. Et à ceux qui n’ont pas peur des (énormes et juteuses) araignées d’eau », rappelle Félix Boudreault, ancien guide de plein air.

Le globe-trotter : Choisit le nord de la Norvège. « À cause du spectacle des étoiles, filantes ou pas, et des aurores boréales, dans un environnement magistral. Un jour, peut-être, j’irai », rêve Michel Landry, grimpeur de roche et de glace.

L’urbain : Lance un pied de nez à la vie citadine et dort « sur son balcon, en ville, à Montréal ou ailleurs », conseille Chuck Protheroe, adepte du voyage plein air à moindre coût.

Le passionné: S’arrête sur une plage. « Pour vraiment apprécier le soleil couchant et levant, voir la vie qui reprend au petit matin », souligne Sarah Vachon, cycliste et randonneuse.

Le sauvage : Se rend dans les montagnes du nord du Québec. « Là où il n’y a rien ni personne, pas même des étoiles, car en été, le soleil ne se couche jamais complètement ! » témoigne Félix Boudreault.

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