Les 4000-footers

  • Photos Ian Roberge

Connaissez-vous la Northeast 115 ? C’est la liste regroupant les montagnes de plus de 4000 pieds (1219 m) de la Nouvelle-Angleterre et de l’État de New York. Passionné de montagne, notre collaborateur a entrepris en 2014 de toutes les gravir. Il partage avec nous son expérience et nous livre quelques trucs utiles à qui désire réaliser ce défi de longue haleine.

Les randonneurs se divisent en trois catégories : les contemplatifs, qui aiment prendre leur temps ; les sportifs, qui veulent ascensionner les sommets le plus rapidement possible ; et, catégorie plus méconnue, les collectionneurs de sommets. Les peak baggers, comme on les désigne en anglais, ont pour objectif de fouler le plus de sommets possibles. Je suis l’un d’eux.

On ne devient pas collectionneur de sommets du jour au lendemain. Cela arrive un peu par accident, lorsqu’on se rend compte qu’on cumule les sommets au fil de sorties en montagne. C’est dans la mi-vingtaine, après avoir arpenté les sentiers des montagnes Blanches du New Hampshire, que j’ai découvert l’existence de la Northeast 115, qui regroupe les 115 sommets dépassant les 4000 pieds (4000-footers) de la Nouvelle-Angleterre et de l’État de New York. Cette liste englobe 14 montagnes du Maine, 48 du New Hampshire, 5 du Vermont et 48 de l’État de New York, donc 46 se trouvent dans les Adirondacks.

 

Jusqu’à présent, un peu plus de 1000 personnes ont ascensionné l’ensemble de ces 115 sommets. Au fil du temps et des relevés topographiques plus précis, certains sommets ont été relégués sous les 4000 pieds et d’autres qu’on croyait moins hauts se sont révélés excéder 4000 pieds. On a tout de même décidé de garder les anciens sommets dans la liste, et c’est pourquoi on voit aussi le nom original, Northeast 111 (NE111), même si on répertorie désormais 115 sommets.

 

L’idée d’établir une liste de montagnes à ascensionner a émergé dans les Adirondacks il y a plus de 100 ans avant de se concrétiser au New Hampshire en 1957, quand l’Appalachian Mountain Club (AMC) a officiellement dévoilé le défi des sommets de 4000 pieds et plus, liste recensant uniquement ce type de sommets au New Hampshire. Le but : inciter les gens à parcourir les endroits méconnus des montagnes Blanches. À cette époque, la plupart des randonneurs ne fréquentaient que le chaînon Présidential (dont fait partie le mont Washington) et la crête du mont Lafayette. Certaines montagnes de l’État du granite ne comportaient même pas de sentiers.

Au cours des années, plusieurs autres listes ont été créées. Il existe maintenant une seconde version de la liste des hauts sommets du New Hampshire, à l’intention de qui veut les atteindre en saison hivernale, c’est-à-dire entre le solstice d’hiver et l’équinoxe du printemps. Il y a également l’imposant défi de gravir les 48 sommets du New Hampshire dans chacun des mois de l’année ; on l’appelle The Grid (en raison du tableau de 576 cases qu’on coche au fur et à mesure des accomplissements), et à ce jour 132 personnes auraient réussi à le faire. On s’entend que cela peut prendre des dizaines d’années. Reste qu’en 2016, une jeune retraitée, Sue Johnston, a accompli l’exploit de le réaliser en un an : on parle de 576 sommets en 12 mois !

Quant à moi, j’ai, en cinq ans, entre 2015 et 2019, ascensionné les 67 sommets de la Nouvelle-Angleterre et quelques-uns des Adirondacks ; il en manque donc une trentaine à mon palmarès pour compléter la Northeast 115. Chacune de ces randonnées me permet de découvrir un nouveau sommet, un nouveau paysage, de vivre une expérience différente.

La préparation

Avant de partir à l’assaut de ces éminences qui surpassent en hauteur la plupart des montagnes québécoises, une minutieuse préparation s’impose. L’entrainement n’est pas à prendre à la légère. Il est important de s’habituer à faire du dénivelé et de commencer par de plus petites montagnes ici, au Québec. On ira également aux États-Unis, où de superbes sommets valent le détour même si les listes les boudent – je pense notamment aux monts Indian Head et Cascade dans les Adirondacks, à Jay Peak au Vermont ou encore aux monts Chocorua et Pierce dans le New Hampshire. Après, on se lancera vers ceux de près de 2000 m comme le mont Washington.

