Le Klondike de la randonnée plus grande que nature
Whitehorse, c’est le parfait camp de base pour accéder à une multitude de sentiers de randonnée très variés et peu achalandés, qui nous offrent des paysages à couper le souffle.
À la fin du XIXe siècle, une ruée vers l’or a captivé l’imaginaire collectif, incitant près de 100 000 aventuriers à se précipiter vers la région reculée du Klondike, au Yukon. Animés par le rêve de fortune, ces prospecteurs débarquèrent aux ports de Dyea et de Skagway, en Alaska, et entamèrent l’épique et ardu périple vers les champs aurifères du Klondike en empruntant les désormais légendaires sentiers de la White Pass et de la Chilkoot.
Ceux qui survécurent à ces « randonnées » (sans aucun des équipements modernes dont nous jouissons de nos jours : Gore-Tex, doudoune en duvet, repas lyophilisés…) s’élancèrent ensuite à bord d’embarcations pour la longue descente des méandres de la rivière Yukon avant d’atteindre la rivière Klondike, là où gisaient les pépites tant convoitées. Selon les archives, seulement de 30 000 à 40 000 seraient arrivés à destination !
Si fouler ces grands espaces vierges fut un cauchemar il y a 125 ans, c’est aujourd’hui le rêve d’aventuriers attirés par le Yukon. Et pour cause ! Partir en randonnée au Yukon, c’est littéralement pénétrer dans la grande nature sauvage. D’abord, les sentiers à l’extérieur des parcs sont peu ou pas du tout balisés. Outre la faune qui y est omniprésente (on peut à tout moment rencontrer ours noirs, grizzlis, orignaux, loups, aigles…), des lacs et des rivières aux eaux cristallines ainsi que de majestueux glaciers et des sommets aux neiges éternelles parsèment le paysage.
Ensuite, sauf pour quelques sentiers très populaires comme la Chilkoot ou certains dans le parc territorial Tombstone, aucune réservation n’est nécessaire. On planifie à la dernière minute une randonnée avec nuits sous la tente sans craindre de se faire retourner parce que « c’est complet ». Si l’éloignement possède son lot de désavantages, le bon côté de la médaille fait en sorte qu’il n’y a jamais foule sur les sentiers de rando au Yukon.
Et la cerise sur le gâteau ? Au Yukon, on plante sa tente n’importe où sur les terres publiques sans payer ni réserver. Il suffit de faire preuve de respect et de ne laisser aucune trace. Les personnes qui préfèrent dormir dans des campings officiels ne manquent pas d’options : le gouvernement territorial gère 42 terrains de camping, qui fonctionnent selon le principe du premier arrivé, premier servi. Certains offrent même des secteurs protégés par des clôtures électrifiées pour les tentes, afin d’être à l’abri des ours curieux… Les droits pour une nuit dans un camping sont de 18 $, prépayés chez un distributeur, ou de 20 $, payés en espèces sur place, incluant le bois pour le feu de camp. Fait à noter : le gouvernement yukonnais a à cœur sa population de pleinaristes ; le coût du permis annuel (pour les Yukonnais) est de 200 $, pour un nombre illimité de nuits, toujours incluant le bois.
En revanche, bien qu’il soit le plus petit des trois territoires du Canada (avec une superficie de près d’un demi-million de kilomètres carrés), s’aventurer dans sa vaste étendue sauvage demeure une intimidante pérégrination. On doit donc être bien organisé et équipé pour faire face à toute éventualité en complète autonomie.
En ce sens, et afin de tirer le maximum d’un voyage de randonnée au Yukon, établir son camp de base à Whitehorse constitue une judicieuse stratégie. D’entrée de jeu, c’est là qu’on se ravitaille en tout. C’est également là qu’on découvre une impressionnante, accueillante et fière communauté franco-yukonnaise. Bien que ce soit l’une des villes canadiennes les plus éloignées du Québec, on entend parler français partout (un dixième des 30 000 habitants est francophone), tellement qu’on pourrait y vivre sans même parler anglais !
Une multitude de sentiers de randonnée dans des décors grandioses entourent la capitale du Yukon. Voici un aperçu de quelques sentiers à moins de 250 km de Whitehorse.
