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Destinations, Été, Québec, Randonnée, Reportage

Le Défi des cinq sommets: un succès qui ne se dément pas

28-06-2020

L’Acropole des Draveurs, dans le parc national des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie (crédit Sépaq)

En l’espace de trois ans, le Défi des 5 sommets a remis Charlevoix sur la carte à titre de destination par excellence pour la pratique de la randonnée pédestre.

« Bonjour. Salut. Fait beau, hein ? » Sur le sentier de L’Expert, le versant difficile du mont des Morios, je me répands en salamalecs à l’égard des randonneurs croisés. Bons joueurs, la plupart me rendent la courtoisie, mais pas tous. Au bout d’une bonne dizaine de groupes rencontrés, je comprends mieux l’indifférence de certains à mon endroit ; c’est que le sentier est noir de monde. Je peine à y croire : il y a quelques années à peine, lors de cette même randonnée, j’avais croisé, quoi, cinq personnes ? J’ai fait tout ce chemin jusque dans Charlevoix pour mesurer l’effet du Défi des 5 sommets, qui consiste à gravir cinq sommets dans la région, entre juin et la mi-octobre. Me voilà bien servi.

En direction du sommet sud du promontoire de 930 m d’altitude, la situation ne diffère guère. Une foule bigarrée d’amateurs de plein air profite du panorama de 360 degrés au cœur du pays de Menaud maître-draveur afin de multiplier les égoportraits. La saison des couleurs bat son plein, l’atmosphère est bon enfant. On se croirait presque tout en haut du mont du Lac des Cygnes, c’est tout dire. Plus tard ce jour-là, sur les sentiers L’Ancestrale et Gabrielle-Roy-Ouest, en direction du refuge du mont à Liguori du Sentier des Caps, c’est un copier-coller. Le Défi des 5 sommets a vraisemblablement la cote.

Quelques jours plus tard, Louis-Philippe Dufour-Chang, le co-instigateur de ce défi à nul autre pareil, confirme mes impressions. « Nous nous dirigeons vers une année record de participation avec environ 4400 inscriptions, soit près de 300 de plus qu’en 2018 et 1400 de plus qu’en 2017, lors de la première édition. De ce nombre, environ un sur cinq a gravi les cinq sommets proposés », explique-t-il, enthousiaste, au bout du fil. Le jeune homme a de quoi être fier ; grâce à lui et à sa copine, Cloé Saint-Pierre, l’autre fondatrice du Défi des 5 sommets, Charlevoix est redevenu un haut lieu de la pratique de la randonnée pédestre au Québec.

Succès inattendu

Ce n’était pourtant pas le cas il y a encore cinq ans. Malgré l’abondance de sentiers pour battre la semelle sur le territoire, ceux-ci sont somme toute peu achalandés. De fait, seuls les randonneurs purs et durs les fréquentent ; les néophytes ont plutôt tendance à se rabattre sur les classiques randonnées de l’Acropole des Draveurs et du mont du Lac des Cygnes. « Je trouvais ça vraiment dommage de voir de petits bijoux délaissés au profit d’une poignée de sentiers. Entretenir des réseaux que personne n’utilise est onéreux et inutile », raconte Louis-Philippe Dufour-Chang. Inquiet devant l’éventuel abandon de sentiers en raison du manque de visiteurs, celui qui travaille alors pour la Traversée de Charlevoix concocte à temps perdu un défi qui ferait redécouvrir les paysages de l’arrière-pays charlevoisien.

À la fin de 2016, il finit par présenter son projet à divers organismes de la région, sans qui le Défi ne peut aller de l’avant. « La Sépaq, la zec du Lac-au-Sable, l’Association loisirs, chasse et pêche du territoire libre, secteur Pied-des-Monts, et la Traversée de Charlevoix ont tous embarqué. Il faut dire que notre objectif de 100 inscriptions pour la première édition était modeste », se souvient-il en riant. Contre toute attente, la réponse du public est massive. Cette année-là, en 2017, un peu plus de 3000 personnes s’inscrivent au Défi des 5 sommets. Dans le lot, 90 % des participants gravissent au moins un sommet. « On ne s’attendait vraiment pas à ça. C’est comme si ces sentiers avaient commencé à exister dans la tête des gens à ce moment-là », indique Louis-Philippe Dufour-Chang.

Comment s’explique cet engouement aussi soudain qu’inattendu ? Certes, le tirage au sort de généreux prix parmi les randonneurs qui prouvent avoir réalisé le Défi en présentant cinq photos ne nuit sûrement pas. Cette analyse est pourtant simple, estime Justin Verville Alarie, directeur général de la Traversée de Charlevoix. Selon lui, c’est l’intégration des réseaux sociaux, Instagram en tête, qui a eu un effet marquant. Ça, et la centralisation sur un même site de l’information relative aux divers sentiers. « Cela a permis de faire circuler l’information jusqu’à conférer un caractère viral au Défi. Louis-Philippe a littéralement fait atterrir la randonnée pédestre dans Charlevoix au XXIe siècle », affirme-t-il sans détour.

