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Québec, Reportage

L’appel du camp de chasse

04-02-2020

Crédit Guillaume Rivest

Les chalets, ça coûte la peau des fesses, et en plus, ces résidences secondaires sont souvent trop confortables pour une réelle immersion nature. Alors pourquoi ne pas tenter l’expérience du plein air dans un camp de chasse ? Émélie Rivard-Boudreau l’a vécue cette dernière année dans le fond des bois de son Abitibi chérie…

« Aimerais-tu ça, que j’achète un camp de chasse ? » a proposé mon homme au cours de l’été 2018. Mon intérêt pour la chasse étant bien faible, la réponse a été spontanée : « Si on peut s’y baigner l’été et faire de la raquette l’hiver, pas de trouble ! » Un an après l’acquisition, tant pis si aucun gibier n’a été capturé, la p’tite cabane dans la forêt est désormais notre base de plein air.

L’idée de disposer d’un refuge en forêt était alléchante. On bourre le sac à dos de quelques vêtements et de nourriture, et hop ! en pleine nature ! Exit toute la logistique et l’équipement relatifs à l’hébergement. Une crainte demeurait néanmoins : sédentariserions-nous nos sorties en plein air ? Sans doute. Cependant, au bout du compte, nous aurons probablement passé plus de temps en forêt que si nous étions allés régulièrement en expédition.

C’est à bord de notre canot que, la première fois, nous visitons le lieu. En fait, tout à fait par hasard, nous canotions sur le même lac la semaine précédente, et jamais nous n’avons vu ce beau shack camouflé dans la forêt, complètement émerveillés par la beauté du filiforme lac Marmette, tout près de Val-d’Or, où nous habitons. Quelques larges rochers nous invitent à piquer-niquer ou à pêcher. À une de ses extrémités, l’étroite et sinueuse rivière Bourlamaque nous emmène dans un paysage calme et riche en végétation.

Le camp en question n’est donc accessible que par l’eau ou des pistes de motoquad – aucune possibilité d’y accéder en voiture. Entre ses quatre murs, c’est, pour qui est déjà parti en expédition en autonomie, ni plus ni moins qu’une formule tout-inclus : lits, poêle à bois, petit chauffage au mazout, table, chaises, comptoir, vaisselle, allumettes, guenilles… même quelques revues érotiques vintage, cadeau des anciens propriétaires. Oh, la chance !

Enchantés nous sommes. Et quelques semaines plus tard, mon homme exécute quelques travaux dans sa cache de chasseur pendant que je cueille des bleuets, que je fouine parmi les champignons et que je m’adonne à quelques exercices de photographie. Le canot est maintenant notre mode de transport et d’exploration, nous laissant découvrir la faune aux alentours.

À l’automne, nous réservons le site à la chasse à l’orignal. Mon chum s’y réfugie, enduit d’urine de jument, tandis que je transfère ailleurs mes activités de plein air. Le décor est magnifique, mais pour des raisons de sécurité et de respect, on s’abstiendra de toute randonnée automnale durant la période de chasse à l’orignal dans les régions où elle est pratiquée.

L’hiver venu, nous nous en donnons à cœur joie. Nos raquettes nous permettent de sillonner des kilomètres de forêt et de repérer quelques buttes qui offrent une jolie vue. Un week-end, nous chaussons skis-raquettes (Hok) et raquettes et parvenons à notre refuge via le lac gelé. L’expérience se révélera tout aussi incroyable et excitante à l’aller – alors que nous entendons le bruit des masses de neige qui s’affaissent sans danger sous nos pas – qu’au retour – alors que, pris par surprise dans un court blizzard, nous ne voyons plus ni ciel ni terre, ni devant ni derrière nous.

 

C’est dans ce havre de paix que nous célébrons notre Noël. Nos familles étant cette année-là dispersées à gauche et à droite au Québec et dans le monde, nous faisons le plein de saucissons secs, de fromages décadents, de bières artisanales et d’un peu d’alcool fort, histoire de réveillonner dehors, autour d’un feu, sous l’incomparable firmament glacial et étoilé de l’Abitibi. « Hôtel mille étoiles », comme chante Richard Desjardins (Le trou perdu).

