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Sur les traces d’un écrivain voyageur

  • Muscade admire le paysage. Crédit Simon Diotte

À l’occasion de la sortie en salle du film Antoinette dans les Cévennes, Géo Plein Air remet en ligne un article qui relate l’expérience qu’a vécu notre rédacteur en chef dans les Cévennes en 2015. Comme le personnage principal de cette comédie, Simon Diotte a traversé une partie des Cévennes en compagnie d’une ânesse, Muscade, en suivant les traces de l’écrivain écossais Robert-Louis Stevenson. Ce reportage a été publié originalement dans le magazine Oxygène, qui a fusionné depuis avec Géo Plein Air. Six ans plus tard, on n’a jamais oublié Muscade, la vedette de cette aventure.

Plus de 100 km en cinq jours. Des montagnes et des forêts à perte de vue. Des sangliers et des coucous. Et une insolite compagne de randonnée, l’ânesse Muscade. Notre rédacteur en chef s’en est allé sur le chemin de Stevenson, dans les Cévennes, en France, marcher dans les pas de l’aventurier écossais Robert Louis Stevenson. Récit d’une expérience sans pareille.

Jamais je n’ai été aussi nerveux avant de partir en randonnée. Cette fois, je ne crains pas les dénivelés, les ampoules, les pluies torrentielles ou l’équipement manquant dans mes bagages. Non. Ce qui me tourmente l’esprit ? C’est la première fois que je voyage avec un âne, ou plutôt une ânesse, un animal reconnu pour son entêtement à ne pas avancer. Dans quelle galère me suis-je embarqué ?

Ma nouvelle compagne de randonnée s’appelle Muscade et pèse 200 kg. Son poil est grisâtre et son dos est orné d’une bande de couleur chocolat en forme de croix, dite « croix de Saint-André ». Preuve qu’il s’agit, pour les connaisseurs, d’un âne de Provence. La tâche de ma bête de somme : transporter mes maigres bagages ainsi que ceux de mon ami Jean-Philippe. Honnêtement, j’aurais pu me priver de ses services, mais rien ne vaut l’accompagnement d’un âne si on veut vivre l’expérience de Robert Louis Stevenson à fond.

Au cours des cinq prochains jours, alors que s’amorce le printemps, nous suivrons le chemin tracé par de cet écrivain originaire d’Édimbourg, en Écosse, qui a parcouru les Cévennes à pied en 1878, à l’âge de 27 ans, son ânesse Modestine à ses côtés. Son périple de 12 jours avait deux objectifs : soigner une inconsolable peine d’amour et marcher sur les traces des Camisards, des Cévenols convertis au protestantisme qui luttèrent contre la répression exercée par Louis XIV.

De cette expédition il a tiré un livre, publié en 1879, Voyage avec un âne dans les Cévennes, qui deviendra un classique de la littérature de voyage, constamment réédité à ce jour. Sans ce voyage initiatique, Stevenson ne serait peut-être jamais devenu l’illustre romancier qui publiera, quelques années plus tard, les classiques L’île au trésor et L’étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde.

Depuis 1994, l’association Sur le chemin de Robert Louis Stevenson fait la promotion du GR70, un itinéraire de 252 km qui calque son tracé sur le parcours de l’écrivain. La particularité de cette grande randonnée, au départ du Puy-en-Velay et se terminant à Alès, c’est qu’on peut la faire comme l’aventurier écossais, en louant un âne auprès de l’un des âniers de la région. Plusieurs gîtes accueillent en soirée aussi bien les randonneurs fourbus que leurs compagnons à quatre pattes, qui y trouvent enclos où brouter.

L’ami Jean Philippe avec Muscade (crédit Simon Diotte)

Partir avec un bourricot exige cependant un minimum de préparation. Pendant une heure, Christian Brochier, propriétaire de Gentiâne, une ferme qui fait la location d’ânes, nous explique comment prendre soin de Muscade. Tout y passe : l’art du brossage, le récurage des sabots, les nœuds servant à attacher la bête, la façon de la bâter, etc. Sans oublier le principal : comment faire en sorte qu’elle nous obéisse. Car l’expression têtu comme un âne ne sort pas de nulle part. Donner un ordre à une ânesse, même dressée, n’est pas un gage de succès. Stevenson l’apprendra à la dure, quand Modestine refusera d’obtempérer à ses ordres. L’Écossais en arrivera à martyriser la pauvre bête afin qu’elle avance !

« Dans la première heure, vous devez lui montrer qui prend les commandes de votre randonnée », avertit l’ânier. Heureusement, nous allons découvrir que Muscade n’aura pas besoin de moyens coercitifs pour marcher. Plutôt que d’utiliser le bâton, comme l’a fait Stevenson, nous  jetterons notre dévolu sur la carotte. En la gâtant de pain, de chocolatines et de câlins, nous la convertirons à notre cause. Muscade deviendra une très bonne coéquipière, que nous apprécierons toujours davantage au fur et à mesure de notre expédition.

