En intimité avec le Saint-Laurent

  • Photos Xavier Bonacorsi

Du kayak de mer, le fleuve Saint-Laurent, ses mammifères marins et ses lieux secrets seulement accessibles par la mer, le tout en formule tout inclus avec Mer et Monde Écotours… Notre collaborateur est revenu émerveillé.

Véritable colonne vertébrale du Québec (tant géographique, économique, historique que touristique), le Saint-Laurent est pour la plupart des Québécois bien plus qu’un simple cours d’eau. Près de 5 millions d’entre nous vivent à moins de 10 km de ses rives, mais sa perception diffère énormément d’une région à l’autre, en raison de configuration. À Montréal, par exemple, il n’est souvent que « le fleuve », tandis qu’en Gaspésie on l’appelle affectueusement et avec déférence « la mer », reflétant sa vastitude et son fort caractère maritime, voire océanique.

Et quand on parle de sa biodiversité, les chiffres méconnus surprennent, surtout aux yeux de ceux qui ne le connaissent pas de près : pas moins de 200 espèces de poissons, 230 espèces d’oiseaux nicheurs, 37 espèces d’amphibiens et reptiles, 2200 espèces d’invertébrés et 19 espèces de mammifères marins, dont 13 baleines – ces fameuses baleines qui attirent sur le littoral de la Haute-Côte-Nord tant de visiteurs-observateurs du monde entier, et en particulier de France. Nos cousins d’outremer se sont vraiment pris d’affection pour le petit village de Tadoussac !

Sans doute une des meilleures façons de découvrir le Saint-Laurent et d’admirer sa faune maritime est-elle à fleur d’eau, en kayak de mer. C’est d’ailleurs ce que j’ai eu l’occasion de faire avec Mer et Monde Écotours, durant une semaine à la toute fin de l’été dernier. Fondée en 1991, l’entreprise écotouristique appartient depuis 2018 à la communauté de la Première Nation des Innus d’Essipit, sise tout près de la municipalité des Escoumins. Si on ne voit pas vraiment d’éléments nous rappelant cette présence autochtone au sein de l’entreprise, on perçoit dans le discours des guides son influence significative quant aux valeurs de respect et de protection de l’environnement.

Quant aux installations de Mer et Monde Écotours, elles se situent à une dizaine de kilomètres à l’ouest de la communauté, en empruntant la route 138. L’entreprise dispose d’hébergements variés, dont en camping, en refuges rustiques et en prêts-à-camper, et se spécialise dans les excursions guidées en kayak de mer, qui durent de quelques heures à deux jours. Afin d’élargir sa clientèle et d’attirer des pagayeurs plus expérimentés, l’équipe de guides a développé une offre d’expédition de cinq jours en autonomie, dont l’itinéraire d’environ 70 km va de Saint-Siméon jusqu’au site de Mer et Monde Écotours. Avant de la proposer au grand public, l’entreprise a voulu la tester auprès d’un groupe de pleinairistes aguerris et de guides professionnels d’aventure. Nous étions donc une dizaine à prendre part à cette « version bêta » de l’excursion à formule tout inclus dont l’objectif principal est la découverte du fleuve Saint-Laurent et de ses mammifères marins.

La veille du départ, nous étions conviés à un souper-réunion sur le site de Mer et Monde Écotours afin de faire connaissance avec nos guides et nos partenaires de voyage ainsi que pour prendre possession du matériel fourni (tente, sac de couchage, kayak, wetsuit, et tout le reste…). Nous n’avions eu qu’à emporter nos vêtements personnels: même les ustensiles et couverts étaient fournis. C’est également à ce moment que nous avons goûté au type de copieux repas (de haut niveau culinaire) qui allait cajoler nos papilles gustatives et nous en mettre plein la panse durant cinq jours…

C’est un départ

Après une nuit sous la tente, bercés par la douce mélodie du ressac des vagues et du chant de quelques baleines, nous sommes montés dans un minibus qui nous a emmenés à notre point de départ, la plage de Saint-Siméon. Une fois les consignes de sécurité rappelées, l’itinéraire détaillé et les kayaks soigneusement chargés (nous emportions deux jours de vivres gastronomiques et d’eau potable pour 12 personnes – un ravitaillement était prévu à mi-parcours), nous avons pris place dans nos embarcations en direction de notre premier campement : la plage de la pointe de l’Anse de Sable, tout près du hameau de Baie-des-Rochers. À mi-chemin de cette première journée de 14 km, nous avons touché terre à l’anse à Boudin pour le repas du midi, sur une charmante petite plage déserte seulement accessible par voie fluviale.