 

Une autre manière d’arriver à cocher les sommets sur sa liste est de rallonger les excursions de façon à combiner plusieurs sommets lors d’une même sortie. C’est la meilleure façon d’y parvenir promptement et en fournissant un effort moindre (et c’est permis !). Prenez le chaînon Présidential, dans les montagnes Blanches, qui comprend huit sommets dépassant les 4000 pieds. Si on les fait tous individuellement, on affrontera presque 8000 m de dénivelé sur près de 100 km, sans compter les trajets en voiture pour s’y rendre. La solution : atteindre ces huit sommets en trois sorties ou moins. Si on a la forme, on les gravit tous en une unique exigeante randonnée de 33 km et 2600 m de dénivelé. Mais oui : comme on ne redescend pas chaque fois à la base du massif, on évite énormément de dénivelé, d’autant plus que souvent, moins de 100 m séparent deux faîtes voisins. Toute une économie d’effort.

Évidemment, tous n’ont pas la capacité de parcourir autant de kilométrage en une seule journée. En planifiant bien ses expéditions, soit on combinera au moins deux ou trois sommets rapprochés, soit on effectuera une longue randonnée de plusieurs jours en dormant en montagne, à savoir en refuge ou en camping sauvage, et alors on épargnera du temps et on consommera moins d’essence.

 

Les risques

Partout en terrain montagneux, la météo change vite. À cet égard, le mont Washington a mauvaise réputation. Il peut y neiger à n’importe quel mois de l’année. En juin 2021, de la glace couvrait les cairns érigés à son faîte. Sur certains des sommets, il n’y a plus d’arbres à cette altitude ; dans la zone alpine, rien ne protège du vent et des éclairs.

 

Et que dire des blizzards ? Je me rappelle une excursion avec un ami sur le mont Jefferson en octobre 2015. Nous nous y sommes justement perdus dans la zone alpine. Moins expérimentés à cette époque et un peu surpris par la quantité de neige sur les sommets, nous n’avions pas emporté de lunettes de ski. Le grésil combiné aux vents nous fouettait le visage,  nous empêchant d’ouvrir les yeux. Le brouillard réduisait encore davantage la visibilité, et nos traces s’effaçaient rapidement. Alors que nous croyions revenir sur nos pas vers le refuge après avoir atteint le sommet de Jefferson, nous étions en train de nous diriger vers le mont Adams. Nous avons commencé à geler – nous n’étions pas suffisamment habillés pour ces conditions météorologiques – en même temps que s’estompait tranquillement la lumière du jour. Un rare randonneur croisé sur le sentier a confirmé nos doutes et nous a montré sur son application GPS que nous n’étions pas sur le bon chemin.

La conquête des 4000 pieds n’est pas une balade du dimanche. Plus on monte en altitude, plus les sentiers se corsent.

 

Encadré

Obtenir son écusson

Si on veut officialiser l’achèvement d’une des listes de 4000-footers, il suffit de remplir un formulaire en inscrivant, pour chaque montagne, la date de l’ascension ainsi qu’un commentaire et les noms des compagnons de route, puis d’envoyer le tout à l’AMC. À noter que le paiement de 15 $ US doit, au moment d’écrire ces lignes, être obligatoirement expédié par la poste. Aucune preuve de l’ascension n’est demandée, on croit à l’honnêteté. L’AMC fait parvenir un écusson à l’effigie du défi ainsi qu’une invitation à une soirée spéciale récompensant les personnes ayant réussi le tour de force dans la dernière année. amc4000footer.org


En bref

Gravir les 4000-footers de la Nouvelle-Angleterre et de l’État de New York : la mission d’une vie.

Attrait majeur

La meilleure façon de voyager et de découvrir une variété de paysages sans aller trop loin, en accomplissant un défi reconnu qui procure même un écusson.

Coup de cœur

Bien qu’en retrait, dans le Maine, le mont Katahdin, sans contredit la plus belle montagne à ascensionner dans le nord-est du fait du caractère unique de sa crête et de son haut plateau.