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Skier sans se ruiner

Ski La Tuque sort le grand jeu pour séduire les amateurs de glisse résidant à plus de 100 kilomètres de la montagne.

Le secret joyau des Alpes

À l’aube des temps, le Créateur envoya ses anges distribuer les beautés de la nature sur Terre. Comme ils lambinaient, Il les somma de se dépêcher. Sursautant, les anges lâchèrent toutes leurs merveilles au même endroit. Apparut alors un lac couleur émeraude dans un écrin de forêts et de montagnes aux falaises de plus de 2000 m. Ce lieu est aujourd’hui connu sous le nom de parc national de Berchtesgaden, dans les Alpes allemandes.

Dans cette région de Bavière, habitée depuis le XIe siècle, les légendes et les traditions sont bien ancrées, si bien que cette culture montagnarde s’est manifestée tout au long de mon trek dans le parc de Berchtesgaden. Au programme: le tour du lac Königssee en neuf jours, de gîte en gîte, par les alpages, les forêts, la Steinernen Meer (la mer de pierres) et le mont Watzmann, la troisième plus haute montagne d’Allemagne à 2713 m. Tout cela avec de superbes vues sur l’étroit lac de 8 km de long.

Malgré cette diversité d’attraits naturels concentrés sur seulement 210 km² (presque la superficie du parc des Hautes-Gorges), le parc national de Berchtesgaden reste un secret confiné à l’intérieur des frontières germaniques. Je n’y ai entendu que de l’allemand, à part un peu d’anglais au cours d’une discussion avec un Britannique, marié toutefois à une Bavaroise. Bref, ici, on randonne chez l’habitant.

Vie en montagne tout confort
Mon périple dans les Alpes bavaroises a débuté par la traversée du lac Königssee en petit bateau-mouche, électrique et totalement silencieux. À partir du quai de l’autre côté du lac, un sentier grimpant à flanc de montagne m’a conduit à une prairie alpine. C’est là que j’ai rencontré Dieter Hennemann.

Ce jeune vieillard de 80 ans passe tous ses étés à cet endroit sous prétexte de surveiller un troupeau de vaches en semi-liberté. Sa maisonnette en bois «a été construite il y a plus de 600 ans», me dit-il dans un anglais très incertain. Jacques Cartier n’était même pas encore né. À présent, la petite chambre de l’habitation est éclairée par une ampoule électrique grâce à des panneaux solaires. «Je me sers aussi d’eux pour alimenter mon ordinateur portable, ainsi que mon piano électrique quand des amis viennent me voir avec leurs instruments pour jouer de la musique», ajoute le vieil homme.

Herr Hennemann n’est pas le seul à avoir marié technologie moderne et rusticité montagnarde. Tous les gîtes du parc sont alimentés en électricité grâce à des panneaux solaires ou à des câbles grimpant le long d’un téléphérique de ravitaillement. Certains gîtes ont été agrandis au fil du temps, mais tous gardent un charme propre lié à leur emplacement, à leur clientèle ou à leur style particulier. En outre, même les plus rustiques, comme le gîte Wasseralm dans son alpage, sont impeccables. C’est un point d’honneur en Bavière.

On y mange aussi plutôt bien. Les menus offrent un choix varié, même si la saucisse, spécialité bavaroise, revient souvent. Et, bien sûr, la bière. On est seulement à quelques heures des biergarten1 de Munich, après tout. Au gîte Gotzenalm, où je passe ma première nuit, les randonneurs commandent leur première bière à peine après avoir posé leur sac à dos et la boivent à l’extérieur. Puis, au cours de la soirée, les verres ne restent pas vides longtemps. Ce rituel houblonnier se déroule de la même façon dans tous les gîtes. Même si l’atmosphère est joyeuse, nulle part je n’ai vu qui que ce soit éméché. Les marcheurs allemands aiment beaucoup la bière, mais ils savent la consommer.

Pour la nuitée, tous les gîtes fournissent matelas, oreiller et couverture. Il suffit d’apporter un drap d’auberge ou un sac de couchage mince. Au matin, déjeuner typique: deux minces tranches de pain de seigle avec fromage, charcuterie, beurre et confiture. Ça ne fait pas un plat copieux, mais, croyez-moi, après deux tranches de ce pain noir, dense et nutritif, on est prêt à attaquer les sentiers.

Somme toute, on voyage léger, on mange bien et on dort confortablement. Tout cela ajouté à la tradition montagnarde explique le haut taux de randonnées en famille, avec les enfants et les grands-parents. Surtout dans les secteurs où les gîtes sont faciles d’accès.

Terre de traditions
Kärlingerhaus est justement un de ces gîtes qui attirent beaucoup de monde. Il est géré par Heïdi. Heïdi qui? Heïdi! Tout le monde connaît Heïdi de Kärlingerhaus. Aujourd’hui, elle a revêtu une robe bavaroise traditionnelle. L’endroit est bondé. L’ambiance est festive. Ça rit, ça chante, ça joue de la musique. La bière coule à flots. C’est une journée spéciale: le pèlerinage annuel de Saint-Barthélemy. Un pèlerinage? Arrosé à la bière? «Bien sûr!» me répond Ursula Wischgoll du bureau du tourisme de Berchtesgaden, l’air de dire: Que voulez-vous donc qu’on boive d’autre? Bon, en Bavière, on fait comme les Bavarois.

