Non, vous ne pouvez pas tout avoir

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On dit parfois que le sport est un mode de vie à part entière, sans toutefois mentionner qu’il implique aussi un coût de renonciation.

 « Ton travail nuit à ton entrainement », ai-je coutume de lancer à l’athlète du dimanche que le boulot a gardé éloigné de ses chaussures de sport. Le trait d’esprit est prononcé sur le ton de la blague, mais, sur le fond, il est d’une cinglante vérité. À moins de gagner sa vie en suant, l’entrainement est rarement la principale source de stress avec laquelle composer. En outre du travail, la famille, les études et le quotidien sont autant de facteurs de stress qui interfèrent avec la (re)mise en forme.

La littérature scientifique est claire : plus vous êtes stressé, moins votre récupération sera bonne. Certains chercheurs ont suivi des amateurs de sports d’endurance pendant une saison complète, paramétrant au passage leur stress perçu de même que celui relié à l’entrainement et aux compétitions. Résultat : lorsque le stress mental augmente, les participants sont plus susceptibles de se retrouver en surentrainement, et ce, même si l’entrainement (c’est-à-dire le stress physique) reste constant.

Tout cela se répercute in fine sur les performances. Pour une même charge d’entrainement, les personnes les moins stressées vont assurément courir plus vite, brasser plus de fonte et grimper les montagnes plus facilement que celles accablées par mille et un soucis. Idem pour la santé physique ; parce qu’ils sont plus tendus, distraits et insensibles aux signaux que leur corps envoie, les individus stressés tendent à se blesser davantage, donc à rester sur le carreau plus souvent qu’à leur tour.

 Ralentir

Le responsable dans toute cette histoire est votre système nerveux. Devant un agent physique ou psychologique agressant, celui-ci déclenche une cascade de réponses physiques pour faire face à la situation. Cette réaction de lutte ou de fuite – ainsi nommée – est très utile dans la mesure où elle n’est pas permanente. Hélas, c’est souvent le contraite qui arrive à l’Homo modernus pris dans le trafic. Le cas échéant, bonne chance pour bien récupérer à l’aide d’un simple rouleau en mousse…

Les actions à privilégier sont d’un tout autre ordre. Songez plutôt à cultiver l’art de la sieste, à sortir dans la nature, à nourrir votre gratitude en aidant les gens dans le besoin, voire à pratiquer la méditation de pleine conscience. Pensez aussi à passer du (bon) temps avec les personnes que vous aimez, autour d’un café ou d’une bière. Le soutien social agit en effet comme un tampon sur les facteurs de stress du quotidien. L’idée, en somme, est de diminuer votre réactivité au stress.

Plus simple à dire qu’à faire, direz-vous ? On touche ici au nœud du problème : ralentir est une décision radicale que bien peu d’entre nous sont prêts à envisager, encore moins à mettre en œuvre. Parce que cela confronte à l’absurdité de la quête sportive, cette fuite en avant. En lieu et place de ces questions métaphysiques, plusieurs – et j’en suis – préfèrent continuer à nier l’évidence pour mieux s’étourdir. Mais, mauvaise nouvelle : l’athlète du dimanche ne peut pas tout avoir.

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La règle des 20 minutes

Ça nous est tous déjà arrivé : après une journée de dur labeur, la flemme nous gagne. L’appel du divan, irrésistible, met en péril cet entrainement par intervalles qu’on sait pourtant nécessaire. Rassurez-vous, le phénomène est normal. Une bonne manière de le court-circuiter est d’abord de diminuer ses attentes, puis de suivre la règle des 20 minutes. Cette dernière stipule que vous avez tout à fait le droit de rebrousser chemin après ce délai si vous en ressentez encore le désir. En vérité, ce sera rarissime. La plupart du temps, vous vous surprendrez à éprouver du bien-être et du plaisir. Il se peut même que l’envie de réaliser ces intervalles vous prenne, en fin de compte…