Pérégrinations dans les Cévennes

Faute de temps, nous ne pouvons parcourir l’intégrité du chemin de Stevenson. Nous nous  concentrons sur la portion traversant le parc national des Cévennes, un territoire protégé de 935 km2 qui englobe une partie du Massif central, cette zone montagneuse située dans le centre-sud de la France.

Notre première journée ne manquera pas de défis. En plus de la familiarisation avec un âne, ce qui nous oblige à marcher aussi vite qu’un pensionnaire des Résidences Soleil, nous grimperons sur le plus haut sommet de la région, le mont Lozère.

En partant du Goulet, nous traversons à vitesse d’âne le village de Le Bleymard (1089 m), avant de nous attaquer à une longue montée dans un tracé mélangeant chemins agricoles, sentiers forestiers et drailles – sente parcourue par les troupeaux transhumants –, qui nous mènera jusqu’au pic Finiels, titillant le ciel à 1699 m. À partir de 1400 m, le paysage devient austère, dénudé. D’immenses blocs de granite, plantés à la verticale, servent alors de balisage. Ces repères, à l’aide desquels Stevenson s’est orienté il y a 137 ans, servent encore aujourd’hui aux bergers à retrouver leur chemin dans le brouillard, très fréquent dans les parages.

Au sommet, nous découvrons toute l’immensité des Cévennes. À 360°, un « chaos de montagnes bleues », selon les mots de Stevenson, se dresse à perte de vue, quelques villages perdus émaillant cette nature immense. Les Cévennes constituent l’un des territoires les plus sauvages de France, où vit une faune abondante comprenant cerfs, mouflons et, bien sûr, sangliers, que nous apercevrons un matin dans le brouillard. La faune aviaire y est aussi extrêmement riche. Le chant de l’omniprésent coucou gris* marquera le temps pendant toute notre expédition.

Notre trio redescendra le flanc sud du mont Lozère jusque dans un vallon où est niché Finiels, village de 42 habitants, notre première étape. Quelques maisons de pierre chapeautées d’un toit de lauze modèlent ce paysage campagnard. C’est le dépaysement total – nous avons l’impression d’arpenter la France des vieux films. Tout au long du GR70 s’agglutineront de pittoresques petits villages. Chaque nuit, nous dormirons confortablement dans des chambres d’hôtes tandis que Muscade passera la nuit en plein air dans des enclos prévus à cette fin.

Comme le veut la coutume en France, les propriétaires des chambres d’hôtes offrent non seulement le repas du soir, axé sur les produits du terroir, mais prennent aussi place autour de la table. Il en résulte de mémorables rencontres avec les gens de la région, de même qu’avec des randonneurs français et allemands. Les discussions sont animées et passionnantes, vivifiées par le kir et le vin. Muscade suscite les interrogations et favorise les échanges, car seulement 2 % des randonneurs font ce pèlerinage accompagnés d’un âne.

Le lendemain, nos hôtes nous préparent pour la journée un pique-nique que, évidemment, nous partagerons avec Muscade, qui n’en demandait pas tant ! Au cours des prochains jours, nous aurons un programme chargé : des journées d’une vingtaine de kilomètres chacune, grimpant et descendant de multiples montagnes sur un parcours révélant les Cévennes dans toute leur splendeur. À Mijavols, où résident quatre habitants permanents, et à La Borie, un lieu magique surplombant une vallée, nous couchons dans des bâtiments improbables qui ont possiblement connu l’époque des Trois Mousquetaires. Malgré leur âge vénérable, on y trouve des douches chaudes. Le grand luxe.

Les adieux à Muscade

Après trois jours, des raisons de logistique nous obligent à déjà faire nos adieux à Muscade. Son absence se fait lourdement sentir. Nous croyions qu’enfin, nous allions marcher plus rapidement, mais nous nous sentons subitement un peu orphelins. Sa présence timide mais rassurante nous manque. En plus, c’est sous une pluie intense et un épais brouillard qui bouche complètement l’horizon que nous complétons notre randonnée. Nous devons abandonner l’idée que nous pourrons jouir de la vue, maintes fois promise, sur la Méditerranée.

Malgré ces conditions misérables, nos deux dernières étapes ne manquent pas d’attraits. Nous y apercevons des menhirs, des sépultures préhistoriques, les vestiges d’une maison gallo-romaine et, à la nuit tombante, nous logeons dans des demeures féodales du XIVe siècle, Le Cauvel et le château de Cambiaire, à des coûts totalement dérisoires. Au contraire de Stevenson, qui préférait les nuitées à la belle étoile, nous avons adoré la vie de châtelain. Si seulement Muscade avait été là !

Âne ou not âne, là est la question

Nous avons adoré notre ânesse Muscade, mais l’accompagnement d’une bête de somme exige une adaptation. Nous avions prévu des étapes de 20 km par jour, mais au rythme d’un âne, c’était beaucoup trop long. À raison de plus de 10 h de marche quotidienne au soleil, nos pérégrinations ressemblaient davantage à une marche forcée qu’à des vacances. Si on prévoit de plus courtes étapes – de 10 à 15 km – et qu’on voyage avec des enfants, je suis convaincu que l’aventure en compagnie d’un âne en vaut la peine. Muscade, ce n’est qu’un au revoir !