Le parc national et réserve de parc national Kluane
En plus d’abriter le plus haut sommet du Canada, le mont Logan (5959 m), le parc est couvert au deux tiers par les chaînons Icefield, le plus grand champ de glace non polaire de la planète. Il n’est toutefois pas obligatoire d’être un alpiniste aguerri pour y vivre des expériences uniques. L’un des joyaux du parc est le lac Kathleen, situé à environ 180 km de route à l’est de Whitehorse. À quelques kilomètres du lac se trouve le début de plusieurs sentiers, dont certains mènent à des sommets de plus de 2000 m d’altitude – Martha Black (2512 m), Dalton NW7 (2110 m) –, et une des plus populaires randos du parc est le parcours du King’s Throne, qui offre un panorama nous rappelant qu’on est vraiment tout petit dans l’univers ! Le parc s’étend sur plus de 20 000 km2, soit 13 fois la superficie du parc national du Mont-Tremblant. Si l’on se dirige vers le nord sur la route 1, à partir de Haines Junction (150 km de Whitehorse), on peut découvrir d’autres superbes sentiers de rando (mont Archibald, lac Bock, mont Decoeli…) ainsi que le splendide lac Kluane.
La White Pass et la route 2
La White Pass est un col de montagne rendu célèbre par les prospecteurs de l’époque qui partaient de Skagway pour se rendre au lac Bennett, en Colombie-Britannique, avant de traverser au Yukon. Comparativement à la Chilkoot, qui est toujours un sentier de marche, la White Pass accueille aujourd’hui la route 2, qui devient la route 98 aux États-Unis. En la longeant vers le sud à partir de Carcross (70 km au sud de Whitehorse), on découvre un autre petit paradis pour de spectaculaires randos d’un jour. Pensons entre autres à Feather Peak, à International Falls, au mont Cleveland… Une particularité commune à ces sentiers est que l’on commence en Colombie-Britannique – en raison de la morphologie des frontières, un bras étroit de territoire appartient à la Colombie-Britannique entre le Yukon et l’Alaska – et qu’on traverse en Alaska, mais sans avoir à répondre aux questions d’un douanier !
À retenir
Ces quelques sentiers ne représentent que la pointe de l’iceberg des options de randonnée au Yukon. On en trouve plusieurs à seulement quelques kilomètres du centre de Whitehorse (Fish Lake, Jackson Ridge, Dream Trail…), où l’on ressent et expérimente la nature sauvage. À cet égard, on doit respecter deux impératifs. Un : si on n’est pas accompagné par un habitué de l’endroit, on ne part pas sans cartes ni GPS. Cela peut être un téléphone (bien chargé) ou une montre de montagne. Et deux : toujours avoir sur soi (et accessible en moins de deux secondes) un répulsif à ours (bear spray), car il ne faut jamais oublier qu’au Yukon, on est au pays des ours… et des grizzlis !
L’Alaska
Une virée au Yukon ne saurait être complète sans faire un saut en Alaska. Si l’on ne devait choisir qu’une seule région à explorer, Skagway s’avère incontournable. À 175 km de Whitehorse, ce village portuaire témoigne de la riche histoire de la ruée vers l’or. On peut y faire aussi de magnifiques randos, dont celle du AB Mountain et celle du lac Upper Dewey. L’estuaire de la rivière Taiya, là où se trouvait la petite ville (aujourd’hui abandonnée) de Dyea, est également à mettre sur sa liste. On y campe gratuitement, une fois passé le terrain de camping officiel. Méfiez-vous toutefois de la marée, qui pourrait vous surprendre si vous vous installez trop près du rivage.
Avant de partir
Le livre Yukon Hiking est un précieux recueil de sentiers de randonnée, avec descriptions et cartes. Tous les sentiers sont d’ailleurs également décrits sur le site Internet yukonhiking.ca.
En bref
Des sentiers de randonnée et des décors majestueux à découvrir à proximité de Whitehorse, la capitale du Yukon.
Attrait majeur
Planter sa tente sur le bord d’une rivière ou d’un lac entouré de sommets aux neiges éternelles, et ne pas avoir de voisins !
Coup de cœur
La White Pass : des lacs, des rivières, des glaciers, des sommets de plus de 2000 m, et même une route asphaltée qui fait saliver les cyclistes.




