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Débats

Comment Instagram nuit au plein air

18-01-2019
Instagram plein air

Joli paysage… sauf s’il est caché par les 4000 randonneurs qui le visitent chaque jour. PHOTO : U.S. NATIONAL PARKS

On n’y pense pas trop. On se dit: « Ouah! cet égoportrait devant ce paysage classé dans le patrimoine mondial de l’UNESCO fera un excellent arrièreplan sur mon profil Facebook ! » On prend le cliché, puis on continue la randonnée vers de nouvelles destinations.

Vous et moi, on fait probablement la même chose, aux mêmes endroits sur les sentiers. Et soudain, parce que d’autres ont vu ces images qu’on partage sur Facebook et Instagram, nous voilà des dizaines de milliers de personnes à visiter ainsi tous les jours des lieux jusque-là méconnus et reculés. Il y a de quoi faire saliver les entrepreneurs, et même les organismes de protection de la nature. On construit alors des infrastructures, on pave un énorme stationnement à proximité et, en un clic, on vient de gâcher ce qui, à la base, devait être un paradis secret pour une poignée de randonneurs.

Évidemment, les médias sociaux ont le dos large. On les blâme pour tout et n’importe quoi. Mais quand les dirigeants installent le Wi-Fi dans leurs parcs, on imagine que c’est en partie pour faciliter le partage de photos avec amis et famille sur les réseaux. Ça a une incidence directe qui mérite réflexion.

Cette réflexion a présentement lieu aux États-Unis, à propos du parc national Glen Canyon, en Arizona. Au milieu du parc se trouve le coude Horseshoe Bend du fleuve Colorado, qui, ça ne fait aucun doute, est particulièrement photogénique. Conséquence du mot-clic #horseshoebend – immensément plus populaire sur Instagram que #glencanyon : le site, qui n’était auparavant visité que par quelques randonneurs annuellement, est aujourd’hui la destination officielle de 4000 personnes chaque jour

Service des parcs nationaux américain, dont le mandat était jusque-là de «conserver le paysage et de le laisser intact pour les générations à venir», qui a vu son budget lui permettant d’assurer cette mission amputé de 11 milliards $ US en 2017. Parcs Canada n’a pas le même problème, heureusement, mais cette volonté de donner accès au plus grand nombre dans tous les plus jolis coins de la nature n’est pas exclusive à l’Oncle Sam, bien au contraire.

Naturellement, faire la promotion du plein air est un exercice d’équilibriste, entre protection et promotion. Alors que ce dernier volet semble prendre de plus en plus de place dans ce domaine, il serait peut-être bon de ne pas trop négliger le premier…

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