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Le sentier Te Araroa au pays des Kiwis

  • Photos Marilynn Guay Racicot

Le sentier Te Araroa sillonne les deux îles principales de la Nouvelle-Zélande sur plus de 3000 km. Notre collaboratrice a exploré une portion de l’île Sud, réputée pour ses majestueuses montagnes, ses rivières cristallines et ses refuges alpins.

« Un pas à la fois. T’es capable. » C’est le mantra que je me répète en boucle alors que je traverse, en mode rando-escalade, les vertigineux cols des monts Rintoul et Little Rintoul. Le sentier – si c’est ainsi qu’on peut appeler ce tracé plus adapté aux chèvres de montagne qu’aux bipèdes avec sac à dos – se fraye un chemin sur les parois rocheuses abruptes de ces deux sommets de plus de 1700 m.

Au sein de la communauté du Te Araroa, tout le monde en parle. Certains les vénèrent, d’autres les craignent. Pour ma part, je n’en savais pas grand-chose, sinon qu’il fallait éviter de s’y aventurer par mauvais temps en raison du terrain hautement technique et exposé, et ne pas sous-estimer le temps requis pour franchir les 5 km qui constituent la périlleuse, mais ô combien exaltante, traversée des monts Rintoul. C’était peut-être mieux ainsi, sinon je serais encore agrippée entre deux rochers au-dessus du vide…

Au lieu de ça, sous un ciel d’azur et devant un océan de montagnes, mes complices randonneuses et moi sautons de joie sur le faîte du grand Rintoul en compagnie de nos nouveaux amis kiwis. Le segment considéré comme le plus difficile techniquement du Te Araroa est dans la poche !

 

Te Araroa signifie « le long sentier » en langue maorie, parlée par le peuple autochtone de la Nouvelle-Zélande. Inauguré en 2011, ce sentier de longue randonnée sillonne les deux principales îles du pays. Son point de départ se trouve au cap Reinga sur l’île Nord, et son terminus à Bluff, tout au bout de l’île Sud. Un peu plus de 3000 km ainsi qu’une grande diversité d’environnements séparent ces deux points névralgiques : longues plages de sable, forêts tropicales, bleds perdus, grandes villes et une ribambelle de chaînes de montagnes.

 

Parties deux mois plus tôt pour arpenter le Te Araroa en entier, Rachel et Florence venaient tout juste d’accomplir un remarquable exploit quand je les ai retrouvées à Wellington, la capitale néo-zélandaise. Mes éternelles partenaires de rando avaient traversé l’île Nord à pied. Remplie d’admiration, je me glisserais quelque temps dans leur peau de thru-hikers pour découvrir avec elles les 400 premiers kilomètres de l’île Sud.

Sous les tropiques du Queen Charlotte Track

Après le voyage en traversier de Wellington jusqu’à la bourgade touristique de Picton, suivi d’une excursion nautique exceptionnelle dans le Queen Charlotte Sound, un bateau-taxi nous dépose en fin d’après-midi à Ship Cove, un petit coin de paradis tropical et historique autrefois prisé par les Maoris et les Européens colonisateurs, dont l’explorateur James Cook. Pour notre trio, cet endroit s’avère mythique pour d’autres raisons. Il marque le point de départ de la portion sud du Te Araroa, qui emprunte le charmant circuit Queen Charlotte Track. Ce parcours pédestre, qui accueille aussi les cyclistes de brousse, offre une balade féerique dans les collines touffues de cette vallée envahie par la mer.

Depuis les nombreuses percées visuelles sur ce fjord exotique, mes yeux s’émerveillent devant les plages de sable paradisiaques, les raies qui dansent dans l’eau turquoise, les vallons verdoyants colonisés par les « arbres fougères » typiques de la Nouvelle-Zélande. Plutôt facile et bien entretenu, ce sentier de 73 km ponctué de campings rustiques et de petits complexes hôteliers constitue un bon échauffement en vue des défis alpins qui nous attendent.

