Pleins feux sur les tentes de toit
Sorte d’hybride entre le camping traditionnel et la fourgonnette aménagée, les tentes de toit suscitent un intérêt grandissant. Cet équipement offre aux campeurs une nuit de sommeil en lévitation, comme s’ils étaient dans une cabane dans les arbres. Est-ce le début d’une nouvelle mode dans le monde du camping ?
Alexandra Boily n’a jamais aimé le camping traditionnel, où l’on dresse sa tente directement par terre. « Je suis trop frileuse pour dormir au sol, près de l’humidité, et je trouve les matelas gonflables inconfortables », témoigne-t-elle. N’empêche, elle voulait trouver une façon de partir à l’aventure. Théoriquement, les chambres d’hôtel combleraient ses besoins de confort, cependant un long voyage en hôtel coûte la peau des fesses. « J’ai songé à m’acheter une van aménagée, mais ça aussi, c’est vraiment hors de prix », note-t-elle. Que faire ?
La jeune femme découvre sur les médias sociaux et par l’entremise d’une amie les tentes de toit, ces abris qui se fixent sur les barres de toit d’un véhicule et qu’on déploie lorsque vient la nuit. « J’étais vraiment très sceptique au départ. Les commentaires de monsieur et madame Tout-le-Monde sur les réseaux sociaux me faisaient énormément douter, en raison notamment de la complexité des configurations techniques [NDLR : nous y reviendrons plus loin] », raconte-t-elle. Néanmoins, elle ne s’est pas arrêtée à ce qu’elle avait lu sur les médias sociaux, et elle a poursuivi ses recherches en posant ses questions aux experts de la chose.
Alexandra Boily a toutefois l’occasion de tester cet équipement avec une amie lors d’un voyage sur la Côte-Nord en 2022. Le déclic se fait : c’est l’équipement dont elle a besoin pour vivre ses aventures sur la route. Elle achète en 2023 une tente de toit, l’installe sur son petit VUS et part en road trip sur la Côte-Nord en roulant jusqu’au village de Kegaska, au bout de la route 138. « La tente de toile me donne accès au mode de vie de la vanlife mais à prix abordable. Tout le confort et les commodités sont là », observe cette fervente d’aventure.
La jeune femme des Cantons-de-l’Est ne constitue pas une exception. Un nombre croissant de voyageurs campent maintenant sur le toit de leur voiture comme s’ils dormaient dans une cabane dans les arbres. Encore marginale, cette tendance serait, selon plusieurs adeptes, sur le point de décoller. Verra-t-on bientôt le mot-clic #tentedetoit ou #rooftoptent envahir les médias sociaux ?
Sentant la vague à venir, William Daigneault, fondé en 2023 Wildtek, une entreprise qui vend des tentes de toit ainsi que des remorques de camping. « Je constate dans les salons de plein air que beaucoup de gens sont à la recherche d’une nouvelle façon de camper. Selon moi, les tentes de toit répondent justement à ce besoin de faire du camping dans un plus grand confort et à un prix plus abordable. Je suis convaincu qu’au fur et à mesure que les Québécois découvriront cette manière de voyager, la vague va prendre de l’ampleur », assure le jeune l’entrepreneur de Sherbrooke.
Comme équipement de camping, les tentes de toit ne sont pas nées d’hier. Des recherches sur internet révèlent que des prototypes ont vu le jour aussi loin que dans les années 1930. La compagnie italienne Autohome, toujours en activité, se vante d’avoir été la première entreprise à avoir commercialisé le produit à grande échelle dans les années 1950. Ce sont cependant les Australiens qui auraient adopté en masse ce type de tentes afin de s’éloigner de la dangereuse faune locale, qui comprend huit des dix serpents les plus mortels du monde. Ailleurs en Occident, les tentes de toit sont demeurées un secret bien gardé jusqu’aux années 2010.
Toutefois, la donne a commencé à changer en 2018. Le célèbre fabricant d’accessoires pour voiture Thule a acheté Tepui, une petite compagnie états-unienne de tentes de toit dont le chiffre d’affaires ne dépassait guère les 10 millions de dollars états-uniens. Manifestement, le géant suédois des accessoires de voiture y a décelé un potentiel. En analysant cette transaction à l’époque, le chroniqueur du magazine Outside Wes Siler prédisait que sous l’impulsion de Thule, une entreprise présente partout sur le globe, cette forme de camping allait assurément devenir mainstream dans un avenir pas si lointain. Le temps semble donner raison au chroniqueur états-unien.