Choisir son camp

Dans les petites annonces, les camps de chasse se vendent entre 10 000 $ et 30 000 $. Leur localisation, leur niveau de rusticité et l’équipement qu’ils contiennent influenceront le prix. Rarement atteindront-ils 50 000 $. Quand c’est le cas, soit le camp de chasse est situé sur un terrain privé, soit les propriétaires ont illégalement fait fi des normes usuelles de grandeur.

En réalité, on n’achète pas vraiment un camp de chasse : on loue, sur la terre de l’État, une superficie de terrain ne dépassant pas 100 m2, et on achète le matériel qui est sur place (le bâtiment, les lits, le poêle, etc.).

Ainsi, dans le jargon du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, « posséder un camp de chasse » se traduit par « contracter un bail d’abri sommaire ». Par « abri sommaire », le Ministère entend « un bâtiment ou un ouvrage servant de gîte sans dépendance autre qu’un cabinet à fosse sèche, dépourvu de toute installation électrique et de toute alimentation en eau, sans fondation permanente, d’un seul plancher dont la superficie n’excède pas 20 m» ; en ce qui concerne l’Abitibi-Témiscamingue, la superficie maximale est de 30 m2.

Comparativement aux chalets – baux de villégiature, en langage ministériel –, les camps de chasse s’avèrent plus isolés en forêt. « Les différences majeures entre les deux types de baux sont, dans le cas d’un abri sommaire, l’absence de services et la superficie exploitable, qui est fixe et moins grande », indique la relationniste de presse du Ministère, Catherine Ippersiel.

Bye bye voiture !

Qui dit isolement dit tranquillité, rusticité et, inévitablement, accès limité. « Accessible en chaloupe, en VTT ou en motoneige », lit-on fréquemment dans les petites annonces. « Moi, j’ai ma chaloupe cachée dans le bois et j’y installe mon moteur pour y aller », me raconte un ami fervent de son camp de chasse.

Lorsque mon conjoint est devenu détenteur du bail, j’ai eu l’idée puriste de chaque fois nous rendre au camp sans moteur. Pourquoi pas ? Pagayer ou marcher 4 km en forêt, en bottes ou en raquettes, n’est pas si difficile, non ? Rapidement, force a été d’admettre qu’un quatre-roues a son utilité, notamment quand vient le temps de transporter des outils ou des matériaux. Le quad a aussi fini par être doté de chenilles pour circuler dans les congères. Les paires de raquettes sont en tout temps bien attachées à l’arrière ; cette précaution nous a d’ailleurs servi à deux reprises lorsque la machinerie n’a pas résisté aux assauts du froid.

Des camps plus douillets ?

Croyez-le ou non, les camps de chasse étaient au cœur des enjeux de la dernière campagne électorale provinciale, particulièrement en Abitibi, là où sont localisés près de 69 % des abris sommaires au Québec. La chasse et les séjours en forêt étant de plus en plus pratiqués en famille, les associations de chasse et de pêche réclamaient un assouplissement des normes s’appliquant à leurs abris sommaires, considérées comme excessivement rigides. Une de leurs revendications portait, et porte toujours, sur l’augmentation de la superficie des abris sommaires, qui passerait de 20 à 30 m2 habitables.

Le président de l’Association chasse et pêche de Val-d’Or, Jacques Cormier, explique : « Nous ne voulons pas que nos abris sommaires deviennent des sites de villégiature, mais nous aimerions nous éclairer à l’aide de panneaux solaires, isoler notre camp, et amasser l’eau de pluie pour faire entrer l’eau dans les camps. Pour le moment, la réglementation, qui stipule que l’abri doit rester rudimentaire et non habitable en permanence, nous l’interdit », se désole-t-il.

Malgré les contraintes gouvernementales, les camps de chasse se modernisent au fil des années. Bien qu’illégales, des remises où entreposer du bois ou de la machinerie sont presque systématiquement annexées aux abris de moins en moins sommaires.

Camp de chasse, un trip nordique…

 

Pour profiter d’un camp de chasse, on met cap au nord.

 

Voici le nombre de baux d’abris sommaires par région en 2019.

 

Abitibi-Témiscamingue : 6952

Nord-du-Québec : 1282

Côte-Nord : 897

Saguenay–Lac-Saint-Jean : 411

Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine : 303

Mauricie : 103

Bas-Saint-Laurent : 91Outaouais : 85

Lanaudière : 6

Capitale-Nationale : 3Chaudière-Appalaches : 3

Estrie : 0Laurentides : 0

TOTAL : 10 136

 

Source : Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

 

 

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