PRÉSENTÉ PAR RÉSEAU ZECS
Destinations | Québec

Passion plein air dans les zecs de la Mauricie

Parmi les 63 zecs du Québec, onze occupent les grands espaces forestiers de la Mauricie. C’est le temps de les explorer.

PRÉSENTÉ PAR TOURISME LOTBINIÈRE
Destinations | Québec

FASCINANTE LOTBINIÈRE 

Actifs ou contemplatifs, bouclez vos ceintures direction Lotbinière.

La Long Trail du Vermont sous la pluie

  • Crédit 4000 hikes

Un peu plus d’un mois après son retour de la Long Trail, au Vermont, notre collaboratrice a gardé la sensation des pieds humides – et la satisfaction d’avoir grimpé 20 km de dénivelé positif – dans chacun des souvenirs qu’elle a rapportés de ces 22 précieux jours sur ce sentier.

Au sommet du mont Stratton, au Vermont, mon copain et moi mangeons un saucisson après avoir grimpé la tour d’observation. Nous avons fait de la forêt notre maison depuis quelques jours déjà, mais nous dégustons notre première vue à 360 degrés. Cette montagne, la plus haute du sud de l’État (1181 m), nous offre un paysage vallonné imprenable. C’est ce même tableau qui, en 1909, a charmé un certain James P. Taylor et lui a donné des idées de grandeur : un sentier qui relie les montagnes Vertes du Vermont sur 440 km.

Un an plus tard, le projet rassemblait 23 personnes, prêtes à mettre la main à la pâte. Le Green Mountain Club (GMC) était né et, avec lui, le premier sentier continu de longue randonnée aux États-Unis. On l’appelle… la Long Trail. Elle a été complétée en 1930 et nous sommes aujourd’hui de 250 à 400 personnes à la parcourir en entier chaque année.

Crédit Vermont Tourism

Près de nous, trois autres randonneuses prennent une pause. Comme la plupart des gens que nous rencontrons sur les 160 premiers kilomètres au sud, Amber, Katniss et Pita ont entamé leur périple quatre mois avant nous. Elles sillonnent un chemin qu’une autre personne ambitieuse, Benton MacKaye, a imaginé au sommet du Stratton au siècle dernier, inspiré par la Long Trail qui prenait forme. Rien de moins qu’un sentier qui, cette fois, suivrait la chaîne des Appalaches. Long de 3510 km, le mythique Sentier des Appalaches, terminé en 1937, partage toujours un tronçon de 100 miles (160 km) avec la Long Trail.

Des trois femmes, nous apprenons que c’est Katniss qui a convaincu sa mère, Pita, de se lancer dans cette folle aventure. Amber s’est jointe à elles, une « sœur adoptée sur le sentier ». Katniss rêve déjà à ses prochaines randonnées. « Et vous, quelle sera la prochaine aventure ? » demande-t-elle. J’hésite un moment, puis je leur avoue notre plan. « Avoir des enfants ! » Elles se mettent à rire, déstabilisées. « Ça, c’est toute une aventure, oui ! » nous confirme Pita, échangeant un regard complice avec sa fille. En vérité, c’est un peu la raison de notre présence sur la Long Trail : profiter d’un (peut-être) dernier été en duo. Ah, et c’est devenu notre lune de miel, au passage.

Elles remettent leur sac sur leur dos, visiblement découragées par le ciel gris qui nous surplombe. Je leur offre des jujubes, mon antidépresseur par excellence. Leurs visages s’illuminent de bonheur. « Ça y est, on a trouvé ton nom de trail, s’exclame Amber. Gummy Bear ! » Nous nous disons au revoir juste avant l’orage, le premier de plusieurs. Nous les recroiserons quelques jours plus tard dans le dernier bout de chemin que nos aventures ont en commun. Dans leurs imperméables détrempés (journée de déluge oblige), elles nous annoncent joyeusement qu’elles ont trouvé un nom pour mon copain : Papa Bear.