Et finalement, la consécration ultime, c’est quand le magazine Protégez-vous publie un guide d’achat sur cet équipement de camping : ça indique que la tendance est bel et bien réelle, quoique le Québec tire de l’arrière par rapport au reste du continent. « L’engouement est parti de l’ouest du continent et s’étend tranquillement à l’ensemble de l’Amérique du Nord », remarque Pierre Simard, conseiller aux ventes chez Thule Canada.
Sortir des sentiers battus
Rémi Vrandet Natacha Fialin reviennent d’un grand périple de deux ans et demi à travers les Amériques. Pour ce road trip, ils ont opté – avec satisfaction – pour la tente de toit que les trentenaires ont installée sur leur Jeep Wrangler : « Nous étions à la recherche d’une façon de voyager où nous pourrions sortir des chemins bitumés afin de camper dans des zones sauvages uniquement accessibles en 4×4, en mode expéditionnisme (overlanding). Nous avons été très bien servis », estime le couple de trentenaires qui habite Montréal. De l’avis de ces aventuriers, rien n’égale le bonheur de vivre dehors à temps plein. « Je pense que nous aurions davantage souffert de la chaleur en van qu’en tente de toit. À près de 2 m au-dessus du sol, nous profitons d’une meilleure ventilation », soutient Natacha Fialin.
L’aspect tout-terrain plaît. Nul besoin de trouver une surface lisse où planter sa tente. On peut aussi bien dormir en bordure d’un chemin forestier en terre publique que dans une halte VR, en outre des sites de camping traditionnel. La tente de toit devient un équipement en vogue chez les expéditionnistes, ces aventuriers qui partent à l’aventure en autonomie hors des circuits routiers.
Parmi les autres avantages cités par les campeurs de toit, on parle d’une rapidité de montage et de démontage de la tente ; du confort supérieur conféré par un vrai matelas ; d’une meilleure opacité de la toile, ce qui permet de faire la grasse matinée dans la noirceur ; de la libération du coffre de la voiture en transportant tente, sacs de couchage et matelas sur le toit ; et d’un lit suspendu éloigné des moufettes, ratons laveurs et insectes qui perturbent souvent le sommeil des campeurs.
« Une tente de toit se déploie en 5 minutes et se replie en 10 minutes », affirme Steve Tremblay, un fan de cet équipement depuis près de 10 ans. « Quand on découvre cette manière de camper, on ne retourne jamais en arrière », déclare ce père de famille. L’ajout de divers accessoires, comme des auvents et des annexes, permet de transformer une voiture en super machine de glamping.
Des campeurs apprécient également l’aspect ludique de cette façon de camper. « Ça leur rappelle leur enfance, quand ils jouaient dans les cabanes dans les arbres », dit William Daigneault, de Wildtek. Beaucoup s’émerveillent du panorama en hauteur. « Je me souviens d’une nuitée en camping aux Bergeronnes, sur la Côte-Nord, où j’observais les baleines dans l’estuaire du Saint-Laurent tout en étant perchée dans mon lit, spectacle que j’aurais raté dans une tente de sol », se remémore Alexandra Boily, qui effectue quatre ou cinq voyages par année.
Pas que des avantages
Ce type d’abri comporte des inconvénients. Le premier saute évidemment aux yeux : la tente ouverte force à l’immobilisation de la voiture. Pas tellement pratique dans un endroit où les sentiers de randonnée ou la plage ne se situent pas à portée de marche. « Ça enlève beaucoup la flexibilité. On ne peut pas quitter le camping en quelques minutes », atteste Rémi Vrand. Souvent, aussi, il faut manipuler cet équipement à bout de bras, ce qui complique la vie aux gens de petite taille.
Lourdes – pesant entre 45 et 80 kg – et complexes à fixer sur la voiture, ces tentes ont tendance à rester à demeure sur le toit pendant la saison de camping. « Leur présence réduit l’aérodynamisme du véhicule, ayant comme conséquence d’augmenter notablement la consommation d’essence », met en garde Steve Tremblay. Quant aux voitures électriques, c’est leur autonomie qui en prend pour son rhume. En hiver, l’entreposage de la tente nécessite un espace de rangement approprié. Pas pratique si on vit en appartement.
