PRÉSENTÉ PAR TOURISME LA TUQUE
Destinations | Ski alpin

Skier sans se ruiner

Ski La Tuque sort le grand jeu pour séduire les amateurs de glisse résidant à plus de 100 kilomètres de la montagne.

Sur les glaciers des Selkirk

  • Photos SME

À 50 km au nord de Revelstoke, en Colombie-Britannique, se cache dans les montagnes un domaine skiable spécialisé dans le ski de poudreuse, le Selkirk Mountain Experience. Uniquement accessible par hélicoptère, ce terrain de jeu aux multiples glaciers attire les mordus de neige folle qui n’ont pas froid aux yeux.

Sur ma gauche, une pente abrupte de 15 m se termine dans un ruisseau. Je m’ordonne de glisser un pied devant l’autre sans regarder la cavité. Le vent des derniers jours a tellement compacté la neige que les skis du guide n’ont laissé aucune trace devant moi. Quand je parviens au bout du virage, le compagnon qui me suit fige, paralysé à la vue du vide. Le guide, qui se déplace avec aisance dans toute cette verticalité, se rend auprès de lui et dit qu’après ces rebords, ce sera moins éprouvant, sur le glacier. Ça rassure mon compagnon, et moi aussi.

C’est ma première expérience de randonnée alpine sur un glacier, et vu son intensité, je ne suis pas près de l’oublier ! Chaque jour pendant une semaine, accompagnés par un guide certifié, les autres skieurs et moi essaimerons à partir de l’auberge du glacier Durrand (1946 m d’altitude), l’hébergement de haute montagne de 11 chambres de Selkirk Mountain Experience (SME). Ce terrain de jeu exclusif est vaste de 96 km2 et il comprend 18 glaciers et 35 sommets alpins.

 

Avec l’expérience SME, ce n’est pas seulement le terrain qui intimide, mais aussi les mises en garde sur le site web : il faut faire preuve d’une forme suffisante pour monter quotidiennement un dénivelé total de 1000 à 1600 m, être suffisamment agile pour éviter les trous à neige à la base des arbres, crevasses et falaises, et finalement se sentir à l’aise de skier sur des pentes à 45° et des arêtes flanquées de pentes verticales.

Je me considère comme un bon skieur, capable de faire n’importe quelle piste au Québec ou dans les Rocheuses. Pourtant, dès le premier jour, après le voyage en hélicoptère et un cours accéléré de sécurité en avalanche, je constate que je suis un des skieurs les plus faibles du groupe.

On m’avait prévenu que Ruedi Beglinger, propriétaire de SME, impose un tempo militaire à ses guides. Dans la montée, pas le temps de boire ni de manger. La première transition du séjour, au sommet du pic Allalin  (2609 m), s’opère en quelques minutes. Je perds le groupe parce que je tarde à renfiler mon sac à dos. Le guide ne s’arrête pas dans la descente… et mes quadriceps sont prêts à exploser !

Heureusement, le deuxième jour, les participants sont divisés en deux, la veille ayant servi à évaluer chacun. Je me retrouve avec des compagnons fort sympathiques, en opposition avec la culture du chronomètre de l’autre groupe. Mon objectif, c’est d’y aller à mon rythme, pour skier certes, mais également pour profiter du paysage époustouflant, ces cimes enneigées qui bordent l’horizon sur 360° et au pied desquelles se dressent des conifères, fiers gardiens du territoire.

L’approche est longue jusqu’à la montagne Tumbledown (2748 m), mais la descente vaut le coup : des virages prodigieux dans une poudreuse douce comme de l’ouate. Nous ascensionnons ensuite le pic Goat (2288 m) alors que le soleil ramollit la neige. Le vent se lève lors de la descente, générant une croûte sur la poudreuse. Les virages deviennent dangereux, car la cheville est coincée par la croûte tandis qu’en dessous, la spatule du ski reste mobile dans la poudreuse. Durant cette journée, nous grimpons 1300 m ; l’autre groupe, près du double. À l’arrivée, une collation préparée par le chef nous attend. Je prends goût à la routine du chalet : après la collation, le sauna, puis un souper cinq étoiles et enfin un lit douillet.

La Suisse au Canada

L’auberge du glacier Durrand a été construite en 1985 par Ruedi Beglinger, qui voulait recréer au Canada l’expérience alpine de sa Suisse natale. Près de 220 skieurs sont accueillis chaque saison. Le mot se passe depuis les années 1990, car à la faveur de la routine suivie à l’auberge, skier jour après jour s’avère magique.