Chaque année, quelques milliers de pèlerins partent au milieu de la nuit du côté autrichien du parc de Berchtesgaden. Ils grimpent dans les montagnes et redescendent assister à une messe à l’église Saint-Barthélemy, sur une des rives du Königssee. Ensuite, un bateau-mouche les amène au quai principal, avec un arrêt de recueillement au pied d’une falaise où des pèlerins se sont jadis noyés.

La Bavière est l’État le plus catholique de la fédération allemande, majoritairement protestante. Ses couleurs sont le bleu et le blanc. C’est le seul qui n’a pas ratifié la Constitution du pays. On se salue en lançant un grüß Gott plutôt que l’habituel guten Tag. Les Bavarois ont aussi la réputation d’être les bons vivants de l’Allemagne. Ça ne vous rappelle pas une certaine province de l’autre côté de l’Atlantique?
Après la nuit au Kärlingerhaus, direction la Steinernen Meer, ou la mer de pierres. Peu après le gîte, le sentier monte et la végétation se raréfie. Le paysage se transforme en un immense plateau lunaire. Quelque part dans cet océan pétrifié, on traverse la frontière autrichienne, sans savoir où exactement, puisque rien ne l’indique. Pause du midi au gîte Riemannhaus, avec vue sur les sommets enneigés des Alpes autrichiennes. Puis, reprise du sentier vers le luxueux gîte Ingolstädter-Haus, petit îlot isolé dans cette mer rocailleuse, à l’ombre du mont Watzmann.
Selon la légende, il y a bien longtemps, le roi Watzmann régnait en tyran sur la région, avec sa femme et leurs sept enfants. Toute la famille était cruelle envers le peuple. Un jour, martyrisée par le roi, une vieille femme maudit le cœur de pierre de tous les membres du clan royal. Presque instantanément, la souveraine famille fut changée en roc. On peut encore apercevoir, sur le mont Watzmann, les deux sommets majeurs et les sept mineurs.

Audience avec le roi du parc
La plus belle vue sur cette montagne est probablement le flanc sud, peu après qu’on eut retraversé la frontière autrichienne en provenance de l’Ingolstädter-Haus. Le flanc nord est toutefois le plus achalandé. Il est facilement accessible à proximité de Berchtesgaden et le très populaire gîte Watzmannhaus se situe un peu au-dessus de la ligne des arbres. De tous, c’est celui qui s’apparente le plus à un hôtel, tant en lui-même que par sa clientèle. En revanche, la vue de la terrasse sur la vallée de Berchtesgaden est spectaculaire.

Du gîte, on atteint rapidement le sommet Hocheck. À 2651 m, c’est le troisième plus haut du mont Watzmann. Malheureusement, le temps est nuageux ce matin. L’impressionnante vue sur le Königssee est souvent cachée. Par contre, de l’autre côté, les nuages accrochés aux sommets alpins composent un tableau grisâtre à la fois grandiose et mystérieux.

Une via ferrata conduit au Mittelspitze (2713 m), le sommet le plus élevé du mont Watzmann. Elle est très exposée. Sans équipement et avec la mauvaise météo, je préfère redescendre.

Retour vers le Watzmannhaus pour reprendre toutes mes affaires et en route vers Kühroint-Hütte. Ce petit et chaleureux gîte, le dernier de mon séjour, est aussi mon coup de cœur, tout juste devant l’enchanteur Wasseralm. Tout y est pour combler le randonneur en fin de parcours : douche chaude, skiwasser (une eau légèrement fruitée très désaltérante), souper avec vue sur le roi Watzmann et buffet pour le déjeuner. De plus, à moins de 15 minutes m’attend la plus belle vue sur le Königssee au milieu de ses montagnes. Vous savez quoi? Je commence à croire que les anges ont fait exprès de tout laisser tomber au même endroit.•

Repères
-Le parc national de Berchtesgaden se situe dans le coin sud-est de
l’Allemagne, à quelques heures de route ou de train de l’aéroport international de Munich. Grâce aux navettes sur le lac, on peut y passer aussi bien une journée qu’une fin de semaine ou plus. Les prix varient d’un gîte à l’autre. Pour neuf soupers, nuitées et déjeuners, ainsi que quelques gâteries, comptez dépenser 350 euros (dîners et bière non inclus).
Info: www.nationalpark-berchtesgaden.bayern.de
-Représentation illustrée du parc:
www.xn--httenwirte-9db.com/ue_karte_bild.php
-Les navettes et le Königssee: www.seenschifffahrt.de
-Les gîtes (en allemand seulement): www.huttenwirte.com
– Information générale sur la région: www.berchtesgadener-land.info
-Tourisme Allemagne: www.cometogermany.com