Dormir comme un singe, à au moins 2 m du sol, en montant dans une échelle pour accéder à la couchette, n’est pas à la portée du premier campeur. Entrer et sortir de l’abri exigent une bonne capacité de contorsion ; ce n’est sûrement pas évident pour les Jean-Sébastien Girard de ce monde qui font trois pipis par nuit. Et si on campe avec un chien, on doit le hisser dans l’abri à bout de bras. « Si on a un bichon maltais, c’est facile à faire, mais c’est une autre histoire avec un labrador », rigole Steve Tremblay.
Afin de pallier ces désavantages, certains campeurs de toiture fixent leur tente sur une remorque de camping. Steve Tremblay a d’ailleurs fondé Remorques Prospecteur en visant spécifiquement ce marché en développement, tout comme William Daigneault, de Wildtek. La remorque redonne la liberté de mouvement à la voiture une fois installée au camping. « Autre avantage de la remorque : la tente de toit sera moins haute que sur le toit d’un véhicule, facilitant son accès », souligne Steve Tremblay. La combinaison remorque de camping et tente de toit devient une solution confort beaucoup plus légère que la tente-roulotte. « Résultat : on peut la tracter avec n’importe quelle voiture », indique le fondateur de Wildtek. Et c’est nettement plus instagrammable, par-dessus le marché !
Attention à la compatibilité
Les tentes de toit peuvent coiffer autant une voiture compacte qu’un gros véhicule utilitaire sport (VUS), à condition que le véhicule soit équipé de rails de série, certifie Pierre Simard, représentant de Thule Canada. « Et même si votre voiture possède un support d’origine, vous devez toujours vérifier sa compatibilité avec une tente de toit dans le manuel du propriétaire. Il se peut que le support ne les accepte pas », explique-t-il.
À noter que les structures d’un toit vierge ne sont généralement pas conçues pour supporter une tente de toit, selon le représentant de Thule. Toutefois, beaucoup de gens y installent néanmoins leur tente de toit sur les systèmes de support qu’ils ajoutent après coup. Est-ce recommandable ? « Il faut toujours se fier aux recommandations du manufacturier d’auto », insiste William Daigneault. Avant de s’acheter une tente de toit, on prend garde et on contre-vérifie.
Les fabricants comme Thule disposent de toute l’information en ligne sur la comptabilité de leurs tentes en lien avec le système de rails de votre véhicule. On consulte également le manuel du propriétaire de son véhicule afin de prendre en considération la charge dynamique (poids maximal autorisé sur le toit du véhicule pendant la conduite) et la charge statique (lorsque le véhicule est arrêté, en calculant le poids de la tente et de ses utilisateurs). En ce qui concerne les camionnettes et les Jeep, ils existent des supports universels qui permettent d’attacher une tente de toit.
La question qui tue, maintenant : campeur et campeuse, êtes-vous prêts à virer su’l’top ?
Les deux types de tentes de toit
À coquille souple
Ces tentes recouvertes d’une housse s’ouvrent en deux sections : une partie sur le toit du véhicule, la seconde en porte-à-faux, soutenue par une échelle ancrée au sol. Elles sont plus légères, plus grandes et moins chères que les tentes à coquille rigide.
De 1700 à 4000 $
À coquille rigide
Ressemblant à une boîte de toit, ces tentes s’ouvrent en créant un espace intérieur protégé par des parois latérales. Leur grandeur ne dépasse pas le toit du véhicule. Elles s’ouvrent et se referment plus rapidement, mais sont plus lourdes et plus onéreuses que les tentes à coquille souple.
De 3000 à 4000 $
Les pour et les contre de la tente de toit
POUR
-Permet de camper n’importe où peu importe la condition du sol.
-Se déploie rapidement.
-Intègre un matelas confortable.
-Garde les dormeurs loin de l’humidité du sol.
-Assure une meilleure ventilation, vu la hauteur.
-Met les roupilleurs à l’écart de la faune terrestre.
-Donne accès à un panorama en hauteur.
-Libère du rangement dans le coffre.
-Est plus abordable qu’un véhicule motorisé.
CONTRE
-Ne convient pas à tous les véhicules.
-Accroît la consommation d’énergie du véhicule.
-Immobilise le véhicule au camping une fois ouverte.
-Plus onéreuse que le camping traditionnel.
-Exige une bonne souplesse pour accéder à l’abri et en sortir.