En ce troisième jour, nous gravissons 1275 m sur 13 km en passant par les glaciers Durrand et Diamant : d’immenses plaines de neige bloquées sur l’horizon par des pics affilés. Le vent est soutenu dans cet espace sans barrière où des bourrasques soufflent à 50 km/h. À un moment, une tache rouge se découpe sur le canevas blanc du glacier. Je sors des traces et récupère l’objet, un sac de peaux de phoque. Le guide me réprimande : sous mes traces, une dépression. « Une crevasse ? » demandai-je. Il répond par l’affirmative. En ravalant mon humilité, je comprends que la connaissance du terrain est un préalable pour se promener librement ici. L’arrivée au faîte de mont  Ruth (2749 m) est mémorable : la vue, le soleil, le vent qui menace de tout emporter.

Au quatrième matin, nous partons vers un refuge, en autonomie pour une nuit. Peu après notre départ, le compagnon devant moi chute sur son flancet une fraction de seconde plus tard, le sol se dérobe également sous moi. La neige dégringole à nos côtés tandis que nous glissons vers le pied de la pente. Le guide crie : « Ne tirez pas la poignée de votre coussin gonflable. Ce n’en est pas une grosse ! » Effectivement, c’est une avalanche de niveau un. Le danger, toutefois : tomber dans un piège plus bas. Une fois l’avalanche derrière nous, je demeure fébrile, conscientisé aux périls de la montagne.

Nous traversons le glacier Durrand jusqu’à Snow Cap (2756 m), plus haut sommet du territoire. Suivent 500 m de descente enivrante sur le glacier. Puis nous montons vers le pic Forbidden  (2621 m), ce qui amène notre dénivelé positif du jour à 1200 m. Là-haut se trouve une longue arête étroite sur laquelle il faut se laisser déraper, les flancs escarpés de la montagne plongeant abruptement de chaque côté. « Fais confiance à tes skis », me dis-je. Les premiers virages sont sur une croûte qui alterne avec des poches de poudreuse, belle récompense à la fin de cette journée éreintante de défis. Nous naviguons ensuite entre de gigantesques congères jusqu’au refuge qui, malgré son aspect rustique, devient rapidement chaleureux grâce à l’attisée dans le poêle. Pendant la préparation du repas, le guide y va de ses histoires rocambolesques.

LES DERNIERS JOURS

Au cinquième matin, j’ai l’impression que le glacier m’a dormi dessus. Mais, loin du chalet principal (3250 m à vol d’oiseau), pas le choix de rechausser mes skis. Au programme : la passe Forbidden et le pic Allalin. Cette fois-ci, le guide nous amène sur l’autre versant du mont Allalin par une crête étroite. Un compagnon descend sur les fesses, vu l’intensité de la manœuvre. Plus tard, un autre compagnon déclenche une grosse avalanche. Même si c’est sans conséquence, le guide modifie l’itinéraire. Nous nous retrouvons bientôt sur une pente excédant 45°. Il faut tourner en amont d’une falaise, et je doute de réussir le virage serré. Finalement, je me lance et goûte au plaisir de la poudreuse profonde. Je termine cette section les jambes en guenille et retourne au chalet avec gratitude.

Je prends congé le sixième jour. Pause payante, car je suis en pleine forme pour ma dernière journée. Nous traversons le glacier Durrand vers la piste surnommée banana line, à la limite du territoire SME, les montagnes environnantes ayant protégé cette piste contre la formation des plaques à vent. Avec Tumbledown, c’est ma meilleure descente de poudreuse. Dommage que ce soit la dernière !

Même si les glaciers fondent à cause des changements climatiques, vu leur dimension imposante et une moyenne de 30 m de neige par saison, il sera encore longtemps possible de profiter du territoire SME, selon le propriétaire. Le souvenir de tous ces virages dans la neige folle ne me donne que l’envie d’y revenir !

Repères

Coût : 3300 $

Durée : 7 jours

Pour s’y rendre : de l’aéroport de Kelowna, emprunter la navette jusqu’à Revelstoke (140 $)

En bref

Un territoire exclusif de 96 km2 offrant du ski de montagne de haut niveau.

ATTRAITS MAJEURS

La poudreuse, le ski sur glaciers, les paysages alpins.

COUP DE CŒUR

L’accueil cinq étoiles.

selkirkexperience.com