La planification quotidienne de l’expédition allait ainsi : de deux à quatre heures de kayak, un arrêt dans un lieu pittoresque pour dîner, et encore de deux à quatre heures de kayak afin d’atteindre le campement. Durant nos cinq journées sur l’eau, les dieux nous ont bénis par un temps radieux : du soleil sans discontinuer, un très faible vent et pour ainsi dire aucune vague. Nous progressions donc fort rapidement, sans effort ou presque. En outre des dieux, accordons également le crédit à nos guides, qui avaient méticuleusement étudié les tables des marées dans le but de donner un bon coup de pouce à nos coups de pagaie.

Disposant dès lors de beaucoup de temps pour franchir les distances quotidiennes, nos guides pouvaient prendre le temps de partager leurs connaissances du fleuve Saint-Laurent et de sa faune aquatique. Leur passion contagieuse rendait notre initiation aux souffles de ce grand fleuve et à ses mammifères marins des plus palpitantes.

Le campement de notre deuxième journée (de 18 km) était tout près de la pointe aux Alouettes, après une halte de mi-journée sur la plage isolée de l’île du Chafaud aux Basques, de splendides anses à l’abri des foules judicieusement sélectionnées par nos guides. La troisième journée (6 km) a été la plus courte du programme, car nous avions rendez-vous au Centre d’interprétation des mammifères marins (CIMM) – qui s’est avéré fort instructif et tout à fait pertinent dans le cadre de notre expédition – de même qu’à la Microbrasserie Tadoussac. Elle s’est terminée par un souper festif au Camping Tadoussac, où nous avons été choyés par une confortable nuitée dans les prêts-à-camper. Malgré une journée brève sur l’eau, traverser le fjord du Saguenay en zieutant les distinctives crêtes dorsales blanches des bélugas a été mémorable.

Les deux derniers jours (de 15 km et 13 km) nous ont offert des vues privilégiéesune perspective privilégiée sur les dunes de Tadoussac, une superbe nuit de camping à la pointe Sauvage (qui porte très bien son nom), d’agréables passages un peu plus sportifs dans certains remous ainsi qu’une infinité d’occasions d’observer baleines, phoques et oiseaux nicheurs. En tant que total néophyte en ornithologie et cétologie, j’ai appris il y avait des pingouins – le petit pingouin ! – et que des épaulards nous rendaient parfois visite !

David Bédard, de Mer et Monde Écotours

Une fois par an

Cette nouvelle activité de Mer et Monde Écotours fera de nombreux déçus… car sans doute ne sera-t-elle offerte qu’une seule fois par saison. La planifier en profitant au maximum des marées afin qu’il n’y ait pas de départ ou d’arrivée à des heures impossibles rend la fenêtre de possibilités très mince. Au moment d’écrire ces lignes, les dates de l’édition 2025 n’étaient toujours pas annoncées. Les intéressés doivent manifester leur intérêt au plus tôt, car les places seront limitées et se rempliront en un rien de temps. Il s’agit d’une occasion unique d’explorer le fleuve Saint-Laurent. Une précaution à prendre, cependant : préparer un jeûne d’amaigrissement au retour. Les repas de l’expédition ont été si copieux et si délicieux qu’au lieu de rentrer d’une semaine en nature avec quelques kilos en moins (comme cela m’arrive normalement), c’est avec une résolution de perte de poids que j’en suis revenu !

Explorer en kayak de mer

Avec la popularité sans cesse grandissante du plein air au Québec (de même que partout ailleurs sur la planète), l’occasion de se sentir seul au monde en nature se raréfie. Les parcs connaissent un achalandage croissant et on y trouve toujours davantage de traces de la civilisation, dans le sens où les normes de sécurité et de contrôle restreignent de beaucoup les sentiments d’aventure, de liberté et de spontanéité propres à la nature sauvage. Le kayak de mer demeure l’une des dernières façons de sortir en nature en se sentant en pleine aventure. Les lacs et les rivières reculés recèlent encore des coins isolés loin de la cohue, seulement atteignables par embarcation. Et quant au Saint-Laurent, il est indéniable que d’y pagayer est la manière la plus intime de le laisser se dévoiler.

En bref

Une expédition de cinq jours en kayak de mer, en formule tout inclus, à la découverte du fleuve Saint-Laurent et de sa faune maritime, avec Mer et Monde Écotours.

ATTRAIT MAJEUR

De magnifiques baies à l’abri des foules, où casser la croûte et passer la nuit.

COUP DE CŒUR

La douche dans une cascade à la pointe Sauvage, dans la baie des Petites Bergeronnes.

vacancesessipit.com/kayak-de-mer

Notre collaborateur a été invité par Mer et Monde Écotours.