Or blanc à l’honneur

  • Photo Mathieu Dupuis

Dans la région de Thetford Mines, jouer dehors en hiver amène inévitablement à tutoyer le riche passé minier du coin.

L’expression or blanc peut symboliser la neige et, par extension, tous les bonheurs qu’elle procure aux adeptes de plein air. Dans la région de Thetford, elle évoque plutôt un passé mono-industriel qui a laissé des traces bien visibles, tant au propre qu’au figuré. L’histoire est connue. On y a longtemps extrait l’amiante, la « pierre à coton » qu’on utilisait jadis pour isoler, insonoriser et ignifuger des maisons. Ce minerai à texture fibreuse faisait alors la renommée de ce coin du Québec, où on retrouvait la quasi-totalité des mines d’amiante exploitées au pays.

Ce même or blanc plongera par la suite la région dans une profonde crise économique et aussi un peu identitaire. Les soupçons de plus en plus fondés sur la dangerosité de l’exposition à l’amiante mènent l’Organisation mondiale de la santé à le classer comme cancérigène à la fin des années 1980. Cela ouvre la porte à son interdiction complète dans plusieurs pays où, par ailleurs, on limitait déjà son utilisation. Dans les décennies subséquentes, le marché mondial de l’amiante s’effondre et laisse dans son sillage d’immenses mines à ciel ouvert désaffectées.

C’est à ces temps révolus que je songe en chaussant mes longues spatules au cœur de Thetford Mines, sur ce qui est le club de golf de la ville lors de la belle saison. En hiver, exit les verts : le Club de ski de fond de Thetford s’approprie les lieux. On y trouve la billetterie, une salle de fartage et de location ainsi que le départ du réseau de 28 km de pistes balisées principalement réservées au classique – la Maxima, une boucle de 3,6 km, est la seule destinée au pas de patin. Au loin, j’entr’aperçois les fameuses haldes, ces montagnes de résidus miniers infertiles qui font partie intégrante du paysage.