Rosaly Boutin et Papa Bear

Il pleut, il mouille, mais la grenouille ne fête pas

Ces précieuses rencontres et ces journées pluvieuses ont ponctué notre quotidien. Nous avons appris, à nos dépens, à ne jamais faire confiance aux prévisions météo. Nous avons tranquillement fait progresser nos pieds mouillés vers la frontière avec le Québec. Nos têtes se sont perdues dans les sommets nuageux.

Le segment partagé avec les gens du Sentier des Appalaches nous a marqués par son achalandage, tandis que la partie suivante s’est révélée mémorable en raison de son degré de difficulté. Nous avons été mis au défi par une combinaison de montées et de descentes techniques, de celles qui requièrent parfois de ranger les bâtons pour mieux se servir de nos mains sur les roches. Les sections « roulantes » se faisaient de plus en plus rares. Les colosses Camel’s Hump et Mansfield (1244 et 1339 m, au premier et au troisième rangs des plus hautes montagnes de l’État) nous ont récompensés avec des vues splendides, dévoilant au loin les montagnes Blanches vers lesquelles se dirigeaient Amber, Katniss et Pita.

Crédit Vermont Tourism

Lorsque la pluie se mettait de la partie, nous étions plus qu’heureux de savoir que nous n’aurions probablement pas à monter une tente dans ces conditions. L’une des beautés de ce sentier, c’est qu’il procure aux randonneurs et randonneuses des lean-to, des abris et des refuges, sans frais ni réservations (pour contribuer au maintien de ces installations, nous pouvons toutefois devenir membres du GMC, à un prix somme toute dérisoire, soit 45 $ US pour un adulte). Les organismes qui s’occupent des montagnes de ski laissent même leurs cabines au sommet accessibles gratuitement – un réconfort inestimable après une journée à avancer dans la brume. Nous pouvions étaler notre matériel pour qu’il sèche un peu et discuter avec nos colocs du jour, un luxe que nous n’aurions pas eu sous la tente.

Il faut dire que la pluie a marqué le Vermont de façon historique en cet été 2023. Deux semaines avant notre départ, les municipalités le long des montagnes Vertes ont reçu de 10 à 20 cm de précipitations en moins de 48 h. Les rivières Winooski et Lamoille (que traverse la Long Trail à la hauteur de Waterbury et de Jonhson) ont même atteint des niveaux plus élevés que ceux enregistrés lors de la tempête tropicale Irene, en 2011.

Plus nous avancions vers le nord, plus les traces de ces inondations étaient visibles. Nous devions plus souvent enjamber ou contourner des arbres tombés sur le sentier. Certaines sections étaient abîmées par l’érosion ou par l’accumulation de boue. Dans la ville de Waterbury, nous pouvions encore voir les affiches qui avaient été installées pour diriger les gens vers la bibliothèque et les bureaux municipaux afin d’y obtenir une aide d’urgence. Des caisses de bouteilles d’eau étaient toujours empilées, à l’avant du bâtiment.

Les dommages étaient plus tangibles encore à Johnson, la dernière ville où nous nous sommes arrêtés pour nous ravitailler. Nous avons fait le plein de barres tendres et de mélanges du randonneur au Dollar General, l’épicerie étant toujours fermée un mois après les événements. Nous avons récupéré notre colis de nourriture dans le stationnement du bureau de poste, où le personnel poursuivait ses opérations en travaillant dans un VR.

Gestion de crise et reconstruction

Survenus peu de temps avant notre départ, ces événements ont suscité de nombreuses discussions dans le groupe Facebook Long Trail Hiking – GMC Community, que nous lisions attentivement. Si le sentier n’a jamais été officiellement fermé (il demeure toujours libre d’accès, sans frais ni permis), le GMC a néanmoins temporairement demandé aux randonneurs et randonneuses de l’évacuer lors des inondations, pour leur propre sécurité. Le mot d’ordre sous-jacent : éviter de se mettre en danger et de mettre ainsi une pression supplémentaire sur les services d’urgence. Le risque était bien réel ; il a malheureusement emporté dans son courant Robert Kerker, randonneur du Sentier des Appalaches.

