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Lumière d’automne sur Percé

Amoureux de lumière d’automne? Rendez-vous à Percé pour les plus belles randonnées.

Une passion qui coule de source

  • crédit the.racers.edge (Instagram)/ Racer's Edge (Facebook)

Un duo bien spécial s’amène aux prochains Championnats du monde de kayak freestyle : une mère et son fils de 14 ans se rendront au Royaume-Uni pour défendre l’honneur canadien dans cette discipline nautique hautement acrobatique.

« Quand j’ai arrêté le kayak il y a 15 ans, pour moi, c’était terminé pour toujours, raconte l’ex-championne canadienne de kayak freestyle Julie-Élise Dion. Ce n’est pas un sport auquel je voulais nécessairement initier mes enfants non plus. C’est extrême, dangereux. J’ai des amis qui sont décédés en pratiquant le kayak de descente. » Comme quoi on ne doit jamais dire jamais : non seulement l’athlète a repris le collier en 2020, mais elle a également transmis sa passion à son garçon, Mathis, qui est désormais le plus jeune membre de l’équipe canadienne de kayak freestyle.

La feuille de route sportive de Julie-Élise Dion est bien garnie. Au tournant des années 2000, la jeune femme originaire de la Montérégie est devenue la deuxième plus grande kayakiste du monde. Elle s’est également hissée sur de nombreux podiums européens en plus de rafler la 1re position aux pré-mondiaux d’Espagne à la même époque. L’édition de juin 2000 du magazine Géo Plein Air qualifiait même cette téméraire athlète de « cow-girl des eaux vives ».

En 2007, Julie-Élise Dion accroche ses pagaies dorées pour voguer vers un nouveau rêve, la maternité. Il faudra attendre le déclenchement d’une crise sanitaire sans précédent pour que la kayakiste dépoussière ses embarcations et entraîne son fils, un hockeyeur de niveau compétitif complètement démoralisé au printemps 2020 par la fermeture soudaine des arénas, dans l’aventure du kayak freestyle. « Quand j’ai vu l’état quasi dépressif de Mathis [au début de la pandémie], je me suis dit : il faut faire de quoi ! Mais dans ma tête, le kayak, c’était temporaire. Le hockey allait reprendre », se remémore la maman.

Dès sa première sortie (à vie) en kayak, l’adolescent prouve qu’il est bien le fils de mère. Il parvient à surfer sur une vague sur la rivière Saint-Charles, à Salaberry-de-Valleyfield, sous les encouragements de sa génitrice. « C’est sûr que j’ai eu peur de chavirer la première fois, mais c’était aussi vraiment le fun », s’exclame Mathis depuis la cuisine de la maison familiale, à Boucherville. Sa mère hoche la tête avec fierté : « J’étais certaine que j’allais devoir le ramasser, mais non : il a surfé sur la vague, et ç’a été l’euphorie ! C’est à ce moment-là qu’il a eu la piqûre. »

 

Acrobaties en eaux vives

Le kayak freestyle consiste à effectuer diverses figures acrobatiques avec une très courte embarcation dans des vagues ou encore des rouleaux. Lors d’une compétition, les athlètes disposent de 45 secondes pour enchaîner un maximum de vrilles, rotations et autres pirouettes spectaculaires. Le style des compétiteurs vaut son pesant d’or : les combinaisons de mouvements, la prise de risques et la réception soignée rapportent gros durant les épreuves.

Certaines figures permettent même au kayakiste et à son embarcation de se propulser en dehors de la rivière déchaînée. « Le air, ça n’existait pas à mon époque. Le sport et les mouvements ont beaucoup changé. Les kayaks étaient plus longs et plus gros, donc ils touchaient toujours à l’eau », observe Julie-Élise Dion. On comprend mieux pourquoi la discipline se nommait anciennement le kayak « rodéo ».