Sensations fortes dans les Richmond Ranges

Après cette agréable mise en jambes de cinq jours, c’est le temps de recharger les batteries et de se ravitailler dans le village d’Havelock, reconnu pour sa culture de moules. Nous avons dû y rester plus longtemps que prévu, dans l’attente d’une bonne fenêtre météo. Pas question de s’aventurer dans les Richmond Ranges par mauvais temps. Se parcourant en sept à dix jours, cette section de plus de 160 km loin de toute civilisation a la réputation d’en faire baver même aux randonneurs les plus endurcis avec ses dénivelés quotidiens rarement sous la barre des 1000 m, en positif comme en négatif, ses crêtes exposées aux intempéries et ses rivières à traverser à gué.

Avec nos mastodontes de sacs à dos remplis à ras bord de vivres extra caloriques, nous nous enfonçons dans la luxuriante forêt du Mount Richmond Forest Park via le sentier qui longe la rivière Pelorus. Reconnu pour sa couleur émeraude et ses bassins de baignade, le cours d’eau rugissant et gonflé par les précipitations des derniers jours a plutôt une apparence laiteuse.

Trois jours plus tard, au terme d’interminables ascensions, nous voilà sur la route alpine des Richmond Ranges. À nous les crêtes et les vues panoramiques. Je découvre enfin le réseau de refuges de montagne qui fait la renommée de la Nouvelle-Zélande. Environ 1400 de ces abris agrémentent le patrimoine de l’arrière-pays de cette ancienne colonie britannique.

En formule premier arrivé, premier servi, ces cabanes rudimentaires sont gérées et entretenues par le DOC (département de la conservation de la N.-Z.). Si le refuge est plein (ce qui arrive souvent sur le Te Araroa en raison de la popularité croissante de ce parcours de longue randonnée), on réussit toujours à se trouver un petit espace où planter sa tente. Parfois, quand dame Nature se déchaîne, on n’a d’autre choix que de s’y entasser comme des sardines. Ce sont là mes plus beaux souvenirs dans les refuges, où nous avons passé des soirées à tisser des liens avec tous ces randonneurs au long cours venant de partout dans le monde.

Après avoir conquis plusieurs sommets de plus de 1500 m, dont les fameux monts Rintoul, notre prochain défi sera de remonter la rivière Wairoa. Sur papier, c’est de la p’tite bière : un dénivelé positif acceptable en bordure d’une rivière ponctuée de lagons bleus dignes du cinéma hollywoodien. En réalité, ce tronçon se révèle être une montée sans fin sur un sentier à flanc de falaise qui valse sans cesse avec les flots. Lorsqu’on n’est pas en train de traverser à gué la Wairoa, on doit se concentrer pour ne pas mettre le pied sur un nid de guêpes. En effet, le parcours est jonché de souches d’arbres colonisées par ces vespidés, leur bourdonnement surpassant parfois le rugissement de la rivière… Notre vigilance accrue ne nous empêchera pas de nous faire piquer.

Encore trois journées de rando en dents de scie nous séparent du prochain ravitaillement dans le village touristique de St. Arnaud. Au terme de dix jours de tramping – mot utilisé par les Néo-Zélandais pour désigner la longue randonnée en territoire sauvage et accidenté – sur cette route alpine, je constate que j’ai pris du galon comme randonneuse.

Plein la vue dans le Nelson Lakes National Park

Bien qu’il soit plus achalandé, le parcours du Nelson Lakes National Park m’a séduite avec ses cols à grimper, ses paysages alpins à couper le souffle, ses lacs cristallins et ses refuges mythiques. Justement, lors de notre retour sur le sentier après avoir englouti pizzas et cafés en quantité industrielle au Alpine Lodge de St. Arnaud, nous avons bifurqué du long sentier afin de visiter l’un des plus beaux refuges de l’archipel océanien.

Sis à 1650 m d’altitude sur les rives d’un petit lac, Angelus Hut est encerclé de montagnes monumentales, que les rayons du soleil enflamment à l’aube comme à l’aurore. Pas surprenant qu’il faille réserver sa place en ligne pour passer la nuit dans ce refuge prisé pouvant accueillir jusqu’à 28 randonneurs.