Des équipes ont été envoyées sur le terrain pour évaluer l’état de la Long Trail. Un seul refuge a dû être fermé, en raison de l’instabilité de ses fondations, mais aucune structure n’a été gravement affectée. Reconstruit après le passage d’Irene, le pont traversant la rivière Winooski a cette fois résisté aux intempéries. Trois ou quatre jours après les inondations, le GMC confirmait que le sentier pouvait être à nouveau fréquenté, à condition de faire preuve de prudence. Mon copain et moi avons ainsi pu concrétiser notre projet.

Les dégâts, qu’on pouvait observer ici et là sur l’ensemble du territoire, demanderont du temps et des ressources au cours des prochaines années pour balayer les mauvais souvenirs. Un ménage qui coûtera un quart de million de dollars, estime l’organisme.

La nature étant ce qu’elle est, il y aura toujours du travail à faire pour entretenir le sentier. Mais force est de constater que ces épisodes exceptionnels se font de plus en plus fréquents et rapprochés. « Il y a quelques années, nous avons eu l’un des mois de juillet les plus pluvieux jamais enregistrés, se souvient Chloe Miller, responsable des communications du GMC. Ça n’avait pas atteint l’ampleur de cette inondation-ci, mais nous voyons plus souvent ce genre de pluie très intense, concentrée sur une courte période », remarque-t-elle.

Le GMC n’hésite pas à nommer le véritable défi dans ses priorités 2023 : « s’adapter aux changements climatiques. » Un enjeu réel, mais pas complètement nouveau. « Un été comme celui-ci ramène assurément cette conversation à la surface, confirme Chloe Miller. Mais depuis des années – depuis la tempête tropicale Irene, il y a plus de 10 ans –, nous réfléchissons à la façon de construire et d’entretenir le sentier pour qu’il résiste à ce genre de tempête. »

Comme le pont de Winooski, considérablement plus haut que le débit de la rivière avec ses fondations profondes et massives, chaque nouvelle infrastructure est pensée pour mieux répondre aux défis d’aujourd’hui et de demain. Le sentier lui-même, j’ai pu le constater, est aménagé avec davantage de remblais, de pierres pour traverser les zones boueuses et de rigoles pour évacuer l’eau.

Il y a un an, mon copain et moi étions nous-mêmes en train de patauger dans un dégât d’eau à la suite de pluies abondantes, à Longueuil. Ce genre d’épreuve, comme la longue randonnée, ne peut que nous rappeler que notre histoire est intimement liée à celle de mère Nature. La pluie et l’humidité ont assurément représenté l’un des principaux défis de notre aventure, mais il n’y a parfois rien de mieux qu’une bonne dose de vulnérabilité pour prendre un pas de recul, pour apprécier pleinement toutes ces choses que nous tenons pour acquises dans un quotidien déconnecté du mouvement des nuages et du rythme des saisons.

Chaque goutte transmet une leçon d’humilité qui, tous les jours, me fait savourer le bonheur d’enfiler des bas secs et d’avoir un toit sur la tête. Et dans cet autre espace-temps qu’est celui de la randonnée, les amitiés se tissent au même rythme que les toiles d’araignée, dans le secret des arbres. Katniss, Pita, Amber, mais aussi Cricket, Fossils, Tetris, Scout, Mackie et Zeus… Alors que chaque pas me ramenait plus près de la maison, je me sentais chez moi.

En bref

Une randonnée de 440 km sur la Long Trail, au Vermont, le doyen des sentiers de longue randonnée aux États-Unis.

ATTRAIT MAJEUR

Un magnifique sentier pas très loin du Québec où l’on profite d’hébergements sans frais ni réservations.

COUP DE CŒUR

La vie sociale qui anime le sentier et l’abri Puffer, où l’on se réveille avec une vue imprenable sur le lever de soleil.

 

ENVIE D’ESSAYER ?

Planifiez votre randonnée en explorant le site du Green Mountain Club.

greenmountainclub.org