À chacun son Défi

Un simple coup d’œil au groupe Facebook officiel du Défi des 5 sommets permet de vérifier ces dires : plus de 2000 personnes échangent conseils et expériences, alimentant ainsi une riche discussion. À voir la quantité de photos et de vidéos qui ponctuent le tout, ça donne vraiment le goût de succomber à cette belle folie. C’est d’ailleurs ce qu’a fait Valérie Martin, une jeune femme dans la vingtaine de Québec qui a enchaîné les cinq sommets en autant de jours, à la fin de septembre dernier. En tout, on parle de 65,6 km de rando avalés sous une température peu invitante. « Le plus grand défi a été de rester au sec ! J’avais toutefois ramassé près de 2000 $ pour la Fondation du cancer du sein du Québec, je ne pouvais donc pas reculer », relate cette pompière forestière.

 

D’autres participants optent pour une version plus sportive du Défi. C’est le cas d’Anne Champagne, de Damien Langlois-Verret et de Jean-Benoît Boudreau, trois solides coureurs en sentier. Le 3 août dernier, le trio a grimpé les cinq sommets charlevoisiens les uns à la suite des autres, en une seule journée. Mieux encore : il a battu le record de vitesse pour accomplir cet exploit, enregistrant un chrono de 8 h 15. Selon ces athlètes, ce tour de force relèverait cependant de la prouesse logistique plutôt que physique. Partis de Québec au milieu de la nuit, ils pouvaient compter sur un chauffeur attitré afin de les conduire d’un sentier à l’autre. Le circuit et l’horaire étaient, il va sans dire, réglés comme du papier à musique. En somme, il ne leur restait « qu’à » courir… et encaisser le dénivelé positif de 4000 m !

Si chaque participant vit son propre Défi, tous ont en commun de le réaliser dans Charlevoix, une région pour qui le tourisme constitue une composante importante de l’activité économique. De fait, près de neuf participants sur dix (88 %) du Défi des 5 sommets proviennent de l’extérieur de la région, selon un coup de sonde réalisé par le comité organisateur en 2018. En outre, plus des trois quarts (78 %) des participants mangent au restaurant ou font l’épicerie sur place lors de leur passage, révèle ce même sondage. « Dans le fond, le Défi est juste un prétexte pour découvrir les sentiers de la région et, de manière plus générale, Charlevoix. Cela se traduit bien sûr en droits de passage, en nuitées, en repas… », confirme Louis-Philippe Dufour-Chang. Bref, en retombées économiques.

La suite

La grande popularité du Défi des 5 sommets ne vient pas sans son lot d’irritants. Des sentiers autrefois peu fréquentés se sont retrouvés envahis du jour au lendemain de hordes de randonneurs. Résultat : certains lieux souffrent d’érosion et sont appelés à se dégrader, tandis que d’autres, moins bien balisés, mettent en péril la sécurité d’utilisateurs dénués de réel sens de l’orientation. Pour un organisme sans but lucratif comme la Traversée de Charlevoix, qui compte sur le bon vouloir de bénévoles pour l’entretien de ses sentiers, cela occasionne des enjeux inédits. « Nous ne pouvons pas nous mettre la tête dans le sable et faire comme si de rien n’était. Cette nouvelle clientèle, très critique, n’hésiterait pas à nous le faire savoir », avoue Justin Verville-Alarie. Heureusement, la Traversée peut compter depuis l’an dernier sur une aide financière du gouvernement du Québec dans le but de mettre à niveau ses sentiers.

Quelques-uns en ont cruellement besoin, a-t-on le goût de souligner. Alors que je me dirige en direction du sommet du mont Élie, dans les confins de Clermont, je regrette de ne pas avoir enfilé des bottes à vache. Affirmer que le sentier est bouetteux serait un euphémisme ; ça fait littéralement « squish, squish » sous mes pas. La faute, m’expliquera-t-on, à un sol mal drainé. La vue tout en haut vaut cependant ce léger désagrément. Autour se déploient des falaises vertigineuses, véritables plongeons vers le vide. L’hiver, ça doit être ahurissant, non ? « Nous songeons à mettre sur pied une version hivernale du Défi des 5 sommets. Pour l’instant, rien n’est officiel ; nous savons toutefois qu’il faudra innover », s’accordent pour dire Louis-Philippe et Justin.

Le défi 2020

Les cinq sommets à gravir dans le cadre de l’édition 2020 du Défi sont : l’Acropole des Draveurs, le mont des Morios, le mont à Liguori, le Menaud (nouveau) et le mont du Dôme (nouveau). L’identité du mont Mystère, qui constitue un bonus pour les gens qui ont fait les cinq sommets, n’est évidemment pas connue.

Un impact majeur

En 2018, 28 % des participants ont visité Charlevoix au moins cinq fois dans le but de réaliser le Défi des 5 sommets, 13 % s’y sont déplacés quatre fois, 16 % au moins trois fois, 14 % au moins deux fois, et 29 % ont mis les pieds dans la région au moins une fois ou habitent sur place.

 EN BREF

Un défi de randonnée pédestre à relever en tout ou en partie.

Attrait majeur

La flexibilité de la formule offerte, qui rend le Défi accessible à tous et toutes.

Coup de cœur

Le mont des Morios, le sommet préféré des participants du Défi des 5 sommets, assurent les organisateurs. On les croit sur parole.

defides5sommets.com

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