Après ce détour pas piqué des vers, nous revenons à l’itinéraire initial, qui nous mènera jusqu’au mont Travers, un imposant pic où des plaques de neige résistent encore. L’ascension de son col se fera au petit matin et quasiment au-dessous de zéro, signe que nous avons pris de l’altitude. De l’autre côté, monts et vallées se succèdent dans des teintes de gris et de vert. La descente a fait trembler mes pauvres genoux, mais le temps estival est de retour. Nous multiplions les saucettes dans une rivière aussi glacée que limpide. Quels moments divins. Je me serais bien prélassée plus longuement au bord de l’eau si ce n’était pas de l’omniprésence des sandflies, ces minivampires avides du sang des valeureux randonneurs.

Au quatrième jour dans cette section, nous faisons escale au refuge Blue Lake, tout près du petit lac éponyme qui contient l’eau la plus claire du monde. Cette pureté lui confère des coloris bleu turquoise et vert fluo envoûtants. Mais pas touche ! Dans la culture maorie, ce lac est sacré. Autrefois, les tribus y submergeaient les os des défunts afin de libérer leurs esprits.

Mon coup de cœur du parcours, le fameux Waiau Pass, qui culmine à 1870 m, nous gratifie d’un panorama spectaculaire. D’un côté, le lac Constance, enclavé entre les monts acérés, scintille comme une topaze sauvagement gardée. De l’autre, des colosses de roc se déchaînent de tous bords, tous côtés. Choisir devant lequel de ces tableaux nous dégusterons notre énième wrap au beurre d’arachides s’avère un déchirant dilemme.

Ce soir-là, je suis émue par l’esprit de camaraderie qui règne au refuge. Je retrouve toute la bande de thru-hikers en train de jaser et de rigoler sous le porche, les sandflies ayant décidé de lâcher du lest. Nous sommes tous habités par la même euphorie d’avoir passé une autre journée de rêve à crapahuter sur le sentier.

Les 60 derniers kilomètres nous offrent une douce transition vers la sortie du parc. Le sentier se faufile à travers des prairies dorées que le vent fait danser. Le profil des sommets se transforme, passant de pics de roc grisonnants à des vallons parsemés d’une canopée verdoyante. Mon parcours de près de 400 km sur le Te Araroa s’achève à Boyle, un bled miteux et désert flanqué au bord d’une grande route. Mes copines, elles, ont encore 1000 km à dévaler avant d’atteindre le vrai terminus. Par un miracle digne de la Nouvelle-Zélande, nous réussissons à rallier le village balnéaire alpin de Hanmer Springs, reconnu pour ses sources chaudes naturelles. Rien de mieux qu’une balnéothérapie pour se remettre d’un mois de tramping au fabuleux pays des Kiwis.

EN BREF

Près de 400 km de randonnée exaltante sur l’île Sud de la Nouvelle-Zélande.

ATTRAIT MAJEUR

L’exploration des plus beaux et des plus exigeants segments du sentier de longue randonnée Te Araroa.

COUP DE CŒUR

La montée et la descente de Waiau Pass, en plus de goûter à la vie en refuge de montagne.

teararoa.org.nz/

 

BON À SAVOIR

L’accès au sentier est gratuit ; aucun permis n’est requis (du moins pour le moment). La Backcountry Hut Pass (au coût de 100 $ CA et valide pour six mois) donne accès à la plupart des refuges néo-zélandais, sauf quelques exceptions. Dans ces cas, il faut se procurer des billets auprès du DOC. On recommande de faire un don à l’association qui gère le Te Araora afin de soutenir le développement et l’entretien de ce long sentier, victime de son succès. Vous trouverez dans l’application FarOut le tracé du sentier, une foule d’informations sur l’état des lieux, les dénivelés, les emplacements des refuges et campings, les points d’eau, etc. Le meilleur moment pour parcourir le Te Araora : entre septembre et avril, qui correspond à la période estivale en Nouvelle-Zélande.