Si le retour en selle de l’ancienne championne canadienne est plus difficile, la progression de Mathis se révèle « fulgurante », confie la quinquagénaire. À partir de mai 2021, le duo mère-fils défie les cours d’eau cinq ou six fois par semaine, pour un total d’environ 120 jours d’entrainement durant la saison estivale.

Leur objectif est clair : participer à la Sélective canadienne de kayak freestyle en août 2021. « Quand nous avons commencé à maîtriser des mouvements payants (loop, space godzilla), je me suis dit que nous avions une chance de nous classer à la sélective », se rappelle Julie-Élise Dion. La maman avait vu juste : son fils et elle grimpent tous deux sur la troisième marche du podium de l’épreuve, l’un dans la catégorie junior, l’autre dans la catégorie senior. Cette performance leur garantit une place au sein de l’équipe canadienne de kayak freestyle et la possibilité de représenter le pays aux Championnats mondiaux de Nottingham, au Royaume-Uni, en juin 2022. « J’étais vraiment fier d’avoir réussi tous mes mouvements ! » lance Mathis en souriant. À tout seigneur tout honneur : les prouesses du plus jeune athlète de la compétition – il était âgé d’à peine 13 ans lors de l’épreuve de sélection – lui ont permis de rejoindre les rangs de l’équipe de pagayeurs élites junior du commanditaire américain Jackson Kayak Little Shredder.

crédit Jocelyn Guèvremont

Collaborateurs ou compétiteurs ?

La question plane dans l’air depuis le début de cette fascinante entrevue : sur l’eau, la dynamique mère-fils est-elle de l’ordre de la compétition ou de la collaboration ? « Compétition ! » répond à l’unisson et sans hésitation le duo familial. « Ça me fâche lorsque Mathis réussit un move avant moi », confirme Julie-Élise en riant. « Moi aussi ! renchérit Mathis. Même qu’à la fin de nos entrainements, nous nous lançons des défis pour aller plus loin, comme si nous étions dans une compétition. »

Celle qui est également enseignante avoue que lorsque son fils retourne sur les bancs d’école en septembre, elle en profite pour sauter dans son kayak en après-midi, histoire d’arriver à maîtriser certaines figures avant son héritier. À l’évocation de cette anecdote, le jeune homme secoue la tête en souriant et roule des yeux.

Malgré quelques « accrochages » qui surviennent parfois sur l’eau – « Maman, tu m’as fait rater ma vague ! » illustre l’adolescent en rageant faussement, – pour rien au monde ces deux-là ne changeraient de partenaire d’entrainement. Ce qu’ils préfèrent ? Obtenir une rétroaction instantanée de la part de l’autre. « À l’époque, ne pas avoir un proche qui faisait ça pour moi m’a beaucoup manqué », souligne Julie-Élise Dion.

L’athlète chevronnée estime que c’est grâce à cette saine compétition, et surtout grâce à son fils, qu’elle a persévéré dans ce sport qu’elle pratiquait autrefois à un haut niveau. « J’ai tellement trouvé ça difficile, au début, que si Mathis n’avait pas aimé ça et qu’il ne m’avait pas incitée à continuer, j’aurais rangé les kayaks après 10 minutes. […] J’ai beau être une ancienne championne, je suis aussi une femme de 50 ans qui ne faisait plus de sport depuis dix ans. Sur la rivière, on me prenait pour une débutante. C’était dur pour l’orgueil. Heureusement, j’ai progressé au même rythme que Mathis. Ça m’a permis de renouer avec mon sport. »

Parions que la doyenne et le cadet de l’équipe canadienne de kayak freestyle n’ont pas fini de faire des vagues.

 

Le kayak freestyle en trois rivières coup de cœur pour Julie-Élise et Mathis

  1. La rivière Saint-Charles, à Salaberry-de-Valleyfield, pour son côté accessible et sécuritaire
  2. La rivière des Outaouais, pour ses nombreux playspots du côté ontarien.
  3. Les rapides de Lachine, à Montréal, pour le rouleau de niveau expert