Trois questions à Muscade

Pendant trois jours, nous avons vécu notre expérience avec Muscade, l’ânesse qui a eu la gentillesse de transporter nos bagages sur une soixantaine de kilomètres. Elle lève le voile sur son travail de bourrique.

Comment pouvez-vous aider les randonneurs ?

Si vous ne voulez pas porter votre bagage, je suis l’animal qu’il vous faut ! Une fois bâtée, c’est-à-dire munie d’un équipement permettant le port de lourdes charges par les bêtes de somme –, je suis capable de transporter 40 kg de bagages, de quoi satisfaire les besoins d’une famille entière voyageant léger. Je peux aussi prendre en croupe un enfant fatigué, une expérience qu’il adorera.

Que faut-il savoir avant de randonner avec un âne ?

Je ne marche pas au même rythme que les humains. Ma vitesse de croisière est de 3 à 4 km/h alors que les bons randonneurs marchent beaucoup plus vite, surtout en mode descente. Partir avec un âne exige donc une période d’adaptation. Les premiers kilomètres sont difficiles, car les randonneurs rapides cheminent à une vitesse à laquelle ils ne sont pas habitués. Il peut en résulter davantage de douleurs musculaires et d’ampoules. Toutefois, marcher à basse vitesse permet un contact plus intime avec les paysages et s’avère plus propice à l’introspection.

Les ânes sont-ils vraiment aussi têtus qu’on le dit ?

Balivernes ! L’âne n’est pas têtu, mais insoumis, nuance que les humains ne saisissent pas toujours. Si vous me traitez bien, je vous le rends au centuple. Surtout si vous me donnez vos restants de sandwichs et beaucoup de câlins. Mais si vous me manquez de respect, gare à vous, je n’en fais alors qu’à ma tête. Hi-han !

Repères

Quand y aller ? Les hébergements sont ouverts de Pâques à la Toussaint (1er novembre). Dans la partie nord, du Puy-en-Velay à Chasseradès, cette rando est agréable en tout temps. Dans la partie sud, il arrive que juillet et août accablent les randonneurs ne supportant pas la chaleur intense, car le climat y est méditerranéen.

S’y rendre. Le GR70 est accessible par train aux gares du Puy-en-Velay (à 2 h de Lyon), son point de départ, et d’Alès, son point d’arrivée. Un service de transport de bagages et de personnes, La Malle Postale, dessert toutes les étapes.

www.lamallepostale.com

Se loger et se nourrir : tout au long du GR 70, on trouve des chambres d’hôtes individuelles et des gîtes d’étape en formule dortoir. Tous servent les repas du soir et les déjeuners, qu’on partage avec les autres randonneurs, et offrent des pique-niques pour le midi. À certaines étapes, on passe dans des villages où il est possible de manger au restaurant.

Ânes : Les services d’un âne coûtent environ 60 euros par jour ou 300 euros par semaine. Les coordonnées des âniers se trouvent dans le topoguide ou sur le site de l’association Sur le chemin de Robert Louis Stevenson.

Bienvenue aux ânes ! La brochure de l’association Sur le chemin de Robert Louis Stevenson identifie d’un pictogramme les hébergeurs qui accueillent les ânes. Les établissements doivent posséder un enclos bien fermé et un local abrité pour entreposer le bât, donner la possibilité aux animaux de s’abreuver d’eau propre ainsi que fournir du bon fourrage et de l’orge.

Information : www.chemin-stevenson.org

Le chemin de Stevenson en bref

Balisage : GR70

Départ : Puy-en-Velay

Arrivée : Alès

Longueur : 252 km

Fréquentation : 6000 randonneurs par année, sans compter les ânes

À lire

Une nouvelle édition du topoguide du chemin de Stevenson publiée par la Fédération française de la randonnée pédestre paraîtra cet été. L’édition actuelle est épuisée.

Voyage avec un âne dans les Cévennes, de Robert Louis Stevenson, est disponible dans toutes les bonnes librairies.

Âne ou mulet ?

Dans l’univers du trekking, on utilise souvent le terme bourrique pour désigner indifféremment une bête de somme. Toutefois, mulet et âne sont deux animaux différents. Un mulet est issu d’un croisement entre un âne et un cheval ; il est plus massif et plus fort que l’âne, mais moins obéissant. L’âne est plus petit, bien que robuste ; il est serviable envers qui sait s’y prendre.

Anecdote

J’ai acheté une chocolatine à l’intention de Muscade, mais la coquine l’a dénichée dans la poche latérale de mon sac à dos bien avant que je puisse la lui donner. Elle l’a alors dévorée tout rond, emballage inclus !

Un âne, ça émet très peu de sons. Pendant notre excursion, Muscade est restée totalement silencieuse, sauf un matin : lorsque je suis allé la chercher, elle a bondi de joie en lançant un hi-han. Elle me reconnaissait ! Quel bonheur !