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La face cachée du mont Bigelow

27-08-2020

À moins de 100 km de la frontière canadienne s’élève un des secrets les mieux gardés du Maine en matière de randonnée pédestre : le mont Bigelow. En dérogeant de sa boucle la plus fréquentée, on profite, en solitaire ou presque, de cette montagne de 1263 m d’altitude constituée d’une longue crête rocheuse aux panoramas spectaculaires.

Le soleil a dépassé son zénith depuis deux bonnes heures lorsque nous atteignons enfin le stationnement de Stratton Brook Pond, point d’entrée de notre périple de deux jours. Puisque notre aventure consiste en un itinéraire linéaire de 20 km vers l’est, l’usage d’un second véhicule est requis afin de rallier la sortie à la ligne de départ. Nous avons donc écoulé la matinée à effectuer un aller-retour sur le Carriage Road, un chemin davantage conçu pour les quads que les automobiles, dans le but de déposer notre voiture au Little Bigelow Gravel Pit. Jouer au roi du monde en fuyant les foules se mérite.

Histoire de sortir des sentiers déjà peu battus de la Bigelow Preserve, nous nous sommes dirigés vers l’est du territoire afin d’explorer le méconnu secteur Little Bigelow, lequel n’est foulé que par les thru-hikers, ces randonneurs qui parcourent la mythique Appalachian Trail dans sa totalité. Rares sont les excursionnistes qui s’engagent dans cette section, préférant plutôt braver la populaire boucle formée par les chemins Fire Warden et Horns Pond, à l’ouest.

Cette logistique plus complexe qu’à l’habitude en vaut largement le coup. En 30 heures de séjour en forêt, nous n’avons croisé qu’une poignée de randonneurs sur ce territoire sauvage de 36 000 acres, soit quelques Américains en solo ou en duo ainsi qu’un groupe de marcheurs québécois du à la retraite. Au camping du col Avery, où nous avons passé la nuit à 1200 m d’altitude, il n’y avait pas âme qui vive.

Même son de cloche du côté de West Peak, le plus haut des sept pics qui composent Bigelow et que nous avons rejoint à la fin de la première journée. C’est dans un état de contemplation ininterrompu que nous nous sommes délectés des paysages offerts par ce sommet dénudé. À droite, le lac Flagstaff, quatrième plus grande étendue d’eau douce du Maine, s’enroulait majestueusement à nos pieds, tandis qu’à gauche, les pistes de ski de la station Sugarloaf et les crêtes avoisinantes perçaient la ligne d’horizon. Le tout sur fond de coucher de soleil dont les teintes orangées ont enflammé le comté de Franklin.

Sous le radar

Est-ce l’air frais, voire glacial à la tombée du jour, qui garde les amateurs de randonnée à distance en ce mois d’octobre ? Marie-Claire Pelletier, dont le groupe fréquente le mont Bigelow assidûment chaque année depuis sept ans, croit plutôt que la montagne échappe simplement à l’enthousiasme des pleinairistes. « À Bigelow, nous rencontrons 7 ou 8 personnes durant notre sortie, contrairement à 25 et plus lorsque nous allons dans les populaires montagnes du New Hampshire et du Vermont », note la randonneuse, aussi présidente des Sentiers de l’Estrie. Autre explication : la réserve est très isolée des grands centres urbains. « À l’exception de Katahdin, le Maine en général demeure moins connu que les États autour », affirme Claude Charpentier, conjoint de Marie-Claire Pelletier.

Entre mai et octobre 2018, un peu plus de 2500 randonneurs ont été recensés sur le territoire de la Bigelow Preserve par le ridgerunner, un employé posté au populaire camping Horns Pond et chargé d’éduquer et de comptabiliser les marcheurs. Ce nombre est bien en deçà des 68 000 visiteurs ayant franchi l’accueil du Baxter State Park, lequel héberge le mythique mont Katahdin, pour la même période, selon les rapports fournis par le parc.

Avec un ratio de 1 visiteur pour 25, la coordonnatrice du Maine Appalachian Trail Club (MATC), Holly Sheehan, admet que « Bigelow passe sous le radar. Katahdin est une montagne épique, sur la liste de nombreux randonneurs. Je crois que cela a un lien avec le marketing qui entoure cette montagne. Katahdin constitue le terminus nordique de l’Appalachian Trail (AT). Il y a beaucoup de publicité qui est générée autour de cet aspect ».

Bigelow ne possède peut-être pas l’envergure de Katahdin et de son réputé Knife Edge, mais la qualité de son territoire lui a tout de même valu de voir le jour à la suite d’un référendum tenu auprès des électeurs du Maine en 1976. Cette mobilisation citoyenne visait à empêcher le milieu naturel de se transformer en un Aspen de l’Est, en référence à la célèbre station de ski américaine. Dans le but d’assurer la pérennité de ce joyau environnemental, Bigelow est passé aux mains de l’État et s’est vu accoler la désignation de « Preserve ». Il s’agit d’un territoire protégé où seules les activités de plein air et la coupe de bois encadrée sont permises.

Seuls au monde 

Le premier chemin que nous empruntons pour gravir la montagne, le Fire Warden, porte bien son nom. Il met le feu à nos muscles trop peu réchauffés en ce début de parcours. Les 7 km de ce sentier proposent une ascension agréable mais constante, avant de se métamorphoser en une pente abrupte jonchée de marches rocheuses à la fin.

Cette route représente l’accès le plus direct permettant de rejoindre le col Avery et le camping du même nom, situé à mi-chemin entre les deux cimes les plus élevées de la réserve : Avery Peak et West Peak. Nous déposons nos lourds sacs à dos sur la plateforme qui abritera notre tente et repartons de plus belle pour un court aller-retour vers ce dernier. Sur le septième plus haut sommet du Maine, nos mollets et nos quadriceps peinent à se décrisper des efforts fournis durant notre montée soutenue.

Le réveil est brutal. Le ciel se déverse sur nos têtes et l’humidité recouvre la forêt de ses brumes impénétrables. Adieu points de vue inoubliables ! Le cœur gros, nous remballons notre matériel et reprenons la grimpette en suivant les marqueurs blancs caractéristiques de l’AT. La moitié des 50 km de chemin pédestre qui sillonnent Bigelow appartiennent à la mythique Appalachian Trail.

Après avoir bravé Avery Peak, qui figure aussi parmi les plus hauts sommets du Maine, nous attaquons la crête du mont Little Bigelow. S’étendant sur un peu moins de 3 km, ce sentier zigzague au travers de la dense forêt d’épinettes, laquelle forme un tapis drôlement confortable pour les articulations.

À l’occasion, la végétation s’éclipse pour faire place à de magnifiques belvédères. Du moins, c’est ce que nous imaginons alors que nous naviguons dans un nuage opaque. Si les vues ne sont pas au rendez-vous, la quiétude y est. Il n’y a rien de plus agréable que de s’imprégner de la nature sans qu’aucun autre randonneur vienne rompre cette symbiose.

Une fois le sommet de Little Bigelow conquis, la suite du sentier constitue une douce descente de 5 km truffés de clairières et de monolithes rocheux envahis par la mousse verdâtre. Même si elle enregistre deux fois plus de kilométrage au compteur que la précédente, cette seconde journée se révèle moins ardue et notre progression s’effectue rondement. Nous émergeons dans le stationnement du Little Bigelow Gravel Pit après sept heures de marche.

Ne reste plus qu’à affronter à nouveau le chemin cahoteux permettant de rejoindre la route principale et l’autre véhicule. Au retour, nous songeons que, si la réserve de Bigelow demeure un secret bien gardé, son terrain de jeu enviable ne tardera pas à la transformer en un secret de Polichinelle.

 

EN BREF

La Bigelow Preserve renferme une étonnante montagne composée de six sommets, sur laquelle serpentent près de 50 km de sentiers variés. Des campings et des abris trois faces permettent d’en jouir pleinement.

Attrait majeur

Une nuit au sommet du mont Bigelow, sur le col Avery.

Coup de cœur

Après avoir parcouru la crête qui relie les deux plus hauts sommets de la réserve, West et Avery, pouvoir profiter d’une vue époustouflante sur le lac Flagstaff.

maine.gov/bigelowpreserve

 

 

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